21/03/2011

Les libéraux, ces bons moutons bruns

On le sait désormais, la candidate libérale Florence Kraft-Babel figurera sur les affiches de l'UDC, aux côtés d'Eric Bertinat, le grand ami de Jean-Marie Le Pen, des homophobes (il a déclaré sur la télévision locale genevoise Léman Bleu que « les homosexuels n'apportent rien à la société car ils sont incapables de se reproduire »), islamophobes et autres misogynes de la pire espèce, cela dans la perspective d'une toujours plus grande ouverture de l'Entente sur l'UDC, comme l'explique le président du Parti libéral : «Nous souhaitons toujours une ouverture de l'Entente sur l'UDC. Le Parti libéral-radical devrait entamer des discussions ».

Les libéraux semblent toucher le fond, réduits qu'ils sont à jouer avec l'UDC pour savoir qui est le mouton le plus brun. Il faudra s'en souvenir et les électrices et électeurs préféreront sans doute l'originale UDC à la pâle copie sans âme rendue dimanche par les libéraux en ville de Genève, qui ont voté comme un seul homme (...) pour que Florence Kraft-Babel figure sur les affiches de l’UDC, tout en restant sur la liste de l’Entente, qui n’intégrera pas l’UDC. Si les radicaux et les démocrates-chrétiens n'avaient pas refusé de se rapprocher de l'UDC, le PLR serait aujourd'hui allié à l'UDC. Et cela n'aurait pas été une faute de goût, mais bien plutôt une suite logique : en effet, le PLR n'en est pas à sa première compromission avec les idées xénophobes de l'extrême droite. C'est meme devenu leur sport favori au niveau national. Souvenons-nous en effet des votations en mars sur les armes et en septembre sur le chômage où le PLR a ouvert ses portes à des comités unitaires avec l'UDC, qui ne s'est pas gênée d'afficher ouvertement son racisme, sans que l'on ne s'offusque pour autant dans les rangs de droite. Quant au nouveau positionnement à l'extrême droite du PLR suisse sur le durcissement de la politique d’immigration, il ne fait que confirmer la tendance générale de ce parti. Malgré la "fronde romande humaniste" c'est bel et bien la ligne dure calquée sur le modèle udc qui a finalement imposé ses vues. C'est désormais limpide, le parti libéral confond compromis avec compromissions.

Le plus désolant, c'est que cette décision provoquera le spectacle pathétique, sur tous les trams et murs de la ville, d'une candidate souriante d'une droite qui se veut humaniste et progressiste, à côté d'un personnage à la misogyne inénarrable et au conservatisme affligeant : "La femme au foyer, c'est l'application parfaite du développement familiale durable ! C'est une véritable bénédiction" écrivait-il sur son blog lors de la Journée mondiale des femmes le 8 mars dernier. Peut-être l'affiche de l'alliance Libéraux-UDC mettra-t-elle en avant l'homme, Eric Bertinat, s'occupant, conformément à son rôle, de choses publiques, et plus en retrait, la femme, Madame Kraft-Babel, avec ses bébés, s'affairant à la maison comme l'exige son nouveau partenaire ?

Ce serait somme toute une belle image symptomatique de la crise existentielle du PLR qui, en plus de n'être absolument pas libéral (comme l'a bien montré Antonio Hodgers dans son billet d'opinion au Temps), se couche sur les positions d'extrême droite, finissant ainsi de perdre le peu de crédibilité qu'il lui restait auprès de la population.

14:38 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : libéraux, udc, moutons, homophobie, islamophobie |  Facebook | | | |

09/03/2011

Les autorités genevoises en procès contre la Critical Mass

Ce matin s'est tenue à l'île Rousseau la conférence de presse qui visait à annoncer le procès de deux participants à la Critical Mass, dont je suis, procès qui se déroulera mardi 22 mars 2011 à 9h au Tribunal de Police à Genève.

velo1.jpgDepuis qu'Isabel Rochat a été intronisée cheffe du Département de la Sécurité, de la police et de l'environnement, la crirtical mass est victime d'un acharnement des autorités. Deux participants ont reçu des contraventions et sont accusés de "co-organisation de manifestation interdite". J'ai reçu plusieurs appels téléphoniques de la police suite à mes participations aux critical mass de juin et d'août 2010, visant à me faire auditionner. N'ayant rien à me reprocher, je n'ai pas jugé utile d'y répondre, et j'ai reçu une lettre d'Isabel Rochat elle-même, m'accusant de co-organiser une manifestation non autorisée et retraçant mes griefs. Cette lettre était remplie de mensonges à mon égard, je n'ai jamais reçu de convocations écrites pour une audition, et je n'ai pas participé à guider le cortège, encore moins à bloquer les carrefours : la critical mass n'a pas de meneurs et est un cortège spontané de cyclistes et nous aimons dire que "nous ne bloquons pas le trafic", mais "nous sommes le trafic" !

Manifestement ce qui dérange la droite et Mme Rochat, c'est que des jeunes cyclistes soient spontanément mobilisés autour de ce mouvement contestataire mondial en faveur de la mobilité douce. A l'heure où cette même droite se donne des airs de vouloir soutenir la mobilité douce, leur vrai visage ressort derrière cette tentative lamentable de trouver des boucs émissaires. Des milliers de cyclistes sortent spontanément dans la rue pour revendiquer plus d'espace et plus de sécurité pour les vélos, critiquant ainsi de manière indirecte le peu de vision politique en matière de mobilité douce des autorités. Et voilà que la conseillère d'Etat s'empresse de s'acharner sur certains participants qui ne font que suivre un mouvement qui les précède de longue date.

En effet la critical mass existe à Genève depuis 1998 et le Tribunal de Police lui-même a déclaré qu'elle était tolérée. Je me sens donc totalement victime d'un acharnement démesuré de la part du département de Mme Rochat, alors que je suis un participant comme les autres. L'attitude du département est tout aussi déplacée que celle de la police lors des dernières critical mass où celle-ci s'acharne à déployer des forces disproportionnées, visant à mettre la pression sur les participants, alors que le but premier de la police devrait être de garantir la sécurité de tous, cyclistes et automobilistes, et non de créer davantage de tensions.

Est-ce que la droite n'a rien d'autre à faire que d'entamer de longues procédures débouchant sur des procès au frais des contribuables contre des citoyens lambda ? Le procès se chargera lui-même de montrer que les services de Mme Rochat n'ont aucune preuve des accusations qu'ils profèrent contre nous : en attendant, ils perdent encore plus de crédibilité devant la population qu'ils sont censés protéger.

15:46 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | | | |

03/03/2011

Petite présentation de votre candidat :)

1 - Quelles sont les valeurs, les convictions qui vous ont poussé à vous engager en politique ?

C'est l'engagement en faveur du vivre ensemble qui m'a poussé, en arrivant à Genève il y a 3 ans, à m'engager chez les Jeunes Vert-e-s. J'ai découvert que tardivement les enjeux liés à l'écologie, moi qui prenais innocemment easyjet pour aller quelques jours à Nice, sans savoir que nous avions un impact sur la planète de par notre surutilisation des ressources due à notre mode de vie consumériste. 76372_500439496966_610301966_7070799_3769229_n.jpgJ'étais loin d'imaginer que ce mode de vie était basé sur le pillage des biens des pays du Sud, lesquels sont réduits à l'esclavage. J'ai pris conscience petit à petit de ce que le capitalisme provoquait comme nouveau colonialisme, sans compter l'appauvrissement des peuples, autant spirituel que physique, qu'il engendrait. Dès lors l'engagement politique me semblait une évidence : la planète et les laissés pour compte du système ne pouvaient plus attendre, je me suis donc tourné vers le parti des Verts qui défend au mieux mes convictions, bercées qu'elles ont été par des penseurs de l'écologie politique tels qu'Ivan llich, Jacques Ellul, René Dumont ou encore André Gorz. Ces penseurs ont été, avec d'autres, à l'aube du mouvement de l'objection de croissance, dans lequel je me retrouve totalement.

