25/04/2012

En France et à Genève, l'extrême droite dicte sa loi

Lorsque l'économie va mal, on trouve des boucs-émissaires. C'est le cas actuellement dans la campagne présidentielle en France et dans celle de la Constituante à Genève : c'est désormais la mode, les droits politiques des étrangers sont instrumentalisés à des fins xénophobes et populistes. En France, la fascisation des esprits bat son plein, avec un Sarkozy qui extrême-droitise son discours pour rameuter le vote FN... Le Pen et ses électrices et électeurs (qui sont 1 million de plus qu'en 2002 à avoir voté haine, peur et rejet) ne sont plus seuls à danser sur la vague bleue marine : 64% des électrices et électeurs de Nicolas Sarkozy souhaitent une alliance avec le FN pour les législatives.

 

sarkopen.pngJusqu'à quand "Sarkopen" s'abstiendra-t-il de tout compris avec la droite extrême ? Lui qui aujourd'hui fait la Une de Libé, ce journal dit "de gauche" qui titre, avec photo du Président en plein page et le citant : "Le Pen est compatible avec la République"...

La gauche française elle aussi se surprend à tanguer dans les vagues bleues marines... A peine les résultats du 1er tour tombés, Ségolène Royal s'empresse de préciser à sur France 2, lors d'un débat avec Nathalie Kosciusko-Morizet, qui l'interrogeait sur le sujet, que le droit de vote des étrangers n'avait jamais été la priorité du PS alors même que François Hollande avait reparlé du projet d'instaurer le droit de vote des étrangers aux élections locales lors de la présentation de son programme au Bourget, il y a deux mois, le 22 janvier. Un François Hollande qui finalement promet la concrétisation de cette mesure pour 2013...

A Genève, dans le cadre de l'Assemblée Constituante et le débat sur la 3ème lecture, c'est l'éligibilité des étrangers qui est passé à la trappe alors même qu'elle était acquise avec une majorité allant de l'extrême gauche au groupe Radical Ouverture et même au-delà - lire à ce propos la prise de position des Radicaux après la séance plénière du jeudi 10 juin 2010. Dans cet article des Radicaux, on lit d'ailleurs cela : "En 2009 et en 2010, ce sont Murat Julian Alder et Thomas Büchi, membres de la Commission des droits politiques de l’Assemblée constituante, qui ont réaffirmé l’attachement du Parti radical genevois à l’intégration des étrangers par l’octroi de la citoyenneté locale." Mais sans doute, le fait d'avoir fusionné avec les Libéraux désengage ces messieurs de toute parole.... Quant au PDC, lui aussi était en faveur, puisque qu'il avait permis de faire pencher la balance du bon côté lors du vote en deuxième lecture. Mais "quelques téléphones" ont eu raison de leurs positions, comme nous l'apprenait la TDG avant même que débute la 3ème lecture : Béatrice Gisiger, ex-maire d'Onex et cheffe de groupe PDC à la Constituante juge qu'une disposition transitoire qui fera obligation au Conseil d'Etat de soumettre le sujet controversé au verdict des citoyens d'ici fin 2014, évite de braquer les opposants ! Et d'expliquer qu'«au lendemain du vote du PDC, j'ai reçu des coups de fil de membres qui m'ont fait savoir qu'ils voteraient contre la Constitution si l'éligibilité des étrangers y figure.»...
Mais comme en France, la droite et le centre ne sont pas les seuls à courber l'échine devant les populistes de la droite extrême. Certains constituants comme le socialiste Cyril Mizrahi («Si la droite tient ses engagements, nous ne ferons pas de l’éligibilité des étrangers un casus belli», Le Courrier, mardi 17 avril 2012) ne semblent pas se gêner de prétendre haut et fort qu'il fallait monnayer sur cette question de l'éligibilité. Et utiliser les étrangers pour arriver à ses fins, soit que la droite renonce le moment venu aux art. 140, 149 et 150 restructurant la fiscalité communale par l'imposition au lieu de domicile, ce qu'elle fit après que les lamentables tractations aboutissent. Or la vérité tout le monde la connaît : cette éligibilité dérangeait les groupes d'extrême-droite (MCG+UDC), et c'est donc avant tout en vue de céder au chantage de ces extrêmes que le monnayage sur les droits politiques des étrangers a eu lieu.

Un constituant éclairé nous l'explique bien : Michel Ducommun (groupe SolidaritéS): «Il y a ici une nette majorité en faveur de l’éligibilité. Or, on va renoncer à nos convictions sous la pression de groupes qui font leur beurre du rejet des étrangers. Cela va donner une piètre image de cette assemblée!»

ViVRe (Vivre Voter Représenter), qui est un regroupement d'associations et de parti qui luttent pour les droits politiques des étrangers à Genève s'est dit, dans son communiqué de presse, doublement en colère suite aux décisions prises par la constituante d’éjecter du projet de constitution l’éligibilité communale des étrangers :

"L’Assemblée constituante a clairement manqué à ses responsabilités en refusant, en matière d’éligibilité des étrangers, de se mettre au niveau de pratiquement tous les cantons romands qui l’appliquent déjà (Fribourg, Jura, Neuchâtel, Vaud).

Cette démission est d’autant plus regrettable qu’elle a été dictée en grande partie par un marchandage et qu’elle revient à céder au chantage des partis qui font du rejet des étrangers leur fond de commerce.

Du point de vue de ViVRe, le refus de toute avancée en matière de droits politiques des étrangers prive au contraire la Constituante d’un élément mobilisateur fort, dans un canton qui compte 66% de personnes nées étrangères ou de parents de nationalité étrangère."

Une fois de plus donc, les droits des minorités et des personnes étrangères, en France comme à Genève, sont utilisés à des fins xénophobes et populistes, et le monde politique, de gauche comme de droite, cède devant le chantage de la droite extrême.

18:35 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : extrême droite, étrangers, politique, france, sarkozy, hollande, royal, constituante |  Facebook | | | |