02/01/2012

Quels Verts en 2012 ?

Un bilan 2011 mitigé

L'année 2011 aura vu un bilan mitigé en termes électoraux pour les Verts : perte de sièges dans plusieurs cantons et augmentation de la part électorale dans d'autres. Sur les questions de fond, a-t-on pu lire, le bilan serait positif, en cela que nos idées, telle la sortie du nucléaire, auraient, après des dizaines d'années de luttes, convaincu mêmes les plus récalcitrants. Plusieurs explications ont été tentées pour expliquer ce bilan mitigé en terme électoral, souvent des tentatives dictées par l'émotion - voire l'ambition du moment de certains loups médiatiques censés représenter la nouvelle génération des Verts appelée à remplacer celle du vieil éléphant gauchiste de président, Ueli Leuenberger.

 

L'alliance avec le PS critiquée


Cet empressement a pu faire dire à certains que la défaite des Verts était due à une politique trop calquée sur le Parti socialiste :  « Les socialistes sont étatistes alors que nous sommes plus attachés à la responsabilité individuelle. Nous parlons coopératives, là où ils parlent logement public. » expliquait un de ces jeunes loups médiatiques dès lors prompts à nous vendre de nouveaux alliés moins dogmatiques : « pour la législature à venir: il est temps de collaborer avec les Verts libéraux, «même si ce parti est encore un fourre-tout sans programme politique». «Par le dialogue et l'échange dans un premier temps, puis éventuellement dans le cadre d'une collaboration plus étroite à moyen terme. Pour autant qu'ils se montrent attentifs aux questions sociales et qu'ils renoncent à leur ligne anti-étrangers.» (sic !). Ouf, nous sommes sauvés, il y aura quand même certaines conditions à notre ralliement au "verts" libéraux...


Une alliance avec les Verts lib' contre nature


Ces gens oublient que les Verts libéraux, à Genève et comme dans beaucoup d'autres endroits, se sont alliés avec la droite dure, et qu'à 300 voix de plus, par le jeu des apparentements, ils auraient fait élire Pierre Weiss (à la place de Manuel Tornare, ndlr.), un des pire pro-nucléaire et anti-écolo qui soit... Pourtant tout neuf parti sur la place, les verts libéraux genevois ont déjà eu le temps de s'afficher pleinement à droite. Le PVL s'est clairement positionné en concluant un apparentement avec le PLR et le PDC et il roule pour la traversée du lac et le passage à trois voies de l'autoroute de contournement. Mais l'affaire semble pourtant déjà avancée lorsqu'on entend Isabelle Chevalley : « si la génération d'Antonio Hodgers ou d'Adèle Thorens prend le dessus, les collaborations seront plus aisées ». On n'en doute pas une seconde. Manque de chance pour ces jeunes loups, entre temps les Verts libéraux vaudois semblent préférer effectuer ce dialogue électoral avec l'UDC...


Ce qui rapproche et différencie Verts et Socialistes


Mais parlons du fond, qui touche à l'identité profonde des Verts. On nous explique que « les socialistes ont une vision très centralisatrice, alors que nous, nous prônons plus de responsabilité individuelle tout en restant fermes sur notre ligne humaniste. » et que les Verts peuvent « revendiquer une certaine filiation avec le mouvement libertaire, en rupture avec la vision socialiste type d'un Etat qui organise trop la société et les individus. Nous visons à l'autogestion des individus, en réseau, coopérative, ou association. L'émancipation de l'Homme par lui-même et non par l'Etat, mais où la solidarité et l'entraide jouent un rôle important. »

L'idée est donc de se démarquer des socialistes et de se rapprocher des libéraux. Dès lors on pioche dans l'écologie politique les arguments (responsabilité, autonomie) pour justifier cette démarcation. Or comme l'explique Eva Sas, "l'écologie politique rejoint la social-démocratie sur deux points structurants : la régulation et la répartition des richesses" (Philosophie de l'écologie politique, De 68 à nos jours). S'il semble évident pour tous les Verts que le marché est incapable de résorber de lui-même les questions environnementales, et qu'il faut donc un Etat fort capable de mettre des limites à la dégradation de la planète, il semble que la nécessité de la répartition des richesses, elle, ne soit pas pour tous un élément central que nous partageons avec le PS (bien que les Verts suisses soutiennent officiellement l'initiative 1:12 de la Jeunesse socialiste...). Certains jeunes loups médiatiques ne trouvent même rien à redire au PLR Fathi Derder lorsqu'il affirme que « les affaires éthiques sont juste des questions privées tant que l'on n'appelle pas l'Etat à l'aide. Même chose pour les hauts salaires. Ce n'est pas une question éthique. A partir de quel niveau sont-ils choquants? La législation sur leur plafonnement devient vite impossible à gérer. » (...)

