28/03/2011

Acquittement des participants accusés de co-organiser la Critical Mass

C'est avec plaisir que je vous annonce la décision du Tribunal de police, dans le cadre du procès de deux participants à la Critical Mass du 27 août 2011, dont je suis, accusés de co-organisation d'une manifestation non autorisée, de statuer contradictoirement et de prononcer l'acquittement des deux accusés, et de laisser les frais de procédure à la charge de l'Etat.

Ce procès a donc mis à la lumière de l'opinion publique la tentative de la part des forces de l'ordre d'identifier les responsables de la prétendue organisation de la Critical Mass à Genève, cela en utilisant des processus d'investigation disproportionné à la limite de la légalité. Le discours confus du policier Boiron lors de l'audience, confirme ce fait, lui qui a aligné les accusations mensongères alors qu'il était sous serment. Boiron a notamment affirmé qu'il a vu un des deux accusés donner des indications par des gestes quant à la direction à prendre lors de la Critical Mass d'août, affirmation que les témoins connaissant l'accusés ont tous infirmée.

Par ailleurs, concernant l'accès à ma page Facebook, le jugement du Tribunal relève que, selon l'ancienne Loi sur l'investigation secrète, si le rôle du policier Boiron était simplement d'obtenir des informations sans prise de contact avec le suspect, alors on ne peut pas établir qu'il ait agi en tant qu'agent infiltré. D'abord première contradiction, le Tribunal lui-même explique qu' « n'est pas établi qu'à l'époque du rapport, la page Facebook de Julien CART, sur laquelle est mentionné l'événement du 27 août 2010, n'était pas librement accessible au public ». S'il n'est pas établi qu'elle n'était pas en libre accès, cela veut dire qu'il n'est pas établi non plus qu'elle était libre d'accès, donc ce manque d'information aurait dû suffire à invalider ce document, ce que n'a pas jugé bon de faire le Tribunal.

Mais même en supposant que la page facebook ait été en libre accès, est-ce à dire que n'importe quel policier peut, sans autorisation préalable octroyée par un juge, investiguer de manière secrète le compte facebook d'une personne qu'il juge suspecte, jusqu'à en tirer des éléments aussi précis que le nombre d'invitation qu'il envoie pour tel ou tel événement ? Il est à espérer que la loi sur la protection des données empêche ce genre de pratiques policières qui ressemblent à s'y méprendre à un Etat policier à tendance totalitaire, où les services de polices ont tous les droits pour piéger les contrevenants supposés.

Enfin, le Tribunal juge, malgré qu'il ne nous accuse pas de co-organisation, que la Critical Mass d'août 2010 reste une manifestation au sens de l'art. 2 LMDPu, étant donné qu'il s'agit d'un défilé sur le domaine public. Est-ce que le défilé incessant des voitures sur les routes n'est pas lui aussi une manifestation puisqu'il s'agit d'« un défilé sur le domaine public », et pourquoi n'est-il pas lui aussi sujet à autorisation ? Plus qu'un cortège ou qu'un défilé, l'étouffement des voitures sur la voie publique est une prise en otage du domaine public, qui mérite tout autant que l'on désigne des responsables (ne provoque-t-il pas contamination de l'air et accidents répétés ?!). A Genève, on recense 370'000 véhicules immobilisés 98% du temps. Or, chaque voiture occupe 10 m2 d'espace public, ce qui donne comme surface l'équivalent de 267 terrains de foot occupés par ces véhicules. Qui dès lors peut être accusé d'occuper sans autorisation et de manière ininterrompue l'espace public ? Dès lors, tant que l'on ne jugera pas ces défilés automobiles comme relevant de la loi sur l'organisation d'une manifestation sur le domaine public soumise à autorisation, la Critical Mass n'aura pas à être considérée comme une manifestation organisée sujette à autorisation. Elle demeurera un défilé spontané de cyclistes qui défilent au même titre que les voitures.

A la lumière de ces constats, nous pouvons donc affirmer que la Crirtical Mass est victime d'un véritable acharnement des autorités, voulu par la droite, puisque tout a débuté, en juillet dernier, par une lettre d'Isabel Rochat m'accusant de co-organiser une manifestation non autorisée.

La jeunesse cycliste a montré lors de la dernière Critical Mass vendredi dernier, qu'elle était déterminée à se mobiliser à sa manière pour dénoncer l'acharnement des autorités et de la droite sur des thèmes la concernant (attaques répétées contre les « cycloterroristes », pénurie des lieux festifs, réquisitions de squat...). La revendication d'un espace, d'une place pour vivre, pour se déplacer, pour exister est portée haut et fort par cette masse critique non organisée qui refuse le monopole de la voiture et remet en question la domination des plus forts sur les plus faibles. Il n'y avait jamais eu autant de monde à la Critical Mass que vendredi dernier.

Le constat est donc limpide : plus les autorités chercheront, par des techniques autant illégales que dangereuses et créatrices de tensions, à criminaliser un mouvement en désignant des coupables, plus la détermination des cyclistes sera grande et légitime pour aller au bout de nos idées et revendications.