2- Quelle sera votre priorité si vous êtes élu (e) ?

La vie en ville, son côté frénétique et l'éclatement social qui la caractérise, a provoqué de nouvelles formes de pauvreté. Je me battrai donc pour une vision verte de durabilité, qui passe par une prise en charge spécifique des questions sociales et le renforcement des actions de proximité : soutien au plus défavorisé-e-s, notamment par la construction de logements sociaux subventionnés. Je m'engagerai à développer les lieux auto-gérés, ciments indispensables pour une cohésion sociale réussie. L'air pollué nuit à notre santé et les maladies respiratoires se multiplient. Je m'engagerai donc pour que les habitant-e-s puissent bénéficier davantage de rues piétonnes et d'espaces aménagés pour les cyclistes, notamment dans les parcs nombreux qui jonchent la ville.

3- Comment vous voyez-vous en politique dans 10 ans ?

J'espère demeurer le même, avec les mêmes convictions fortes et ne pas m'installer dans la routine politicienne. Je compte garder un contact privilégié avec la population, et les injustices dont elle est victime, en créant des manifestations, en gardant en moiCART_Julien.jpg gravé le cri de Stéphane Hessel : « Indignez-vous ! ». Bien sûr, avant d'arriver à l'âge avancé de l'écrivain et poète français, j'espère pouvoir fêter quelques victoires politiques, et voir certains de mes engagements et convictions d'aujourd'hui, tels que le droit de vote des personnes d'origines étrangères, la gratuité des services publics, l'instauration d'un revenu d'existence et celle d'un revenu maximum, être plébiscités par non concitoyen-ne-s.

4- Votre livre préféré.

Le Petit Prince de Saint-Exupéry

5-Votre film préféré.

Finding Neverland

6- Votre chanson préférée.

Imagine

Julien Cart, Candidat Conseil municipal Ville de Genève, Les Verts, Liste no 3

Co-président des Jeunes Vert-e-s Genève 
Co-fondateur du ROC (Réseau Objection de Croissance) Genève 
Etudiant master Sciences de l'éducation

Tiré d'un interview de Gauchebdo

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19:00 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

27/02/2011

L'Alternative : unité et solidarité pour maintenir la majorité !

En ce dimanche 27 février, deux semaines jour pour jour avant l'élection au Conseil Municipal en Ville de Genève, les candidat-e-s de l'Alternative, qui regroupent les Verts, les Socialistes et Ensemble à Gauche, se retrouvent pour une photo de campagne afin de marquer leur unité pour garder la majorité de gauche.

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Dans un canton où la droite est majoritaire, la Ville de Genève apparaît encore un bastion imprenable pour une droite trop divisée pour espérer renverser la majorité. La menace vient avant tout des formations extrêmistes, comme l'UDC et le MCG, qui basent leur campagne sur la peur et le rejet, et qui pourraient remettre en question l'hégémonie du camp rose-vert-rouge. C'est donc fort-e-s de leur unité et de leur volonté de coopérer lors d'une législature qui s'annonce tout aussi passionnante et difficile que la précédente, que les candidat-e-s se se sont réuni-e-s, avant de jeter leur dernières forces dans la bataille.

 

S'il demeure quelques incertitudes et quelques méfiances des un-e-s et des autres quant aux scénarios pour l'élection des candidat-e-s au Conseil administratif, une chose est certaine : la volonté populaire sera la grande révélatrice des nouvelles forces en présence, 2073384277.jpeget décidera pour beaucoup les stratégies qui devront permettre, on l'espère, à l'Alternative de maintenir ses 4 sièges à l'exécutif de la Ville. Il faudra alors, au soir des élections du 13 mars, que l'Alternative se montre aussi unie que lors de cet après-midi au bord de l'Arve. En effet, un échec dans la reconduction de cette majorité serait très mal vécu au sein de chaque formation. Unité, solidarité et coopération, voilà qui doit être le maître mot du combat de chacun-e au sein de l'Alternative, afin de pouvoir fêter de belles victoires lors des prochains scrutins électoraux !

Julien Cart

co-président Jeunes Vert-e-s Genève

candidat Ville de Genève, Les Verts, liste no3


Photos : Demir Sönmez

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22:55 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : élections, ville, genève, gauche, verts, socialistes, ensemble à gauche |  Facebook | | | |

28/01/2011

La mobilité douce contre le tout bagnole

 

Hier après-midi de nombreuses militantes et militants, notamment des Jeunes Vert-e-s Genève, se sont pressé-e-s devant l'entrée du Grand Conseil pour soutenir l'initiative populaire de l'association Actif-trafiC pour la mobilité douce à Genève (pistes cyclables sécurisées et continues sur les routes principales, traversées piétonnes attractives) déposée en juillet 2009, et qui a été traitée hier soir par les député-e-s genevois-e-s. 167113_178272495544030_151183321586281_343235_4248151_n.jpgCe texte qui demande plus de sécurité pour les cyclistes et les piétons, est soutenu par les partis de gauche, les associations de défense de l'environnement et même par le PDC. Il ne s'agit donc pas d'une initiative extrémiste qui demanderait le ciel. Les initiant-e-s demandent la mise en place, dans un délai de huit ans, d'un plan directeur qui permettrait de relier les différents tronçons de pistes cyclables en leur donnant davantage de continuité.

 

L'initiative pose la question du libre choix du mode de transport : en effet à Genève il y a beaucoup d'endroits où les deux roues sont en danger, par manque de sécurité, ce qui enjoint les cyclistes potentiels à renoncer à utiliser ce mode de transport.  L'initiative est contestée par le lobby patronal de la voiture, le Groupement transports et économie (GTE). La loi sur la circulation routière met la voiture (sur le réseau primaire) en priorité sur les autres modes de transport.

 

Cette initiative ose donc poser une question essentielle en matière de mobilité : quelles sont les priorités de Genève en matière de transport ? 166605_178272225544057_151183321586281_343224_67965_n.jpgEst-ce que nos routes, primaires ou non, sont d'abord faites pour favoriser la sacro-sainte circulation automobile, ou devons-nous permettre à chaque mode de transport d'obtenir une circulation sécurisée ?

 

Le vote d'hier soir a vu par 46 non contre 43 oui et 2 abstentions, l'initiative être refusée par le Parlement, sans grande surprise vu la majorité de droite de ce dernier. Ce n'est donc pas aujourd'hui que Genève donnera une réponse allant dans le sens d'une volonté forte du canton de s'engager pour la mobilité douce.

 

Un contre-projet ne sera pas opposé à cette initiative. C'est donc le peuple genevois qui aura le dernier mot, et ce dès cette année. 179049_178272792210667_151183321586281_343245_793795_n.jpgEst-ce que longtemps encore les accidents de la route à Genève concerneront en large partie les cyclistes ou piétons laissés pour compte, au nom du Dieu Voiture et de ses lobbys tout-puissants ? Et est-ce que pendant ce temps, Maudet et autres Rochat s'en prendront encore impunément aux « cycloterroristes », ainsi qu'aux cyclistes de la Critical Mass, proies si faciles ? Ces derniers n'ont que peu de poids, et ne disposent pas d'appui identiques à ceux des lobbys de la voiture, mais ils ont pour eux leur tripes et seront dans la rue, dès ce soir vendredi 28 janvier 18:30, Pont des Bergues : rendez-vous à toutes les personnes qui veulent une meilleure qualité de vie et une vraie politique en faveur de la mobilité douce ! Et rendez-vous dans l'urne tout prochainement pour une belle victoire démocratique !