Que les riches soient devenus plus riches et les pauvres plus pauvres, que le temps de travail se soit allongé,  mais le niveau de salaire ait, lui, baissé, que les syndicats aient été affaiblis et aient été poussés à faire des compromis, que les systèmes sociaux sont attaqués et que des millions de gens se voient privés de leur dignité, que l'insécurité et l'absence de perspective gagnent du terrain, tandis que la concurrence, l'agressivité et l'instabilité atteignent de nouveaux pics, qu'à Genève, 15% de la population n'a pas accès à la santé faute de moyens, et qu'il y a un million de pauvres en Suisse, pendant que d'autres reçoivent des salaires indécents ne semble pas déranger certains. Ou du moins, cela ne serait pas régulable...

Pourtant, l'écologie politique rejoint la social-démocratie dans sa volonté de réguler et répartir les richesses. Si l'écologie politique est en accord avec ces postulats des sociaux-démocrates, elle se démarque en effet sur d'autres points. Oui, l'écologie politique entretient des rapports de méfiance avec un Etat fort, qui a été fortement impliqué dans les atteintes environnementales (cf. le nucléaire). Oui l'écologie politique porte plutôt sa confiance vers l'auto-organisation de la société civile. Mais le point central et décisif qui distingue les verts des socialistes est à chercher ailleurs, et cela on préfère ne pas en parler...

Le critère décisif propre à l'écologie politique : la critique de la croissance


Comme l'explique bien Eva Sas, ce qui différencie plus fondamentalement la social-démocartie de l'écologie politique, c'est que cette dernière ne partage pas la croyance dans le progrès et la croissance. Pour les sociaux-démocrates, la croissance économique est nécessaire car elle va améliorer le sort des moins aisés.

Or pour l'écologie politique non seulement la qualité de vie n'est pas strictement liée à la croissance, mais « c'est en maintenant l'illusion d'un mouvement d'ascension social [...] que l'ordre social inégalitaire se maintient. ». Ou comme le disait déjà Jean Baudrillard : « Renversant le faux problème : la croissance est-elle égalitaire ou inégalitaire ? nous dirons que c'est la croissance elle-même qui est fonction de l'inégalité. C'est la nécessité pour l'ordre social « inégalitaire », pour la structure sociale de pivilège, de se maintenir, qui produit et reproduit la croissance comme son élément stratégique. » (La Société de consommation).

Dès lors prétendre, comme se plaisent à le faire certains, que le point d'achoppement différenciant verts et socialistes est la « responsabilité individuelle » (concept méritocrate libéral s'il en est) et la méfiance envers l'Etat, c'est nier les fondements de l'écologie politique et construire le lit d'une nouvelle ligne politique des Verts en faveur de la dérégulation.

La pierre angulaire de l'identité des Verts qui tranche face aux discours et dogmes de la social-démocratie réside dans la critique de la croissance économique qui maintient les inégalités. Le discours écologiste, s'il prétend se nourrir de l'écologie politique au fondement de son combat, doit revendiquer la réduction des inégalités comme objectif en soi puisque nous vivons dans un monde aux ressources limitées et que l'accroissement global des richesses matérielles n'est plus envisageable.

A la croissance, il faut substituer une répartition volontaire des richesses, comme les Verts suisses l'affirment : « Le dogme de la croissance infinie a fait long feu, il faut repenser la production et la répartition des richesses pour ménager les capacités de régénération des écosystèmes. » Cela demande d'engager des véritables politiques de décroissance et de répartition des richesses.

