06/08/2012

La politique d’égalité entre les sexes n’a pas besoin de Markus Theunert

Quel plaisir de revenir ce week-end de vacances et d'apprendre que le masculiniste suisse Markus Theunert, premier délégué aux questions masculines en Europe (et espérons, le dernier), président de Männer.ch, a démissionné après 3 semaines de service, pour incompatibilité avec sa charge de président du lobby des hommes. Tant mieux pour lui : il aura davantage de temps pour militer pour le porno à l'école au sein de son association.

Pour mémoire, ce psychologue, alors seulement président de Männer.ch, avait defrayé la chronique en rivalisant de bêtise avec la Jeunesse socialiste suisse - qui elle aussi avait prôné en 2010 le recours aux films pornos lors des cours d'éducation sexuelle à l'école... Ses propos sont resortis dans la presse, et ce dernier a dû choisir entre la présidence de Männer.ch et son poste de délégué.

S'il faut déconstruire avec les élèves les normes machistes de la pornographie comme les normes sexistes qui régissent tant de pratiques dans nos sociétés (publicité, prostitution, etc.), reste à savoir comment s'y prendre, à quel âge et par quelle entremise. Des choses se font mais pas assez, en témoignent les agressions et viols collectifs notamment, qui sont filmés par les élèves eux-mêmes et publiés sur internet. Il faut donc une prévention dès les premières années sur ces questions pour que les élèves soient formé-e-s pour (se) mettre des limites, connaître leur corps, et être capables de dénoncer si cela arrive des situations qui dégénèrent.

Mais est-ce que pour donner l'exemple d'ébats amoureux respectueux et égalitaires il faut passer en boucle sur un écran ce qu'il ne faut pas faire ? Cette idéologie du porno à l'école est masculiniste : il n'y a qu'à voir de qui elle émane, du président de Männer.ch, le lobby des hommes... A peine rentré en charge, voilà qu'il émet déjà une idée inquiétante, à la solde de l'industrie pornographique, qui n'avait pas besoin de cela pour fleurir. Une idée anti-pédagogique par essence. Il est bien plus pédagogue d'induire les bons comportements aux élèves. Les comportements sexistes doivent être décrits et dénoncés comme mettant en danger l'intégrité physique des personnes, mais donner une place visuelle à ces pratiques est totalement contre productif. Ce serait quelque part reconnaître que ces films ont une valeur pédagogique (comme un documentaire sur la guerre ou l’Holocauste, qu'il faudrait visionner pour prendre conscience d'une horreur) : or...

Ce "Monsieur Egalité" a donc choisi de démissionner. Et la presse people suisse s'est empressée de venir à son secours, avec notamment un article fascinant dans Le Matin, qui nous pose question : qui d'après vous, dans cet interview, est le plus masculiniste : Markus Theunert ou le journaliste du Matin ?

"- En démissionnant, ne montrez-vous pas que le sexe fort est faible?

- Je n’en sais rien. J’ai dû prendre une décision, je l’ai prise. Mais je regrette cette issue: j’aurais fait du bon boulot."

 

Mais la caste masculiniste ne s'arrête pas aux journalistes au Matin : à Genève aussi, le masculinisme a ses défenseurs acharnés. Le bien connu sur les blogs de la Tribune, l'homministe John Goetelen, n'a pas digéré cette démission et demande celles de Mesdames Trachsel et Durrer qui auraient fait preuve de "partialité", de "dénigrement du masculin" (sic!), et auraient "diffusé des informations inexactes" qui "montrent le mépris de l’égalité réelle et l’esprit clanique" du Bureau de l'Egalité... Touchés dans leur masculinité, Goetelen et Theunert vont-ils porter plainte pour "atteinte à la virilité" comme un homme en Italie, qui a obtenu réparation après que son cousin l'ait accusé de « ne pas avoir de couilles » lors d’une dispute...?

Mais nous avons gardé le meilleur pour la fin. Voilà que Markus Theunert himself s'est vu offrir généreusement (en pauvre victime qu'il est désormais pour les médias) une Carte Blanche dans le Politblog, dans laquelle il s'attaque ouvertement au féminisme égalitariste, tout en prétendant ne pas le faire:

"Les polémiques avec les « femmes égalitaristes » sont ainsi, dans une certaine mesure, une querelle de représentants."

Alors qu'il affirme :

"Le féminisme égalitariste, qui leur semble ringard, ne correspond plus à la réalité de leur vie de femme ouvertement émancipée."