16:18 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : vélo, cycloterroristes, mobilité douce, voitures |  Facebook | | | |

19/01/2010

200 rues sont à nous !

Fin 2008, les Verts de la Ville de Genève lançaient leur initiative municipale « 200 rues sont à vous – pour des rues ouvertes à la vie et aux mobilités douces! », qui avait vu 5500 habitant-e-s souscrire à leur projet, et avait été déclarée valide par le Conseil municipal le 23 juin 2009.

Cette initiative a le mérite d'être une réponse concrète aux défis, réchauffement climatique en tête, qui sont les nôtres en ce début de deuxième millénaire.

 

Les conseillers municipaux de la Ville ne s'y sont pas trompés, puisqu'ils ont accepté, il y a quelques heures, et ce à une large majorité, l'initiative des Verts demandant que 200 rues à proximité des écoles, Maisons de Quartier et autres EMS soient fermées au trafic motorisé. Les initiants laissent toutefois le choix à la Ville quant aux rues à fermer. C'est cette dernière qui aura 4 ans pour proposer à la Direction générale de la mobilité, de fermer des routes : celle-ci donnera l'autorisation ou non.

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C'est donc une moment historique pour les Verts genevois, qui ne proposent rien moins que de changer le paysage en matière d'espace urbain.

Sur les 800 rues qui existent à Genève, 1/4 seront désormais ouvertes exclusivement aux habitant-e-s. Un juste retour à une saine convivialité, que nombre de citoyen-ne-s auraient sans doute plébiscitée si d'aventure cette initiative leur auvait été soumise, contrairement aux affirmations malhonnêtes de la droite qui a prétendu que l'échec aurait été assuré devant le peuple, d'où l'acharnement de la gauche à faire passer le projet dès ce soir.

 

Mais cette droite a un arrière goût d'archaïque, bien qu'elle s’en défende avec ardeur et malgré qu’elle en soit partiellement consciente. En effet, personne au sein du Conseil n'a osé remettre en question le fait que l'instauration de rues piétonnes est un apport indéniable en matière de qualité de vie. Non, la droite n’a pas osé défendre le tout bagnole, préférant la « ruse » des arguments tirés par le cheveux. On apprenait par exemple qu’il fallait mieux maintenir, la nuit, au sein des rues piétonnes, des voitures pour rassurer les piétons ! Non messieurs les libéraux, les voitures ne tranquillisent pas nos rues, elles les polluent et empêchent nos enfants d’y déambuler le plus innocemment du monde – quant elles ne les tuent pas (souvenons-nous le 16 mars dernier).

 

Les voitures non seulement tuent nos enfants, mais les transports motorisés sont responsables d’une large partie des émissions de gaz à effet de serre. Le constat est sans appel si nous nous donnons le temps d’y réfléchir. Genève détient le taux de motorisation record en Suisse et le nombre de places de parkings par habitant est près de 2 fois supérieur à une ville comme Zurich. Nous avons affaire régulièrement aux dépassements des taux de pollution de l’air et de bruit. Or, le trafic routier est la principale source de nuisance sonore pour la santé. Le moment est donc venu de proposer un autre développement, basé sur des valeurs plus douces pour l’environnement et qui ne soient pas nocives pour la santé.

Ces 200 rues qui verront le jour sont donc la garantie évidente d’une amélioration de la qualité de vie. Les signataires de cette initiative ne s’y étaient pas trompés : c'est un signe fort pour que les citadin-e-s se réapproprient l'espace public menacé par la voiture et y développent une convivialité souvent égarée. Ce projet, outre sa qualité environnementale qui n’est plus à démontrer, est donc une occassion de remettre au goût du jour des valeurs telles que la communication, l’entraide, le partage, les échanges d’idée et d’opinion, qui ne se passent pas derrière la porte close de son chez soi mais sur la place publique. Respirer l'odeur des rencontres chaleureuses avec nos semblables, plutôt que les pots d’échapement des 4x4 déambulants, voilà un bel avenir pour Genève, enfin !

Quant aux atermoiements de la droite liés aux places de parking qui vont disparaître au profit des rues piétonnes, il s’agit d’un faux problème. Les régies immobilières possèdent un bon pourcentage de ces places et les exploitent mal. En effet, quand les places ne sont pas tout simplement vacantes, elles sont louées à des pendulaires. Or, la politique du canton est claire à ce propos: le trafic pendulaire doit rester aux abords de la Ville et ne pas y pénétrer.

Enfin, ce projet genevois est une étape concrète vers des villes libérées du tout voiture et de la dépendance au pétrole. Les pays riches doivent montrer l’exemple. En Suisse et à Genève en l’occurrence, nous avons les moyens de réduire drastiquement notre empreinte écologique. Depuis toujours, les Verts proposent de développer des zones piétonnes, de promouvoir la mobilité douce par des aménagements qui lui sont favorables et de réduire le trafic motorisé individuel. Grâce à ce projet, ils montrent qu’il est possible de se donner les moyens de la réussite.

200 rues sont à nous !

Et pour le plus grand bien de l'ensemble de la population !

21:26 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : rues, convivialité, pollution, verts, genève, mobilité douce |  Facebook | | | |