Les Verts, un électorat intéressé par la décroissance à conquérir


Alors que jamais autant de partis, sur l'ensemble de l'échiquier politique, ne s'étaient autant revendiqués du combat écologique, les Verts ne peuvent plus baser leur politique en faisant trop de compromis et, surtout, en n'osant pas s'affirmer sur certaines thématiques pourtant au fondement de l'écologie politique, comme par exemple la décroissance. Cela ne ferait qu'augmenter la perte de repère d'un électorat déjà pour le moins fluctuant, et faire le jeu du capitalisme vert, du greenwahing et autre développement durable, qui veulent nous faire polluer un peu moins pour pouvoir polluer plus longtemps.

Les Jeunes Vert-e-s Genève avaient d'ailleurs bien senti l'importance d'apporter des thématiques fortes capables d'interpeller un électorat qui souhaite un monde différent, eux qui avaient proposé plusieurs propositions radicales dans leur programme pour les élections fédérales et ont permis « d'avoir un discours plus spécifique pour une partie de la population, et d'attirer des électeurs qui ne voteraient pas forcément pour nous », comme l'explique Yvan Rochat, président des Verts genevois. C'est cet électorat qu'il s'agit de (re)trouver dorénavant.

La génération que les médias présentent comme la génération montante chez les Verts, semble n'être finalement rien d'autre que l'appétit politique des quelques jeunes loups davantage attirés par l'attrait d'une position plus libérale pour servir leur ascension politique, que par les fondements d'une écologie politique critique envers le dogme de la croissance économique. Gageons que cette génération fera long feu, et que les idéaux verts sauront passer au-dessus de l'ambition d'un petit nombre.

Afin d'éviter d'autres camouflets électoraux, souhaitons donc pour 2012 que les Verts aient le courage de leurs idées et de leurs fondamentaux, en osant apporter la thématique de la décroissance dans l'espace public, et ainsi, à continuer de jouer leur rôle d'opposition aux politiques en place, toutes obnubilées par la course à la croissance.

14:18 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : verts, écologie, croissance, décroissance, politique |  Facebook | | | |

01/01/2012

Le développement durable, ce sommet de l'hypocrisie

Nous apprenons en ce premier de l'an que Rio de Janeiro a dédié son feu d'artifice de fin d'année au développement durable, à l'occasion du prochain sommet de l'ONU, Rio+20, lors d'une fête qui a réuni deux millions de personnes vêtues de blanc sur la plage de Copacabana. Hypocrisie vous avez dit ?

"Quelque vingt-quatre tonnes de feux d'artifice seront tirés pendant seize minutes après minuit, dans la nuit du 31 décembre, en plein été austral. La plage sera d'abord entièrement illuminée en vert en signe de bienvenue au sommet sur le développement durable, qui se tiendra à Rio du 20 au 22 juin."

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Le sommet de l'hypocrisie, commence-t-il donc à Rio dès le 31 décembre en prévision des 20-22 juin 2012 ? Non pas ! Le maire a assuré que l'événement sera «totalement vert», précisant que les émissions de carbone provoquées par la fête seront compensées par des plantations d'arbre. Ouf !

Et les bâches de la scène principale, où se succéderont des chanteurs de musique populaire brésilienne et des artistes internationaux comme le DJ français David Guetta, serviront à fabriquer des trousses scolaires, pour sensibiliser les jeunes au développement hypocrite, euh, durable. Re ouf !

Rio+20 se tiendra vingt ans après le premier sommet de la Terre à Rio et s'est fixé comme objectif d'élaborer un plan d'action pour le développement durable de la planète. Nous sommes sauvés, 20 ans après notre conscience a évolué, notre planète est désormais entre de bonnes mains, cela ne fait plus aucun doute.

Aucun doute non plus, cette année 2012 sera l'objet de luttes écosociales de premiers plans : je nous souhaite donc une belle année d'indignation et d'engagement sous le signe de la décroissance !

13:46 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : développement, durable, écologie |  Facebook | | | |

09/10/2011

Nous n'avons qu'une seule Terre, et qu'un seul vote !