 

Mais entendons-nous bien, ce n'est pas les hommes qui profitent des privilèges qu'il faut blâmer, mais le système !

"Entendons-nous bien : il subsiste des discriminations, par exemple les inégalités de salaire, qui sont indignes d’une société moderne. Mais ce ne sont pas « les hommes », ces prétendus profiteurs, qu’il faut blâmer pour cela, mais bien plutôt le système qui laisse perdurer ces inégalités."

 

Donc pour résumer, selon le masculiniste "une politique d’égalité entre les sexes n’a pas besoin de lutte", le sexisme ne concernerait plus que quelques problèmes tels que "les différences de salaire" et les hommes ne sont pas responsables des inégalités, mais c'est "le système" qu'il faut incriminer ! Quel affront fait aux luttes féministes, quel manque de conscience des combats qui restent encore à mener pour atteindre l'égalité dans les faits (exploitation du travail domestique, exploitation de la reproduction, ou réifiante : pornographie, publicités sexistes, etc.) ! Le réflexe masculiniste habituel de rejet des responsabilités masculines en matière d'oppression entre les sexes : on rejette toute responsabilité dans un système oppressif sans remettre en question les comportements de ceux qui en sont responsables, à savoir ceux qui défendent leurs privilèges, soit les hommes. Alors qu'il faudrait davantage s'ouvrir à l'empathie en prenant conscience de nos privilèges et en changeant de comportement : we can do it too !

Donc Markus Theunert se trompe, il aurait dû plutôt dire :

"La politique d'égalité entre les sexes n'a pas besoin de Markus Theunert"

16:14 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : égalité, féminisme, masculinisme |  Facebook | | | |

16/02/2012

«Tango», nouveau talk-show sexiste de la TSR

"La femme ne va pas prendre une cuite en public, elle ne va pas dire "casse-toi pov' con!" Yves Nidegger, Conseiller national UDC

"Les quotas c'est une bêtise totale, si les femmes veulent prendre le pouvoir, qu'elles le prennent !" Bernard Nicod

Émission Tango, TSR1, 15 février 2012.

Quoi de plus choquant que le choix de la TSR de créer un talk-show sur la question de la «séduction» visant à «mettre face à face des représentants des deux sexes pour débattre de tout ce qui les sépare et les unit en matière de couple, de sexualité, d'égalité des chances, d'exercice du pouvoir » ? Quoi de plus ahurissant et attérant que le spectacle proposé hier soir, date de la seconde émission Tango, émission au nom pour le moins révélateur qui donne le ton aux "débats" (dans le Tango, c'est l'homme qui guide, tandis que la femme suit)...

Proposer une telle émission et la présenter ainsi, en faisant notamment l'amalgame entre séduction et harcèlement, semble en effet au mieux relever du rêvé tout éveillé : "Bousculée par la contestation féministe, la virilité traditionnelle - courage, force physique, puissance sexuelle - n'est plus ce qu'elle était. L'homme conquérant a perdu de sa superbe, comme il semble avoir perdu les rites et les codes de la séduction. Draguer est même devenu une attitude négative et peut parfois relever du code pénal." Pas si étonnant, puisque cette émission donne la parole à d'éminents anti-féministes à la pointe du masculinisme (ou hominisme), par exemple John Goetelen, le fameux défenseur des mâles qui sévit sur les blogs de la Tribune sous l'appellation "Les Hommes Libres", et qui a co-écrit le Manifeste Hoministe. Pour rappel, « les masculinistes ont pour [...] objectif de diaboliser le féminisme — rendu responsable de tous les maux de la société — et de renforcer les rôles et stéréotypes sexués traditionnels. Dans leur haine et leur hargne à l’égard des femmes, certains masculinistes en viennent même à comparer le féminisme avec le nazisme ». A lire, cet appel à la vigilance envers les résaux masculinistes qui prennent de plus en plus d'importance (en Suisse, la «Communauté d’intérêt Antiféminisme» (IGAF) avait même prévu de participer aux élections fédérales d'octobre 2011).

Cette émission qui se dit de "divertissement" ("Je leur dirais que notre émission n’a pas la prétention de vouloir édifier les populations. On ne se prend pas pour des instituteurs: il s’agit simplement de faire passer un bon moment aux gens, comme au spectacle. D’ailleurs, on nous a félicités d’avoir invité Christian Constantin pour parler de séduction. A contre-emploi complet et à la surprise générale, il a dit des choses tout à fait sensées." Michel Zendali) n'a rien de divertissante : elle ancre dans nos représenations la nostalgie d'un modèle viril traditionnel de l'homme totalement désuet, avec son lot de psychologues, psychanalystes et autres politiques masculinistes appelés à la rescousse pour défendre des valeurs masculines archaïques.