 

12:30 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (36) | Tags : vélo, cycloterroristes, mobilité, écologie |  Facebook | | | |

25/01/2011

Changer de vi(ll)e !

Fourmillements incessants, vacarme ininterrompu, précipitation aveugle : bienvenue en ville. L'agglutinement absurde de centaines de milliers de personnes au sein de métropoles grandissantes résume à lui seul la perte de sens dont sont victimes nos sociétés occidentales basées sur la croissance et l'hyperproduction. Nos vies se résument bien souvent à la fréquentation aliénante de ces métropoles. C'est dans ces vastes étendues bétonnées que nous nous entassons avec, parfois, le secret espoir de pouvoir quitter cette atmosphère harassante. Comme la ville et ses multiples carrefours, notre vie est faite d'innombrables instants où nous pouvons choisir d'autres modèles que ceux qui nous sont majoritairement imposés par les structures, notamment celles qui conditionnent notre vie dans la cité. Pourtant, la plupart du temps, nous nous contentons d'en épouser docilement les formes.

 

Mais qu'est-ce donc que la ville si ce n'est la concentration dans un endroit restreint d'une multitude de constructions censées permettre aux un-e-s et aux autres de vivre au mieux, avec toutes les facilités que cela comporte ? Ces dernières permettent, il est vrai, à tout un chacun d'avoir un certain confort. Mais il apparaît clairement que l'effervescence de nos cités, les rapprochements qu'elles suscitent, n'empêchent pas, bien au contraire, la crise du lien social de gagner du terrain.

 

A croire que l'éparpillement d'hier forçait les un-e-s et les autres à se rapprocher, à s'entraider et à coopérer. Cette communauté de destins, rendue nécessaire par des structures moins homogènes et une technique moins omniprésente, s'inventait de manière spontanée. Quels changements avec ce que nous connaissons actuellement dans nos grandes villes ! Toutes les 'avancées' techniques, pensées initialement pour gagner en qualité de vie, permettent avant tout aux firmes de prendre le contrôle des vies de milliers de personnes. Ce 'progrès' est souvent, à y regarder de plus près, la raison même des maux qui nous accablent.

 

La voiture, par exemple, devait nous permettre de gagner en mobilité et d'aller plus facilement à la rencontre de nos semblables. Présenté comme gage de liberté, ce 'progrès' technique est devenu l'effigie de l'individualisme contemporain, apportant plus de contraintes que d'autonomie. Censée réduire les distances, la voiture sépare les humains qui s'agglutinent seuls dans des véhicules vides, devient un danger oppressant pour les enfants qui jouent dans la rue et induit un comportement sédentaire. De plus, que penser de la pollution et du bruit qu'elle engendre, ne donnant qu'une seule envie à celles et ceux qui habitent la ville : fuir et s'en aller au loin respirer le grand air ?

 

La destruction des espaces de rencontre

 

En plus de tous ces défauts, la voiture participe à la dynamique de séparation et d'isolement des habitant-e-s. La domination des lieux publics par les voitures est faramineuse, avec, à Genève, 370'000 véhicules recensés, immobilisés 98% du temps. Or, chaque voiture occupe 10 m2 d'espace public. Une superficie qui, du même coup, n'est pas dévolue, par exemple, aux logements ou aux parcs, qui eux permettraient aux gens de créer du lien social. Bref, la voiture participe en fin de compte, et comme tant d'autres 'avancées' techniques ayant comme objet la communication (avions, téléphones portables, ordinateurs,...), à l'étouffement et à l'atomisation des citadin-e-s.

 

La rupture de liens dont sont victimes les citadin-e-s des grandes villes semble en effet consubstantielle à l'avènement du progrès technique et de la société de consommation. Le paradoxe de la ville où tout bouillonne et où l'on se retrouve totalement livré à soi-même est décelable dans bien des domaines de la vie courante.

 

L'espace de rencontres, rappelons-nous à cet égard la convivialité des places du village, rassemblant de manière rituelle toute une frange de la population locale, rétrécit au fur et à mesure que naissent de nouvelles voies de « communication » (autoroutes, TGV, etc.). Pour se socialiser, il faut désormais payer et consommer, comme le symbolisent bien les supermarchés de célibataires qui foisonnent ici et là (New-York, Chine...). L'espace public est privé, il faut payer pour espérer créer des liens et correspondre à la norme, en fréquentant les magasins de vêtements, cafés, restaurants, et autres discothèques. Demeurent alors les parcs, les parkings et les trottoirs, la nuit, en hiver, où jeunes et autres infortunés se retrouvent. Les « botellones », à cet égard, témoignent à leur façon d'une résistance face à la marchandisation des rapports sociaux, même si l'achat d'alcool atténue leur force de revendication.

Ainsi, cette marchandisation de l'espace nous contraint à vendre notre force de travail afin de gagner la possibilité de créer des liens.

 

Produire plus pour vivre moins

 

Pour autant, les injonctions morales à consommer, par exemple à passer son permis de conduire et à posséder un véhicule, continuent à nous être assénées sans relâche et sans nuance - de façon informelle, ce qui est d'autant plus pernicieux. Résister, aujourd'hui, à cette pression sociale fait de nous des rebelles, contraints à continuellement défendre que d'autres perspectives sont possibles pour la ville, où tout ne tourne plus autour de la consommation, des engins à moteur ou des connexions informatiques, mais selon des paramètres plus épanouissants - réappropriation des espaces dévolus aux citadin-e-s, respect des distances et de la nature, développement du vivre-ensemble. Cependant, le moule est difficile à déconstruire, tant la structure est conçue pour que nous nous y complaisions. Regardez le politique, qui, dans tous les pays, crée des nouveaux besoins, pour relancer l'industrie automobile en promouvant des mesures telles que la prime à la casse.

 

 

Ainsi, l'ébullition de villes aux abords séduisants, devient finalement toujours plus oppressante. Elle semble s'être installée de pair avec le productivisme et son besoin sans cesse plus grand en main-d'œuvre appelée à travailler plus pour gagner plus. Nos sociétés, basées sur le dogme de la croissance illimitée, ont favorisé l'altération des liens sociaux. Les valeurs prônées par un tel modèle de société, à savoir la culture du résultat, du profit et de la compétition, ont apporté un désert intérieur en plein cœur des fourmilières géantes que sont les villes. Lorsque nous rentrons chez nous, que nous reste-t-il de ce foisonnement d'échanges accumulés au long de la journée ? Après le travail, y a-t-il seulement une vie ? Les personnes âgées toujours plus rongées par la solitude, les maladies mentales, aussi, qui gagnent toujours plus de gens, les numéros d'urgence, enfin, composés massivement afin de recevoir un peu d'écoute dans un monde trop pressé. Derrière ces réalités, un seul cri, voilé, résonne imperceptiblement dans les rues noires des cités, comme celui de ces enfants délaissés par leurs parents au profit d'une carrière, d'une gloire éphémère : au secours !