Depuis maintenant sept mois, les Jeunes Vert-e-s Genève, environ une dizaine de jeunes membres motivé-e-s, se sont mis ensemble avec l'objectif de mener une campagne en vue des élections fédérale du 23 octobre 2011. Est-ce qu'on mesure quelles implications cela demande, de mener une campagne politique ? Le mesurions-nous en avril dernier lorsque nous commencions à nous réunir pour plancher sur le sujet ? Certainement pour certain-e-s (quatre) d'entre nous qui avions déjà été candidat-e-s lors de la campagne municipale de mars dernier. Mais la différence avec cette campagne, c'est qu'elle allait être avant tout de notre cru. C'était en effet à nous d'y apporter notre patte, d'y mettre nos idées, bref, de l'habiter de A à Z et de lui donner vie. L'occasion rêvée donc de pouvoir exprimer nos idées, nos convictions, nos questionnements, et de pouvoir les défendre ensuite, dans l'espace public, en essayant de donner corps à ces idées à travers des supports de communication différents de ce qu'on rencontre d'habitude, capables d'interpeller les jeunes générations.

Cette démarche auAffiches_RVB_A4_WEB_Page_4.jpgssi haletante qu'harassante touche quasiment à son terme, et c'est avec soulagement que nous arriverons au 23 octobre avec l'impression d'avoir beaucoup donné. Et beaucoup appris.

D'abord il a fallu réfléchir sur un programme, lequel se voulait pluri-thématique, puisqu'il finira par proposer des pistes aussi bien en matière de logement, d'agriculture, de mobilité, d'énergie, d'égalité entre les sexes, et autres.

Se mettre d'accord entre nous ne fut pas évident, cela a demandé des compromis des un-e-s et des autres, des moments de frictions et de longs débats sur le fond des sujets. Cette une force de pouvoir bénéficier en fin de compte de ce processus, car nous avons dû nous approprier totalement ce programme pour pouvoir nous y retrouver toutes et tous et le défendre ensuite dans l'espace public.

Ce que nous voulons apporter comme nouveauté à Berne, c'est la question des limites de notre planète. Nous voulons ébranler les esprits qui se reposent encore sur l'idée que la croissance est la panacée pour nous sortir des crises que nous connaissons. Nous voulons donc retrouver les fondements de Affiches_RVB_A4_WEB_Page_2.jpgl'écologie politique, qui avait vu dans la critique du productivisme et donc de nos modèles de développement (surconsommation, transports énergivores, agriculture intensive, filiè­res industrielles et militaires nocives et inutiles) une remise en question du modèle capitaliste basé sur l'idée même de croissance et de profit. Ce que nous critiquons, c'est aussi bien le mirage d'une techno-science censée apporter des so­lutions aux préoccupations écologiques (voitures électriques, décontamination, organismes géné­tiquement modifiés, biogaz et éthanol, et plus récemment des projets démagogues et néo-coloniaux tels que Desertec) que les outils du système qui nous maintiennent prisonniers de cette croissance (obsolescence programmée des objets, publicité, crédits à la consommation, greenwashing, ...). Ces processus nous rendent dépendant-e-s des grosses firmes et créent en nous de faux besoins.

Aujourd'hui pourtant, comme le souligne Hervé Kempf, «l'augmentation de la consommation matérielle globale n'est plus associée à une aug­mentation du bien-être collectif - elle entraîne au contraire une dégradation de ce bien-être.» En ef­fet, la croissance érigée en dogme provoque l'épui­sement des ressources naturelles de la planète, la dégradation de la biosphère et les inégalités entre ceux qui profitent de la croissance et ceux qu'elle sacrifie, sans compter l'uniformisation culturelle qui en résulte.

Les Jeunes Vert-e-s Genève appellent donc, à travers des mesures concrètes et réalistes, la société suisse à remettre en question le système que nous connaissons et à respecter les limites de la biosphère. Cela nécessite un changement autant des mentalités que des comportements. Le travail prend une place immense dans nos sociétés, car il est à la fois le moteur de la croissance et le moyen principal de socialisation. Nous voulons démonétariser la société, et donc réduire le temps de travail de manière drastique, afin que les citoyennes et citoyens aient plus de temps à disposition pour lire, réfléchir, se met­tre au jardinage, aux techniques artisanales ou de réparation, au travail bénévole et coopératif, bref, pour travailler moins et vivre mieux !