Ce choix d'émission institue la différence des sexes - et donc légitime les inégalités et le sexisme ordinaire. En effet, les messages sexistes constamment diffusés dans les médias ont des conséquences antisociales (lire ce très bon article sur la question). Le choix d'une émission n'est pas neutre, il est délibéré. Les médias sont un des principaux moyens de reproduction et de légitimation de la domination des hommes sur les femmes (réduites à des clichés éculés, à des violences masculines banalisées, etc.) : nous devons donc être attentives et attentifs lorsque des émissions "sans prétentions" contribuent à minimiser les inégalités entre hommes et femmes, et à ringardiser le mouvement féministe !

En effet, regardez les thématiques débattues : l'égalité femmes-hommes ("est-ce que 40 ans de féminisme ont vraiment changé les choses?" ou "est-ce qu'on est toujours dans le guerre des sexes ?"), mais abordée sous couvert de "séduction" de "pouvoir" (cf. les titres des deux émissions)... On peut lire sur la page de l'émission : "Message aux mecs, aux hommes, aux humains à poils quoi (mais pas que),  les femmes ont bientôt conquis tous les étages du pouvoir. On les retrouve chef (cheffe?) de service, cheffe (chef?) tout court, conseillère d'état, conseillère fédrale, directrice d'entreprise. Reste ces questions: exercent-elles le pouvoir comme les hommes? Y parviennent-elles avec les mêmes armes? Bref les femmes sont-elles des chefs comme les autres?"

Regardez les invité-e-s, par exemple lors de l'émission d'hier soir : Nicole Baur, déléguée neuchâteloise à la politique familiale et à l'égalité doit affronter notamment le conseiller national UDC Yves Niedegger et Cedric Annen, le conseiller municipal PLR à Lancy, qui dénonce que le bureau de l'égalité s'occupe "surtout de l'égalité des femmes" (sic!) et propose des cours destinés exclusivement aux élues communales genevoises... Tout cela saupoudré de psychanalystes masculinistes tels qu'Alain Valterio, chroniqueur à Coop Magazine qui pense que "l'égalité n'est pas toujours un progrès" (sic!).

Il faut dénoncer ce mensonge qui veut nous faire croire qu'il s'agit d'aborder de manière divertissante d'importants sujets de société, et que dès lors on peut faire n'importe quoi alors que nous avons affaire purement et simplement à de la propagande ! Diffuser l'idéologie de la différence des sexes (donc de la hiérarchie) amène des violences contre les femmes. La TSR doit retirer cette émission. Nous vous invitons toutes et tous à demander la suppression de cette émission d'un autre âge en rejoignant le groupe sur facebook !

Envie de réagir à cette émission ? Ecrivez votre avis sur le groupe en utilisant l'adresse e-mail suivante : suppression.emission.tango@groups.facebook.com

15:58 Écrit par Julien Cart dans Médias | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : féminisme, sexisme, masculinisme, égalité, divertissement, femmes, hommes |  Facebook | | | |

14/06/2011

We can do it (too) !

En ce 14 juin 2011, dans toute la Suisse, nous fêtons plusieurs anniversaires1. Les hommes seront nombreux à manifester avec les femmes dans les rues de Suisse, espérons-le. Pourtant, forts des avancées législatives, beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens croient que l'égalité entre les sexes est désormais acquise, que le mouvement féministe n'a plus de raison d'être et que les inégalités ne concernent que les autres cultures. Nombreux sont celles et ceux qui estiment que nous vivons dans le « mythe-de-l'égalité-déjà-là »2, et que le patriarcat ne serait qu'un vieux souvenir.

On a cependant pu relever combien notre société demeurait emprunte de patriarcat lors de l'affaire DSK (voir à ce propos mon blog "Le procès DSK : révélateur de l'inconscient machiste et raciste des dominants"), et les commentaires sexistes des personnalités publiques qui ont suivi. Aucun mot pour parler de la victime présumée, une minimisation de l'horreur que constitue le viol, et pas un mot sur les milliers de victimes qui n'osent pas porter plainte en Suisse et dans le monde.