 

Pour ne pas paraître sourds à ces appels à l'aide, nous inventons des solutions palliatives. Les centres accueillant les personnes en grandes difficultés s'accumulent, la création de places de crèche s'intensifie, les EMS foisonnent. L'aide aux personnes est le métier de l'avenir, nous dit-on. Enième paradoxe d'une vie citadine nous permettant de gagner du temps partout, tout en en manquant cruellement pour celles et ceux qui en ont réellement besoin, pour nos proches. Et cette question qui fait frémir : serons-nous bientôt payés pour s'occuper de nos propres enfants ? N'est-ce pas, en effet, une perte de temps, un manque cruel à gagner pour la société de la croissance, que de devoir partager la vie d'un enfant ?

 

Réapprendre à être disponible

 

Ainsi, ce qui nous éloigne des rencontres fécondes avec nos semblables, nous assèche et nous désolidarise, est avant tout notre manque de disponibilité. Ravagés par les soucis et responsabilités du quotidien, nous manquons de présence aux autres. Nous perdons le réflexe même de demander un peu d'attention, d'écoute, à notre prochain, tant nous sommes certains qu'« il n'aura pas le temps ». En effet, comment lutter contre un agenda rempli à raz-bord, contre les besoins prioritaires d'un employeur, contre une vie totalement réglée d'avance ? Les inventions technologiques comme les agendas surchargés, la marchandisation du monde ou encore les structures des villes, poussent les individus atomisés à se délaisser les un-e-s des autres, au profit des intérêts des firmes, afin de satisfaire les rêves de « réussite » ou de gloire qu'on leur vend.

 

Heureusement demeure cet enfant au bord de la route, ne possédant en tout et pour tout qu'une poupée de chiffon, qu'un frêle sourire, qu'une fleur récoltée sur le chemin de l'école. Cet enfant si fragile face à ce qui l'entoure ne demande qu'un peu de présence et de disponibilité. Il nous oblige à dépoussiérer nos consciences, à refuser, à lutter, à nous lever, et à changer de vi(ll)e !

 

A des villes qui bouillonnent, qui oppressent et créent de l'isolement, nous devons opposer des espaces de vie décentralisés, gratuits, cartoucheVERTS2.jpgà plus petite échelle, où l'on réapprendra à se rencontrer, sans autre raison que de partager du temps en commun. C'est ce que proposent les Verts en ville de Genève, et notamment leur projet de 200 rues piétonnes. L'utopie en action, voilà ce qui doit guider nos combats politiques !

 

Concluons avec cette phrase du Petit Prince de Saint-Exupéry qui répond magistralement au marchand de pilules censées lui faire gagner du temps : « Moi, si j'avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine ».

 

11:08 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : ville, voiture, consommation, croissance |  Facebook | | | |

07/01/2011

Journaliste à la RTS : des critères de sélection discriminatoires ?

Voilà une nouvelle fois que les questions autour des musulmans redonnent du grain à moudre aux médias (et pas que sur les blogs de la Tribune). Notons que, pour une fois, ce sujet les concerne de près, puisqu'il s'agit de savoir si "foulard islamique et journalisme font bon ménage". Tout un programme ! Cette question est apparue après que la Radio Télévision Suisse ait reçu la candidature d'une jeune musulmane portant un hijab à un poste de journaliste.

Cette question qui prendra sans nul doute des airs d'affaire d'Etat, déchaîne déjà les passions, tous les politiques ont déjà leur avis sur la question (à part ceux qui n'ont pas le courage de leurs opinions, élections approchant : toujours les mêmes, inutile de les nommer donc). Elle a pour cadre un contexte particulier où la religion voit son rôle toujours grandi en matière de définition des identités individuelles ou collectives. Le contexte mondial provoque des incitations à défendre des valeurs qui seraient propres à l'Occident, défini alors comme chrétien. En Suisse des débats en rapport aux droits des minorités religieuses et à la place de la religion dans la sphère publique (initiative sur les minarets, débat sur l'enseignement de la religion à l'école, etc.) ne cessent de fleurir.

Pour le Temps, et son éditorialiste Patricia Briel, nous n'avons plus le choix : afin ne pas être vus comme faisant le lit de l'islamophobie, du repli identitaire dans lequel s'engouffrent les populistes et extrémistes de droite, nous devons revendiquer et défendre nos valeurs originales occidentales, évidemment chrétiennes.

Le recours à des valeurs pour s'identifier, pour se rassurer, pour se construire, tout simplement, est juste indispensable pour l'être humain et la société qui l'entoure : reste à savoir sur quelles valeurs nous nous basons, et quelles lectures historique de celles-ci nous faisons.

Pour l'éditorialiste, il y aurait un  « malaise de l'Europe face à ses racines chrétiennes et aux questions posées par une diversité religieuse croissante ». Or quelles sont ces sempiternelles "valeurs ou racines chrétiennes" ? Comment les définir, sont-elles seulement décelables et peuvent-elles être généralisée, pire, décrites comme « le » modèle qui aurait fondé notre identité européenne (si encore nous prétendons qu'il y en ait une, et une seule). Cessons de parler de "valeurs chrétiennes", titrait Nicolas Baumard, anthropologue à l'université d'Oxford, dans une tribune au Monde parue le jour de Noël. Il exprime bien l'idée selon laquelle « ce n'est pas à ses valeurs chrétiennes que l'Occident doit son succès, puisque celles-ci ne l'ont guère protégé de l'injustice et de la guerre, c'est à un contexte historique particulier, un certain équilibre des pouvoirs ayant permis l'émergence d'institutions respectueuses des individus. »

Revendiquer ces valeurs pour nous-mêmes, c'est « donner raison à ceux qui, en Asie, en Afrique ou au Proche-Orient, s'appuient sur les prétendues valeurs asiatiques ou musulmanes pour asseoir leur pouvoir et violer les droits individuels. Défendre la spécificité de l'Occident et le caractère chrétien de notre monde moderne, c'est dire à des millions d'hommes et de femmes qu'ils ne sont pas vraiment en mesure de vivre dans une société libre et égalitaire. Surtout, c'est se tromper de combat. »

C'est donc moins des valeurs chrétiennes qui manquent dans ces régions, « c'est avant tout de bonnes raisons de croire que la démocratie ou l'Etat de droit sont possibles et que le monde occidental est prêt à les accepter. Ce qui manque, ce sont des institutions justes et efficaces. L'échec américain, en Irak et en Afghanistan, tout comme la faillite de nos propres systèmes d'intégration sont là pour nous rappeler combien la tâche est difficile. »

Si nous revenons à notre question de départ, il faut se poser la question sur les raisons qui pourraient pousser le service public à refuser la candidature de cette personne. Pour certains, le principe de laïcité du service public doit être conservé à tout prix : « les journalistes peuvent avoir des convictions religieuses ou politiques mais ne doivent pas les afficher lorsqu'ils représentent le service public. La SSR représente l'Etat, et moi, je tiens à un Etat laïque! » s'emporte la socialiste Maria Roth-Bernasconi. En quoi le fait qu'une journaliste porte un voile ferait de notre Etat un Etat non laïque ? La posture unilatérale de certaines féministes sur cette question leur font manifestement oublier bien vite leurs premiers combats qui consistaient à permettre aux femmes de s'habiller tel qu'elles le désiraient.

D'autres, tels que Kathy Riklin (PDC/ZH), doutent de l'objectivité d'une journaliste affichant de manière ostentatoire ses convictions religieuses. Or qu'elle porte ou non le voile, une journaliste aura de toute manière une conviction personnelle, comme l'explique bien Jean- Jacques Roth « tous les journalistes ont leurs convictions.» L'élue PDC, elle, en rajoute, affirmant que « ce symbole d'oppression n'a pas sa place ni à l'école ni dans une entreprise de monopole comme la SSR.» On retrouve la rengaine PDC qui, tout d'un coup, comme l'UDC d'ailleurs, s'intéresse à l'oppression des femmes, tendance matérialisée par leur président qui surfait sans honte, après l'initiative anti-minaret, sur la vague isalmophobe en voulant interdire la burqa (avec des exceptions pour les riches qui viennent enrichir notre pays ? Ah non, ça c'était la proposition tout en nuance de notre ministre de la Justice et de la Police, Eveline Widmer-Schlumpf).