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Ce changement de paradigme que nous désirons, ne va pas sans réduire la surconsommation et les besoins en énergie ni sans s'attaquer à la croissance des inégalités. Comme le dit bien Hervé Kempf, c'est avant tout « les riches qui détruisent la planète ». Nous proposons donc d'instaurer un revenu minimum et un revenu maximum, de promouvoir un revenu de base suffisant (allocation universelle). Nous proposons aussi un modèle déjà réfléchi en Angletterre et en France, les quotas d'énergie, qui sont une allocation équitable de quantité de ressources (notamment énergétiques) par habitant-e-s, échangeables dans les limites d'objectifs nationaux de réduction de consommation. Nous nous engageons aussi pour une sortie du nucléaire crédible et réaliste, basée sur la remise en question de nos modes de vie afin de réduire les besoins en consommation d'énergie. Nous sommes favorables à des solutions transitoires (centrales à gaz) sans compromettre la réduction des émissions de gaz à effet de serre (réduction en Suisse, sans possibilité de compensation à l'étranger).

Enfin, il est indispensable de relocaliser notre économie en réduisant la distance des emplois et des loisirs, en supprimant les avantages fiscaux accordés aux entreprises multinationales ou grandes entreprises suisses pour les réaffecter aux entreprises respectant les critères de l'économie sociale et solidaire, et enfin, en régulant les importations selon des critères écologiques et sociaux.

Vous le savez, nous n'avons qu'une seule Terre. N'oubliez pas non plus : nous n'avons qu'un seul vote. Découvrez nos 7 candidat-e-s !

… pour « rendre d’autres modes de vie possibles » et pour rendre le sourire aux Jeunes Vert-e-s, en contrecarrant le réchauffement climatique...  Votez la liste numéro 5, Les Jeunes Vert-e-s Révolutionn'AIR !

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01:52 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : élections, fédérales, écologie, verts |  Facebook | | | |

05/05/2011

Replantons des cardons à Plainpalais !

La votation sur le déclassement de la Plaine de l'Aire nous apporte chaque jour son lot de peripéties. Après que les Jeunes Vert-e-s Genève ait lancé les "hostilités" il y a une semaine, en mettant sur pied un stand futuriste afin de montrer à quoi ressemblerait un stand de légumes au marché si d'aventure la Plaine de l’Aire était bétonnée, les esprits s'échauffent. Il y a quelques jours les socialistes nous expliquaient avec entrain leurs douces illusions quant à la construction de logements sociaux accessibles, sur les seulement 30 hectares dévolus au logement (sur 58 déclassés). Cela alors que le nombre de logements à construire n'est pas garanti : ce n'est qu'en septembre 2011 que les plans de quartiers seront discutés et que les choses se décideront - sans votation populaire évidemment et qu'on a déjà vu le nombre de logements baisser dans les projets en cours (Communaux d'Ambilly, La Chapelle les Sciers avec 1'700 logements promis en 2004, puis seulement 1'300 en 2010). Qui plus est, et par un étrange concours de circonstance, à la même période le socialiste et député à la Constituante Thierry Tanquerel expliquait dans son billet que ce déclassement est "un déclassement pour des logements de luxe et des bureaux".