Quant à l'égalité, elle n'est pas acquise dans les faits, et loin de là. Pire, les lobbies « masculinistes » très riches et bien organisés, surfent sur la tendance et prévoient des listes en vue des élections fédérales d'octobre3. Avec en ligne de mire, la remise en cause des lois sur l'avortement, sur le harcèlement sexuel ou sur le divorce ainsi que de la pénalisation des violences masculines contre les femmes et contre les enfants, tout cela sous prétexte que les femmes auraient obtenu trop de droits et seraient les nouvelles privilégiées. 220px-We_Can_Do_It!.jpg

Or ces revendications qui émanent des milieux de défense des pères oublient que ces droits acquis par les féministes ont été arrachés dans la lutte, et qu'avant eux, les femmes ont dû assumer des devoirs : la contraception avant l'IVG, le travail domestique avant la garde des enfants, tout le contraire de ces mouvements « masculinistes » qui voudraient le beurre et l'argent du beurre : la garde partagée, mais sans partage des tâches domestiques, ni la remise en question de l'attribution du patronyme aux enfants.

C'est vrai, certains hommes se sentent eux aussi discriminés de par leur sexe. Mais cela n'est rien comparé au système d'oppression qui existe envers les femmes, et ce malgré les lois inscrites dans notre Constitution. En effet, les femmes continuent de subir des pressions plus grandes que les hommes dans toutes les sphères de la société. En tant qu'hommes, sommes-nous le symbole de la conception et de l'élevage des enfants ? Avons-nous, à cet égard, reçu une poupée et une dînette à chaque Noël pendant que notre sœur recevait un jeu pour devenir super héros ? Avons-nous les mêmes risques de subir des violences physiques, sexuelles ou verbales, à l'instar de 40% des femmes en Suisse ? Est-ce que lorsque nous parlons en assemblée, nous nous faisons couper la parole 8 fois sur 10 ?

Dans le monde professionnel, ce n'est pas mieux : le taux d'activité des femmes est inférieur à celui des hommes et leur taux de chômage plus élevé. De plus, le travail à temps partiel reste l'apanage du travail féminin, sans que ce soit un choix. Par ailleurs, les femmes demeurent en retrait des décisions : 82% d'hommes sont en train de rédiger la nouvelle Constitution de notre cher canton de Genève, des hommes qui ont osé proposer la rédaction d'une Constitution cantonale sans y inscrire l'égalité entre femmes et hommes, une première historique en Suisse.

Enfin, vous l'aurez remarqué, les femmes ne sont par contre pas sous-représentées sur les publicités, où on les voit couramment dans des positions suggérant des viols collectifs, ou encore abêties, sans compter la prostitution et la pornographie : le corps des femmes doit être disponible pour assouvir les plaisirs masculins et engraisser le capital.

Si toutes ces inégalités perdurent, c'est qu'il existe un rapport social qui les rend légitime. Et c'est bien à ce rapport d'oppression que les féministes s'attaquent, et aux privilèges masculins qui en découlent. Dès lors, pour certains hommes, l'évolution féministe devient un problème, et ils se battent pour revenir en arrière. Pourtant, c'est hors de la guerre des sexes que l'égalité se dessine : le féminisme ne souhaite ni opposer un sexe contre l'autre, ni évacuer les hommes des combats à mener, mais cherche bien au contraire à dénoncer, ensemble, le rapport d'oppression entre les sexes qui structure nos sociétés en défaveur des femmes.

En tant qu'hommes, nous avons une responsabilité encore plus grande dans la reproduction sociale de cette domination à l'encontre des femmes, du fait des privilèges que nous procure la position de dominant. Comme le souligne Christian Schiess dans un article au Courrier, "une position d’homme procure un accès prioritaire aux ressources matérielles et symboliques, par exemple à un travail mieux payé et mieux reconnu, ou encore à une plus grande liberté dans l’usage des espaces publics. Les hommes développent diverses stratégies pour accéder à ces privilèges, même si ces stratégies ne sont pas toujours conscientes."