On vient même nous expliquer que « la SSR, qui est un service public, doit observer les mêmes règles que l'administration ou l'école publique qui n'engage pas d'enseignantes portant un voile» (Filippo Leutenegger, PLR/ZH). Nous verrons bien la décision prise par la RTS. Quoi qu'il en soit, si d'aventure la réponse était favorable à l'acceptation de journalistes ayant des signes religieux jugés ostentatoires, il faudrait remettre en question bon nombre de pratiques, notamment celle de l'interdiction pour les enseignantes de porter le voile dans les écoles. Ou sinon, il faudrait croire que les enfants seraient d'avantage manipulables que les auditeurs ou téléspectateurs. Or l'instruction publique n'a-t-elle pas comme premier rôle de susciter chez l'élève le regard critique ? Ce serait donc se donner une bien mauvaise image de nos élèves que de les considérer comme plus facilement manipulables. Les moutons n'ont pas d'âge, sans doute ce sont même en majorité les plus âgés qui votent UDC. Quant à l'idée qu'un voile influencerait le contenu même de l'instruction donnée : il n'y a pas besoin d'études pour en dénoncer le caractère infondé. Avant que l'interdiction soit officiellement prononcée, à Genève et dans d'autres cantons, les enseignantes voilées dispensaient leurs cours sans poser de problème, ni aux parents des élèves ni à une société qui n'avait pas encore incorporé son besoin de se différencier des autres en imposant des modèles sous couvert de laïcité ou de défense de valeurs occidentales chrétiennes. Il a fallu, à Genève, qu'une journaliste (tiens donc) fasse du bruit sur l'une d'elles, pour que Madame la Conseillère d'Etat Brunschwig Graf, en exercice à l'époque, se sente obligée de tout faire pour l'empêcher de continuer à enseigner ainsi vêtue.

Bref, en résumé ne nous mettons pas dans une situation grossière et difficielement tenable, où nous jugerions sur les habits culturels et religieux d'une personne pour statuer sur sa capacité à être admise en tant que journaliste ou non dans un service public. Que nos amis de droite, qui tiennent la méritocratie en adoration, retrouvent quelque peu leurs valeurs et expliquent que c'est bien sur les compétences et qualités de la candidate que doit s'opérer la sélection, et non sur sa couleur de peau, son habillage ou ses convictions personnelles.

18:29 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

02/01/2011

Quels vœux formuler pour 2011 ?

Quels vœux formuler pour 2011, alors même que la jeunesse semble être, à écouter les émissions grand spectacle organisées par les télévisions, totalement désabusées. Il fallait écouter les propos des héros de Romans d'Ados, nouvelle lubie de la TSR, ces héros des temps modernes nous expliquer gravement qu'ils sont les fruits de la société de la désillusion : « de toute manière nous savons que nous ne pouvons rien changer tout seul ». Une autre nous expliquait qu'elle avait, à l'époque du début du tournage (à 12 ans donc), plein de rêves, mais qu'aujourd'hui (à 18 ans) elle a appris à devenir réaliste, et à accepter qu'elle ne pourrait pas les réaliser tous. Où sont les forces d'insoumission, de rébellion, de résistance envers le monde établi ? Bien éloignées, car celui-ci est pris comptant. Puisque les tentatives de le changer ont échoué, il nous reste à faire contre mauvaise fortune bon cœur, et accepter tel quel cette société qui nous semble injuste, intolérable, absurde.

Poser la question quels vœux formuler pour 2011, c'est se poser la question, quels rêves pouvons-nous bien formuler en 2011 ? Autrement dit, quels rêves, quels objectifs sont promus par nos sociétés et sont susceptibles de donner envie de s'engager, de nous mobiliser ? Ou, a contrario, quels sont les rêves que notre société nous a appris à refouler, que nous savons bien impossibles, utopiques, et que nous avons enterrés soigneusement, petit à petit, au plus profond de nous. Pour mieux se concentrer sur l'essentiel : métro, boulot, conso, dodo ?

Il y a quelques semaines, en plein rush des fêtes de fin d'année, c'était la Journée mondiale sans achat. On peut se demander légitimement s'il y a plus grande insoumission contre le système capitaliste marchand que d'appeler à la non-consommation. Alors que tout le monde se précipite pour acheter un cadeau, pour faire plaisir aux autres en achetant, prétendre que les liens sont gratuits et que ce qui compte vraiment c'est l'attention, la présence et l'écoute, fait de nous des marginaux. Rajouter que ce sont ces liens qui nous manquent le plus, et que, comme toute chose rare, c'est ce qui est le plus cher, le plus difficile à susciter, c'est se montrer quasi irrévérent. Or disait Saint-Exupéry :

« Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi! » (Le Petit Prince, 1943).


Dans nos sociétés où tout s'achète (même le verre d'eau au restaurant) on comprend mieux pourquoi tout ce qui tourne autour de nous appelle à la consommation, ou plutôt, à la consoumission. Et pourquoi tout ce qui remet en question cette sacro-sainte liberté de consommer, est vu comme une attaque frontale au système. En effet, si le fait d'acheter doit être encouragé c'est bien que le système capitaliste tout entier est basé sur le dogme de la croissance illimitée, soit sur le productivisme. Alors qu'autrefois nous produisions des biens pour répondre à des besoins, aujourd'hui nous créons de nouveaux besoins pour écouler des biens. En effet, la révolution industrielle est passée par là et a fait exploser les taux de productivité, et surtout augmenter la quantité de choses produites. Alors qu'on produit beaucoup de richesse, nous serions à même d'attendre que le système estompe les inégalités. Or il creuse autant l'inégalité que les angoisses et le mal-être de nos concitoyennes et concitoyens. On pouvait attendre de la révolution technologique qu'elle amène un mieux vivre pour les travailleuses et travailleurs. En améliorant la manière de produire, nous aurions dû permettre aux humains de se libérer petit à petit du travail aliénant, ouvrant ainsi les portes à un travail basé sur la créativité. Or c'est tout le contraire qui a eu lieu. L'automatisation a supprimé toujours plus de travail humain.

Hannah Arendt voyait déjà bien que, dans notre monde contemporain, la vie publique était réduite au travail et à la consommation. Pour faire marcher le système, il faut toujours produire davantage et à moindre coût : on rationalise toujours plus la production pour augmenter le chiffre d'affaire. Toute les techniques sont bonnes pour déshumaniser toujours plus l'acte d'achat, pour l'individualiser toujours plus. Dans les magasins, le consommateur est poussé à facturer ses achats lui-même. Voilà un nouveau moyen inventé par les entreprises pour accroître leurs profits en réduisant leur effectif de salariés. En nous faisant croire qu'ainsi, le consommateur est davantage autonome, libre. De nouveau cette pseudo liberté qui nous est vantée.

