18/01/2010

Sortir du dogme de la croissance

Depuis quelques mois, plus que jamais, nous vivons dans un monde en crise : crises financière, climatique et énergétique, sociale et culturelle, dont la simultanéité est historiquement inédite et les conséquences improbables : paupérisation, guerres de contrôle pour les ressources, chômage, réfugiés climatiques... Les pistes proposées pour endiguer ces crises, qu’elles soient néolibérales ou progressistes, restent invariablement dans le paradigme du développement et de la croissance économique. Seule la croissance va « créer » des emploilogojvg.pngs, vaincre le chômage et sortir les pays de la crise. Personne ne se demande de quelle croissance on parle ? Quelles sont les productions utiles qu’il est souhaitable, nécessaire d’augmenter ? Qu’est-ce qui manque réellement ? Et quelles sont les choses frivoles ou néfastes dont il serait sage de diminuer, voir de supprimer à terme la production ?

Ces questions essentielles remettent en cause le capitalisme, mais aussi le productivisme et donc nos modèles de développement (surconsommation, transports énergivores, agriculture intensive, filières industrielles et militaires nocives et inutiles, etc).

Alors nous préférons inventer des concepts «fourre tout», tel que le «développement durable», lequel présuppose la possibilité du respect de l’environnement et du social dans un contexte de croissance économique. Mais en faisant de la croissance une nécessité, le «développement durable» n’abandonne-t-il pas toute tentative sérieuse d’éliminer les activités économiques nuisibles ? Ce concept n’est-il pas qu’un alibi pour poursuivre en toute impunité un développement, par essence, non durable ? Une aubaine dans la mesure où il autorise à ne pas interroger ce qui doit précisément l’être: le développement lui-même ! En effet, de quel développement s’agit-il ? Celui de la pollution, du mépris de la nature de la vie et de ses lois, celui de la quête folle de richesses matérielles ?

Une autre manière de faire l’impasse sur les vraies questions est de s’en remettre les yeux fermés à la croyance que la technologie apportera des solutions aux préoccupations écologiques : voitures électriques, décontamination, organismes génétiquement modifiés, biogaz et éthanol... Or, ces «solutions» ne sont pas sans conséquences. Notre société valorise systématiquement le progrès et l’innovation technologique, dans un souci de croissance infinie, sans considérer l’ensemble de leurs conséquences et oublie que c’est cette même foi qui a engendré les catastrophes écologiques que la technologie prétend aujourd’hui solutionner !
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Aujourd’hui pourtant, comme le souligne Hervé Kempf (Comment les riches détruisent le monde, 2008), «l’augmentation de la consommation matérielle globale n’est plus associée à une augmentation du bien-être collectif - elle entraîne au contraire une dégradation de ce bien-être.». En effet, la croissance érigée en dogme provoque l’épuisement des ressources naturelles de la planète, la dégradation de la biosphère et les inégalités entre ceux qui profitent de la croissance et ceux qu’elle sacrifie, sans compter l’uniformisation culturelle qui en résulte. Plus que jamais confrontés aux effets désastreux du dogme de la croissance économique, du productivisme et du consumérisme, il n’est pas trop tard pour renouer avec nos capacités d’autolimitation et de création, individuellement avec la simplicité volontaire et collectivement avec la décroissance. Il s’agit d’un long cheminement de reprise en main individuelle et collective. Une démarche de simplicité volontaire favorisera le travail à temps partiel, permettra de libérer du temps pour nous éduquer, lire, réfléchir, se mettre au jardinage, aux techniques artisanales ou de réparation, au travail bénévole coopératif, etc. Au niveau collectif, la décroissance visera une baisse de la consommation matérielle, à savoir la remise en question du volume considérable des déplacements d’hommes et de marchandises sur la planète, ainsi que la décroissance des inégalités avec, par exemple, l’instauration d’un revenu minimum et d’un revenu maximum. En un mot, la décroissance, en refusant le dogme de la croissance basé sur le modèle productiviste, a le mérite d’opérer une réelle ouVERTure en décolonisant notre imaginaire et en nous donnant les moyens de nous réapproprier nos existences tout en respectant la planète et les pays du Sud.

Article tiré du nouveau journal « ouVERTure » des Jeunes Vert-es romand-es


Le journal « ouVERTure » paraîtra quatre fois par année et est téléchargeable ici. Afin de soutenir les Jeunes Vert-es romand-es, vous pouvez souscrire à un abonnement de 25.- par année et ainsi recevoir le journal à domicile sur papier recyclé. Pour ce faire, envoyez un mail avec votre adresse à : Jeunes Vert-es Genève

Plus d'infos sur les activités liées aux Jeunes Vert-e-s Genève et à l'objection de croissance en Suisse

00:13 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : décroissance, antiproductivisme, anticapitalisme, écosocialisme |  Facebook | | | |