Prendre conscience de notre position de privilégiés et de ces stratégies qui la préserve (à savoir la domination lors des prises de décision, les temps de parole dans les débats, la division genrée des tâches, les propos sexistes, etc.) est donc un premier pas à faire pour nous désolidariser des mécanismes d'oppression qui structurent la société à tous les niveaux. Nous ne pouvons pas/plus nous cacher derrière une pseudo aliénation masculine qui serait à chercher dans le poids du viriarcat qui pèserait sur nos épaules : certes la socialisation masculine nous apprend à recourir aux postures de dominants dès l'enfance, et il est difficile d'y déroger, certes les médias dominants et l'inconscient collectif n'aide pas à cette prise de conscience. Néanmoins c'est à nous de faire le pas, de nous décentrer et de comprendre pleinement l’existence des femmes et leur vécu opprimé. Le meilleur moyen pour ce faire demeure de rencontrer des femministes et de se mêler à leur lutte. Le 14 juin est donc un très bon moyen pour ce faire !

Pourtant, certains, Pascal Bruckner en tête (voir son article au Matin faisant l'amalgame entre le puritanisme américain et l'affaire DSK : et voir ceIllustration article 14 juin Julien C..JPGt autre article d'une journaliste française à New York qui lui répond très bien, et montre le retard pris dans nos pays quant à la dénonciation du harcèlement), avec sa grande amie Elizabeth Badinter, dénonceront dans cette posture féministe la victimisation des femmes. Ce cher Bruckner est en effet devenu depuis plusieurs années le chantre de la lutte contre la « victimisation » plutôt que contre les discriminations. Qu'est-ce donc ? Comme nous l'explique Mona Chollet dans "Rêves de droite, Défaire l’imaginaire sarkozyste", c'est l'arme idéologique la plus récente pour dénigrer celles et ceux qui luttent contre les discriminations, en les accusant de procès en « victimisation ». Le discours de Bruckner dépasse les seuls féministes, sont visés les descendants d’esclaves ou de colonisés, et par extension toutes les formes de plainte, de contestation ou de revendication.  Et c'est bien ce cher Bruckner qui a lancé le concept, en 1995, et qui ensuite a été popularisé par Élisabeth Badinter (son écrit "Fausse route" consacré aux « excès » du féminisme, en 2003, se référait dès les premières pages à Bruckner...tiens tiens).

Ce discours qu'implique-t-il au-delà d'un simple machisme obsessionnel défendant ses privilèges ? Il implique le postulat naïf d’une égalité de départ qui nie les systèmes d'oppression qui existent (envers les classes défavorisées comme envers la classe de sexe des femmes) et nous met de manière inégalitaire devant les possibilités offertes. Ce cher Bruckner est le champion de ces concepts vides des « y a qu’à », « y a qu’à s’épanouir en tant qu’individu », « y a qu’à voyager », « y a qu’à se prendre en main », et, pour les femmes battues, « y a qu’à faire ses valises », dit Élisabeth Badinter... En gros, y'a qu'à pas être des victimes, y'a qu'à pas se faire violer, et y'a qu'à se sortir les pouces du cul.

Pour en terminer, nous souhaitons donc que ce 14 juin soit une occasion pour les hommes de comprendre sur le terrain le vécu opprimé des femmes, et qu'il contribuera à développer l’empathie en amenuisant les résistances masculines aux théories féministes. Que les hommes comprendront un peu peu plus que l'égalité est loin d'être acquise, et que "y'a qu'à faire des lois" ne suffit pas. Et que c'est seulement lorsque les hommes parviendront à se désolidariser du groupe social des hommes et de ce qui le caractérise, la masculinité, le masculinisme et autre viriarcat, que nous pourrons, à travers un apprentissage de l'empathie, construire un monde où les rapports d'oppression hommes-femmes auront définitivement disparu.

We can do it (too) !

Illustration : Ludivine Cornaglia

1 À savoir : les 100 ans de la Journée internationale des droits des femmes, les 40 ans du droit de vote, les 30 ans de l'article constitutionnel inscrivant dans la loi l'égalité entre les sexes, les 20 ans de la Grève des femmes, qui avait rassemblé un demi-million de personnes pour dénoncer les inégalités et l'absence de mesures concrètes, et enfin les 15 ans de la loi sur l'égalité entre femmes et hommes dans les rapports de travail.

2 Christine Delphy, sociologue féministe dénonce en ces termes l'idée que de nos jours l'égalité est chose faite et est devenue une conviction partagée par beaucoup.

3 René Kuhn, ex UDC, et sa Communauté d'intérêt antiféminisme (IGAF) ont annoncé leur intention de présenter des candidats, probablement dans le canton de Zurich : http://www.lematin.ch/actu/va-attendre-rene-kuhn-triomphe...

 

03:30 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : égalité, 14 juin |  Facebook | | | |