Mais ce matin ce sont les jeunes libéraux-radicaux (ou plutôt ce qu'il en reste... la fusion ne leur a semble-t-il pas permis d'être au moins deux lors de leurs actions dans l'espace public...), accompagnés du président de l'AOC Cardon, qui se sont réunis sur la plaine de Plainpalais pour une action symbolique pour "rappeler qu'autrefois, l'emblématique légume du canton se cultivait au centre-ville". Pour ce(s) "jeune(s)", cela justifierait le sacrifice de terres agricoles au profit de l'agrandissement de la ville. Au contraire, cela ne fait que regretter le temps où l'on pouvait cultiver à même la ville des champs pour nourrir la population. Il faudrait montrer les images de la ville de Détroit aux jeunes libéraux-radicaux, cet ex-fleuron de l'industrie automobile américaine qui a perdu la moitié de sa population depuis les années 1950, vivant de plein fouet le déclin économique. Du fief des constructeurs General Motors, Ford et Chrysler, il ne reste qu'un centre fantôme, des maisons à l’abandon et des quartiers en friche. Pourtant, au fur et à mesure que l’économie et le paysage de Détroit a changé, l’écologie a fait sa place (lire l'article "de l'auto à la ferme"). Petit espoir pour les milliers d’ouvriers licenciés qui pourront se reconvertir dans l'agriculture ? Depuis 2003, Détroit possède plus de 1 200 exploitations agricoles et ce ne sont pas moins de 150 tonnes d'aliments made in Detroit - un quart de la consommation locale - maïs, tomates, salades, concombres ou épinards, qui remplissent chaque année les assiettes des citadines et citadins. Détroit est en train d'inventer une nouvelle ville, formée de petites communautés éparses, autonomes et soudées, avec au centre une agriculture de proximité. Et pendant ce temps, que fait Genève ? Elle va voter pour supprimer 10% de la production de légumes genevois et construire une zone industrielle sur les terres les plus fertiles pour attirer les multinationales, celles-là même qui ont ruiné Détroit. Tout cela avec cet argument massue de Mr. Cardon AOC : "La terre agricole des Cherpines est entourée d'infrastructures, d'autoroutes, elle n'est plus la zone fertile qu'elle était avant" ! On croit rêver... Ce Monsieur oublie de dire qu'actuellement, sur 2 ha cultivés dans ces terres fertiles, ce sont 450 personnes nourries en légumes bio et de saison toute l'année (production du Jardin des Charrotons) et que si le déclassement est prononcé, plus de 10'000 personnes ne pourront plus acheter des produits locaux, frais et de qualité. Sans compter les agriculteurs qui se retrouveront à la case chômage.

Pourtant tout cela tient bien la route. Dans ce vote sur le déclassement, la seule certitude est que nous aurons sur ces 58 ha, 13 ha pour une zone industrielle. Pourquoi faire ? Il existe déjà une zone industrielle, à Plan les Ouates, juste à côté, laquelle est sous-exploitée : il paraîtrait logique de la densifier, pourtant, on en construit une seconde à côté... A cause de la compétition fiscale entre les communes, les cantons, et pour offrir des revenus fiscaux à Confignon en accueillant les sièges d'entreprises étrangères les plus riches possibles (Genève et ses communes tirent des revenus des impôts de grosses entreprises qui viennent s'implanter sur son sol, elles sont attirées par une fiscalité très avantageuse : 100% d'exonération la première année, 90% la 2e, etc.). Quant au logement... Et bien pour pouvoir faire accepter la zone industrielle de force, il faut que le logement soit proposé avec la zone industrielle... Et tant pis si ce logement n'est que vague promesse : donc on parle de 2'500 logements, puis on augmente avant la votation le chiffre à 3'000 (ce qui reste très peu si l'on compare aux autres écoquartiers, comme l'ancien site d'artamis où il y a 100 logements par ha - aux Cherpines, on en serait seulement à 52 logements !) et on oublie de dire par contre que la zone industrielle va accueillir 4'000 emplois, donc 4'000 employé-e-s importé-e-s par les entreprises étrangères qu'il faudra reloger... Il est donc clair que ce projet va creuser la crise du logement plutôt que régler les problèmes... Mais le mensonge et la manipulation vont plus loin, lorsqu'on nous présente le projet comme un vrai écoquartier. La droite qui deviendrait tout à coup écolo ? Détrompons-nous, le projet prévoit 7'700 places de parkings et 10 ha de routes... Parce que des politiciens et des promoteurs immobiliers l'ont dit sur des affiches, cela deviendrait un écoquartier ? Les promoteurs de cet "écoquartier" n'ont pas chiffré d'objectifs en matière de réduction de la pollution, d'autre part, un écoquartier est en général construit soit sur des friches industrielles, soit sur des bases militaires désaffectées.... Ici, ce serait sur les terres les plus fertiles de la région, ce qui exclut, par exemple pour les critères du WWF, toute possibilité d'obtenir le label écoquartier.