Si l'on parvient à produire à moindre coût, et que la quantié de produits augmente, on comprend qu'il faut pour que la machine tourne, trouver autant d'équivalent consommateurs de l'autre côté. C'est pourquoi tout le système est basé sur le fait qu'il faut encourager à acheter, à consommer. Nous vivons dès lors à l'ère de la société de la marchandisation, de la société d'abondance, de l'homo oeconomicus, l'humain réduit à son état d'achetant. Pour le bien d'un système qui nous aliène. Et cette aliénation, nous le savons bien maintenant, se fait à crédit sur la planète : notre poids est déjà insoutenable car nous surexploitons les dernières richesses terrestres (il suffit de regarder les pics du pétrole, de l'uranium ou de l'acier déjà atteints ou que nous atteindrons dans le très court terme). A la pénurie de ressources se rajoute la question des inégalités : 20% des habitants de la planète s'accaparent 80% des ressources ; les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus nombreux. Pourtant la croissance n'a cessé d'augmenter...

Par contre, ce qui s'effrite, pendant que le PIB augmente, c'est le lien social. Notre société est toujours plus individualiste, car la question du sens n'a plus sa place dans un espace public dédié totalement au travail et à la consommation. Dès lors, notre question du départ, qui visait à nous demander quels vœux, quels rêves, nos contemporain-e-s peuvent bien formuler pour 2011, semble devoir forcément se conditionner à ces deux aspects : pour 2011, nos contemporain-e-s bien élevé-e-s, devraient se souhaiter « un bon travail et une bonne consommation ».

Or heureusement, de plus en plus, nos contemporain-e-s se posent des questions sur ce modèle de société clairement non durable et créateur de mal-être. A Genève, la votation sur les heures d'ouverture prolongées des magasin a été refusée à 56%. Les gens ont compris mieux que leur élu-e-s que cette flexibilisation des horaires ne permettrait pas de créer des postes de travail mais que ce n'était qu'un prétexte du patronat pour augmenter son chiffre d'affaire sur le dos des travailleuses et travailleurs, détruisant le peu de vie familiale dont elles/ils pouvaient encore jouir. Comme un cri dans le système du toujours plus, la population s'est exclamée : « Ce n'est pas à l'humain de s'adapter à l'économie, mais a l'économie de s'adapter au rythme de l'être humain » !

Cela étant, n'oublions pas que nous sommes ravagés de partout par les appels à faire marcher la mégamachine. Ces techniques sont normalisées, et la plupart du temps, nous ne les questionnons plus. La publicité, 2ème budget mondial après l'armement, les techniques de marketing qui nous bombardent de partout (médias, internet, télévision, etc.) en sont le meilleur des exemples. Sachant que 23% de notre temps est dédié aux médias, soit 5h30 par jour et que nous subissons 25'000 spots publicitaire par an par individu à la télévision, il est illusoire de penser que nous ne sommes pas manipulés dans nos choix les plus simples du quotidien. C'est pourtant le discours unique de la droite libérale : le citoyen est totalement libre.

Un autre mécanisme pour renflouer le marché est la comparaison sociale, qui finit de nous convaincre à vouloir devenir toujours plus riche, à gravir les échelons sociaux, à en vouloir toujours plus. Le principe de la consommation ostentatoire, bien mis en avant par le sociologue Thorstein (déjà à la fin du 19ème siècle !), exprime bien ce besoin que nous avons à nous identifier à la classe supérieur possédante, afin de profiter nous aussi du modèle consumériste. Or cette comparaison et concurrence permanente instaurée entre les individus ne peut qu'engendrer un sentiment de défiance et d'envie, et une angoisse permanente. Surtout, une méfiance généralisée et légitimée devant les échecs, les fragilités. Si bien que 2011 proposera, en Suisse, pour les militant-e-s, une fois de plus, une énième lutte contre les coupes dans les aides sociales organisées par la droite et l'UDC en tête, laquelle veut exclure les élèves moins forts, moins méritants et les étrangers des classes de l'école publique.

C'est donc ce modèle de société fondé sur la création de faux besoins pour le bienfait de l'économie (et des profits des profiteurs), qui forge en nous les rêves de demain, pour peu que nous puissions encore en avoir. Ces besoins sont notamment créés par la soif de la nouveauté qui est inlassablement ventée et vendue (il suffit d'ouvrir un journal, pour le comprendre) : partout on nous explique les mérites du nouveau produit à vendre, et de la nouvelle technologie qui l'accompagne : des modèles toujours plus verts et innovants. Il faut donc nous conformer à la mode qui opère tout autour de nous, sinon nous passerons pour un vieux dépassé et serons exclus. Sans compter que, même en étant assez fort pour résister à ces faux besoins, le système a tout prévu : à cause de l'obsolescence programmée des produits, nous serons obligés de les remplacer un à un dans un temps toujours plus court.

Alors ce progrès technique, qui devait nous faire gagner du temps, nous rapprocher les uns les autres (cf. internet et ses « réseaux sociaux »), réduire les inégalités, vaincre les grandes distances et la pénibilité du travail, n'a fait que creuser l'isolement entre les humains. On passe en effet en moyenne plus de temps en voiture qu'à table ensemble ! On est toujours mis davantage sous pression : 40% des employés en Suisse déclarent être soumis à une lourde charge pour les nerfs. Le coût du stress en Suisse se monte à 8 milliards de francs. Les employés produisent de plus en plus et ils ont de moins en moins en retour, coût de la vie augmentant. Mais il faut, malgré tout, continuer à acheter pour faire grimper la tant convoitée croissance. Sinon, comment va-t-on payer le social, pardi ! Mais ce social-ci est créé de toute pièce par une société qui nie les vrais besoins des gens, et crée de faux besoins, tout en prétendant, de manière philanthropique, s'occuper ensuite des laissés pour compte, des faibles, des incapables de se soumettre au modèle unique en vigueur, qu'elle a créés de toutes pièces !

Car le plus fou est que c'est bien la croissance elle-même qui tue les emplois. Dans la vente, la course au profit et les techniques de rationalisation poussent à miser sur les hypermarchés et autres Temples de la consommation. Résultat, à Genève : ces 25 dernières années, les commerces genevois ont supprimé 4'265 emplois à pleins temps et créé 1'618 temps partiels. De plus, chaque emploi créé dans la grande distribution détruit 3 à 5 emplois dans le secteur des PME et du commerce de proximité. Cela n'empêche, l'éternel ''travailler plus pour gagner plus'' ne cesse de nous être rabâché. Or les salaires ne suivent pas l'amélioration du chiffre d'affaire. Et l'angoisse perpétrée par des situations de travail où concurrence et efficacité sont les maîtres mots engendre maladies liées au stress, addictions, dépressions et autres maladies cardio-vasculaires qui ne cessent d'augmenter. Nous n'avons plus de temps à l'échange, au don gratuit, car le type de consommation qui nous est vendu est fondamentalement individuel et payant : il nous faut un garage, une piscine, un réfrigérateur, bref, tout des produits qui ne pourront être partagés et qui vont coûter cher.

Le pire est que nous vivons dans une société fondée sur le travail, et qui pourtant crée dans son mécanisme propre une pénurie de travail : le chômage, qui sert à faire pression sur les chômeurs, sur les profiteurs, et autres minorités laissées pour compte car stigmatisées comme non-méritantes.

Or l'être humain n'est pas un bout de chiffon malléable à souhait, censé accorder ses rêves aux besoins de la mégamachine. Il souhaite être reconnu, voir l'utilité de son travail et de sa dignité affirmée. Et non pas éconduit dès que l'entreprise le désigne comme non rentable.