Dès lors ce petit jeu de mensonge de la part des pro-déclassement doit nous rendre encore plus déterminé-e-s à voter NON le 15 mai à un déclassement des terres les plus fertiles de Suisse romande. La Plaine de Plainpalais pourrait servir à planter, comme l'ont fait symboliquement les "jeunes" PLR, des cardons et autres légumes pour les genevoises et genevois : sans doute que les habitantes et habitants y trouveraient davantage leur compte, la pousse des légumes occasionnant moins de troubles sonores que les retransmissions de matchs à plusieurs millions... Ce serait prendre acte de l'exemple d'autres villes dans le monde qui ont misé sur l'implantation de grandes entreprises et la croissance infinie, et qui se voient contraintes à remettre l'agriculture au centre de la vie urbaine.

Ps: Les jeunes vert-e-s Genève vous proposent un petit jeu concours pour mieux comprendre le sujet de votation. La ou le gagnant recevra le dernier panier de légumes de la Plaine de l'Aire si d'aventure celle-ci était bétonnée. Participez sous : http://www.jeunesverts.ch/home/ge/

13:09 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écologie, cardons, cherpines, déclassement |  Facebook | | | |

28/01/2011

La mobilité douce contre le tout bagnole

 

Hier après-midi de nombreuses militantes et militants, notamment des Jeunes Vert-e-s Genève, se sont pressé-e-s devant l'entrée du Grand Conseil pour soutenir l'initiative populaire de l'association Actif-trafiC pour la mobilité douce à Genève (pistes cyclables sécurisées et continues sur les routes principales, traversées piétonnes attractives) déposée en juillet 2009, et qui a été traitée hier soir par les député-e-s genevois-e-s. 167113_178272495544030_151183321586281_343235_4248151_n.jpgCe texte qui demande plus de sécurité pour les cyclistes et les piétons, est soutenu par les partis de gauche, les associations de défense de l'environnement et même par le PDC. Il ne s'agit donc pas d'une initiative extrémiste qui demanderait le ciel. Les initiant-e-s demandent la mise en place, dans un délai de huit ans, d'un plan directeur qui permettrait de relier les différents tronçons de pistes cyclables en leur donnant davantage de continuité.

 

L'initiative pose la question du libre choix du mode de transport : en effet à Genève il y a beaucoup d'endroits où les deux roues sont en danger, par manque de sécurité, ce qui enjoint les cyclistes potentiels à renoncer à utiliser ce mode de transport.  L'initiative est contestée par le lobby patronal de la voiture, le Groupement transports et économie (GTE). La loi sur la circulation routière met la voiture (sur le réseau primaire) en priorité sur les autres modes de transport.

 

Cette initiative ose donc poser une question essentielle en matière de mobilité : quelles sont les priorités de Genève en matière de transport ? 166605_178272225544057_151183321586281_343224_67965_n.jpgEst-ce que nos routes, primaires ou non, sont d'abord faites pour favoriser la sacro-sainte circulation automobile, ou devons-nous permettre à chaque mode de transport d'obtenir une circulation sécurisée ?

 

Le vote d'hier soir a vu par 46 non contre 43 oui et 2 abstentions, l'initiative être refusée par le Parlement, sans grande surprise vu la majorité de droite de ce dernier. Ce n'est donc pas aujourd'hui que Genève donnera une réponse allant dans le sens d'une volonté forte du canton de s'engager pour la mobilité douce.

 

Un contre-projet ne sera pas opposé à cette initiative. C'est donc le peuple genevois qui aura le dernier mot, et ce dès cette année. 179049_178272792210667_151183321586281_343245_793795_n.jpgEst-ce que longtemps encore les accidents de la route à Genève concerneront en large partie les cyclistes ou piétons laissés pour compte, au nom du Dieu Voiture et de ses lobbys tout-puissants ? Et est-ce que pendant ce temps, Maudet et autres Rochat s'en prendront encore impunément aux « cycloterroristes », ainsi qu'aux cyclistes de la Critical Mass, proies si faciles ? Ces derniers n'ont que peu de poids, et ne disposent pas d'appui identiques à ceux des lobbys de la voiture, mais ils ont pour eux leur tripes et seront dans la rue, dès ce soir vendredi 28 janvier 18:30, Pont des Bergues : rendez-vous à toutes les personnes qui veulent une meilleure qualité de vie et une vraie politique en faveur de la mobilité douce ! Et rendez-vous dans l'urne tout prochainement pour une belle victoire démocratique !

 

12:30 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (36) | Tags : vélo, cycloterroristes, mobilité, écologie |  Facebook | | | |