C'est pourquoi il est temps d'agir. Il nous faut dénoncer les écarts de revenus indécents et garantir une vie frugale et sécurisée à chaque personne, peu importe son statut (revenu de base ou allocation universelle) afin d'inverser le rapport de force et renouer avec la question de l'utilité du travail. Poser la question : quel produit pour quel besoin ? Le seul fait de consommer ne pourra être la seule facette de l'être humain du 21ème siècle, du fait que les ressources terrestres manquent, mais aussi du fait du vide existentiel qui l'amène à sombrer dans les addictions diverses, telles que celle de consommer. Près de 275'000 Suisses, soit environ 5 % de la population, souffrent d'une compulsion aux achats, révélait une étude menée par la HES de Berne en 2004.

Moins de biens plus de liens, disent les objectrices et objecteurs de croissance. Il y aurait donc un bienfait insoupçonné à vivre avec moins. Est-ce là donc le rêve alternatif au modèle dominant : moins de transferts d'argent, et plus de transferts de chaleur humaine ?

Certes les solutions d'écotartuffes « à la Hulot ou Arthus-Bertrand  » qui se basent avant tout sur la critique de la consommation individuelle (l'écologie de la brosse à dent - n'oubliez pas de fermer le robinet !) n'ont que peu d'effets sur l'environnement et participent au système plus qu'elles n'oeuvrent pour en sortir : qu'est-ce que le poids individuel engendré par le fait de ne pas acheter un nouveau 4x4 lorsque l'on sait que 3,6 millions sont vendus chaque année aux USA ? Or, ce sont bien les comportements cumulés qui sont destructeurs, et contre lesquels il s'agit de trouver des réponses démocratiques crédibles, au niveau mondial et national.

Ne soyons pas aveugles, le patronat et la droite, premiers soutiens aux multinationales, soit les vrais décideurs, ont la main-mise sur notre système démocratique et trouvent toujours des raisons d'empêcher les progrès humains et environnementaux de s'installer. Est-ce pour autant qu'il faut partir résigné-e ? De nos rêves, doivent découler des réalités :

En effet, les avancées démocratiques permettant d'échapper quelque peu à l'emprise de la publicité et de la consoumission existent. En Suède et au Québec, par exemple, a été interdite toute publicité destinées aux moins de 10 ans. Il est nécessaire de faire de même ici, et d'interdire qui plus est le publicité pour les voitures ou les voyages en avions. Les rêves de nos enfants doivent pouvoir leur appartenir, et non être dictés par le marché, ou disparaître sous le poids de la désillusion programmée !

Il est primordial de garantir, au moment où les ressources vont manquer, les besoins vitaux et sociaux fondamentaux pour chaque être humain. La gratuité des services publics est donc un combat d'avant garde d'une gauche qui se veut progressiste et post-capitaliste. Sortir les besoins essentiels du marché semble être l'objectif le plus évident d'une lutte contre la marchandisation grandissante de nos sociétés basées sur le profit et l'accumulation des biens.

L'instauration d'un revenu maximum et d'un revenu minimal (revenu inconditionnel de citoyenneté ou Allocation universelle), capable de nous sortir de l'aliénation du travail en redonnant du temps pour des activités locales et épanouissantes, participe à cette entreprise qui vise à inverser le rapport de force instauré par un système injuste. Le salarié, qui reçoit déjà un revenu de base suffisant pour vivre, pourra exiger de meilleures conditions de travail et le travail utile, qui remet au centre l'être humain, aura à nouveau ses droits.

L'augmentation de la sphère de la gratuité est en effet une manière fondamentale de lutter contre le marché du travail, le travail-marchandise et l'idée que les besoins sociaux de base puissent être satisfaits par le marché, le fric, la rentabilité. Or, il existe bel et bien des activités en dehors du marché, capables de créer de la richesse pour un pays, en dehors du PIB. C'est même cette richesse-là qui est le fondement de toutes les autres. Prenons l'exemple de la prise en charge non rémunérée des enfants :

« en 2007, elle a représenté quelque 1350 millions d'heures. Environ 60% de cette charge totale ont été assumés par les femmes, et même un peu plus (67%) lorsque les enfants sont en bas âge. A cela s'ajoutent encore 513 millions d'heures de tâches domestiques, là aussi principalement exercées par les mères. Si la garde d'enfants était rémunérée, elle aurait coûté un peu plus de 80 milliards de francs. » source : Le Temps

 

Il s'agit donc de soutenir et valoriser toutes les démarches qui visent à favoriser les échanges non marchands (SEL, coopératives d'alimentation, d'habitation, etc.). Pour que ces débuts de rêves deviennent des réalités enviables et enviées.

Nous devons retrouver notre capacité de faire corps ensemble. 2011 est à notre porte, les éternelles résolutions aussi : n'est-ce pas l'occasion de nous poser les questions essentielles sur notre rapport aux autres, à la consommation, à la vie et au sens de celle-ci. Ce avec un autre prisme que celui qui nous est vendu à longueur d'année. Est-ce que baisser mon temps de travail occasionnera un gain souhaitable en terme humain ? Est-ce qu'acheter le dernier iPad à la mode y contribuera ? Changer de prisme, c'est s'ouvrir à de nouveaux rêves, insoupçonnés, ou redonner vie à d'ancien rêves, que nous nous avons appris à enfouir, c'est se donner encore la force d'entrevoir en nous ce qu'il y a de plus improbable.

Ce temps de début d'année doit nous permettre de mettre à la 1ère place les liens, qui, trop souvent, passent après l'accumulation de biens. Avec ce nouveau prisme, ce n'est plus le caractère utile de l'humain qui prime. Celui-ci est vidé de toute substance, c'est celui de l'économie livrée à elle-même, qui nous perçoit tel le résultat de calculs d'optimalisation de notre utilité. Sortir de ce piège consumériste, c'est susciter des débats publics et démocratiques sur les questions essentielles communes au genre humain : quels besoins de base doivent être assurés gratuitement pour sortir les gens de la misère et de l'angoisse, et quels besoins/comportements dégradent la vie des unes et des autres et doivent être réduits, interdits, taxés. C'est sortir de l'illusion d'une liberté du consommateur, qui existerait en soi.

Commençons donc la révolution et 2011 par une résolution intérieure en prenant soin des autres, des proches et au-delà : n'est-ce pas la meilleure façon de se sentir vivant ? N'est-ce pas un vœux simple mais révolutionnaire que nous pouvons formuler autour de nous, nous approprier ? Retrouver le sens de nos limites, celles de la planète. Pour mieux jouir du peu que nous avons - mais qui a tant de prix.

Et pour que nos adolescent-e-s puissent dire et ressentir que d'autres mondes sont possibles, et existent déjà.

18:25 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

27/12/2010

Romans d'Ados : fin de l'innocence ou de l'intimité ?

Il y a de quoi rester interloqué devant l'absence de critiques de la démarche du "film documentaire" intitulé Romans d'Ados qui a réuni au cinéma, depuis juin 2010, plus de 20’000 spectatrices et spectateurs en Suisse Romande. Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Il s'agit du suivi de 7 ados d’Yverdon durant 7 ans (la symbolique du chiffre 7 rajouterait-elle du sacré et du magique à l'entreprise ?), visant à capter leur évolution vers l'âge adulte, puisque nous suivons, sans gêne, leurs agissements et ceux de leur famille de 12 à 18 ans.

Pour faire l'avocat du diable, je propose donc de lancer le débat. N'y voyez qu'une volonté de mieux comprendre, et non de dénigrer un travail de longue haleine où (et c'est peu de le dire) de nombreuses personnes ont investi plus que du temps et de la peine22572_276018367591_50388282591_3993795_6921514_n.jpg, mais beaucoup d'elles-mêmes et de la passion. Mais toute production, qui plus est quand elle prend une telle ampleur, doit être analysée en ce qu'elle porte (et se veut porteuse d') un message, qu'elle comporte une posture et que tout cela est susceptible de modifier les perceptions des spectatrices et spectateurs. Les 4 épisodes de «Romans d'ados» sont à voir sur TSR1 et dans ce dossier en ligne, dès leur diffusion à l'antenne jusqu'au 19 janvier. Voilà le 1er épisode en ligne, intitulé "La fin de l'innocence", visible ici afin de vous faire votre propre opinion sur la question.

Après le visionnage d'un tel film, il est normal que l'on se pose certaines questions. Notamment les buts raisons d'un tel "film documentaire" qui est tout à fait dans la tendance actuelle où tout doit être dit, montré, détabouisé. Ce n'est en effet pas la 1ère fois que de telles entreprises sont faites (voir ici à Paris, une expérience du genre). Semble-t-il les objectifs sont multiples : Irène Challand, responsable unité documentaires de la TSR, explique que c'est la volonté de permettre aux téléspectateurs de renter en contact avec ces jeunes, qui est à l'origine de l'entreprise, suggérant l'idée qu'un tel reportage sur le long terme, avec l'approbation des parents, serait "plus élégant" (plus élégant que quoi ?). Il serait donc confirmé ici que c'est bien le (supposé) besoin de voyeurisme de la population qui serait le vecteur d'un tel projet. Car la question mérite d'être posée : entre-t-on vraiment "en contact" avec des ados lorsque leur vie familiale nous est versée sur un plateau, en regardant notre télévision, bien assis-e sur notre fauteuil ? Les jeunes (et, corollaire, les parents, accusés d'être démissionnaires, incompétents, laxistes et j'en passe...) étant toujours davantage pris pour cibles faciles d'une société dite en manque de repères (cf. violence urbaines, enfant roi, etc.), on comprend que ce sujet "populiste" ait pu intéresser la TSR,
qui a montré un soutien exceptionnel, son secteur documentaire ayant financé Romans d’ados à raison de 100 000 francs par film (400'000,- donc) ! D'ailleurs, Béatrice BakhtiFemina_22_Bakthi_250.jpg, réalisatrice de Romans d'ados, répond ainsi à la question "Pourquoi Yverdon? - Nous aurions pu choisir une autre ville. Mais Audrey Sommer, la journaliste qui a travaillé sur le film, avait évoqué Yverdon car il y avait eu des incidents entre jeunes. Cela nous a décidés. " On a donc choisi Yverdon comme lieu de tournage, parce que là, il y a eu des "incidents entre jeunes"... Cela tend donc à confirmer notre hypothèses selon laquelle les raisons et conséquences d'un tel tournage sont, aussi même si pas seulement, populistes et voyeuristes. Plus que tenter une peinture (évidemment incomplète) de l'adolescence, on veut être au coeur de la violence, pour mieux la montrer et démontrer qu'on fait quelque chose contre elle, mais que fait-on vraiment ?!

Le but de l'entreprise est prétentieux : "constituer une boîte noire de l'adolescence" (dixit Irène Challand), tout en prenant l'engagement que "rien ne soit divulgué avant que les jeunes ne soient adultes, avant qu'ils puissent affronter cette partie de la vie comme quelque chose de passé, de derrière eux". Je pose la question : est-ce qu'on peut dire, à un moment donné de sa vie, que ce qui est passé est "derrière nous", et n'a plus d'influence sur nous ? Je pense pour ma part, qu'on est toujours influencé par ce qui est derrière, justement, et qu'il vaudrait mieux reconnaître que tout a de l'influence. Donc ici, la caméra aussi a eu de l'influence et continuera d'en avoir, puisque quelque part, la vie de famille de tous ces jeunes et parents a été et affbleuG.jpgcontinuera d'être vue par chaque individu le désirant. Quant à prétendre que les jeunes et parents ont toujours été libres, c'est se montrer là aussi prétentieux. Il faut être conscient, et la réalisatrice nous le dit bien, qu'il n'a pas suffi de convaincre une fois ces familles d'être analysés dans leur plus stricte intimité : "A quelle fréquence alliez-vous filmer les ados à Yverdon? - Selon les appels téléphoniques que j’avais avec eux. Il y a des moments où il fallait les convaincre. Il arrivait même que je ne puisse plus en joindre certains." C'est donc une liberté sans cesse remise en question : est-ce que telle partie de ma vie est à dévoiler, est-ce que j'ai envie, dans 6, 5, 4, 3, 2, 1 an, que ce pan-ci de mon adolescence soit visible, en 1 clic, par plus de 20'000 spectateurs. Ou tout simplement, aurais-je bien mieux à faire, en pleine adolescence, que recevoir une équipe de journalistes chez moi... Bref, on comprend bien que ce n'est pas aussi facile que ça en a l'air, d'être filmé à une période aussi charnière de sa vie. Remise dans un contexte plus large, cette question permet de poser la question des nouveaux médias ou plateformes comme facebook, qui permettent de montrer certains aspects de nous que l'on pourrait ne plus vouloir dévoilés au grand jour : comme l'accord donné à un temps x est considéré comme irrémédiable, il devient impossible (ou du moins fort cher et fastidieux) d'effacer toutes les traces.

Autre objectif de ce film, dévoilé par le fait qu'un "dossier pédagogique" est promu sur le site même du film et celui de la TSR, est de permettre à des élèves de se poser des questions sur cette période qu'est l'adolescence, avec comme appui l'exemple de ces 7 ados. Les producteurs accompagnent même le projet d'un "dossier pédagogique" où les élèves des classes de nos enfants sont notamment amenés à définir la personnalité de leur camarade, en apprenant à faire des "portraits physiques et moraux" des adolescent-e-s et à rentrer un élève de leur classe (sans le désigner, l'honneur est sauf) dans les 7 "attributs" préalablement choisis par les réalisateurs comme définissant (arbitrairement s'entend) la personnalité des 7 jeunes. ado_0.jpgNous sommes donc là à la limite de la psychologisation. Apprendre à mettre autrui dans des catégories doit-il faire partie des choses enseignées dans les écoles publiques, serait-ce pour la "bonne cause" (analyser la complexité des relations parents-enfants à un âge critique) ? Apprendre à définir le profil psychologique des gens de sa classe permettra-t-il d'affronter et de régler les questions de violence ? Laissez-moi en douter. Je doute qu'en revoyant les images TSR de leur adolescences, ces 7 jeunes ait été enchantés de se retrouver confinés dans les étiquettes du "bon gars" qui a vécu "une adolescence en apparence calme mais cachant une profonde fêlure" (exemple de la description TSR de qui est Thys, l'un des 7 jeunes). Ces étiquettes sont par définition réductrices. La fiche pédagogique propose de retrouver, en visionnant le film, qui est a) la romantique, b) le bad boy, c) l'impatiente, d) la rêveuse, e) le bon gars, f) l'effrontée, g) le philosophe. Est-ce 1. Thys, 2. Aurélie, 3. Mélanie, 4. Virginie, 5. Xavier, 6. Jordann, 7. Rachel ? Qu'à travers ce "film documentaire" on veuille "constituer une boîte noire de l'adolescence" et qu'on travaille sur ce film avec d'autres adolescents, bien ! Mais ne le faisons pas n'importe comment, en réduisant les problématiques complexes et en prenant pour argent content ce qu'on voit sur les images.

Attention, poser des questions de la vie, des questions existentielles, oui, je milite personnellement pour l'instauration - ce dès la maternel comme au Canada - de cours de philosophie pour enfants et adolescent
-e-s dans les écoles, pour leur permettre d'être critiques et d'analyser les situations complexes dont ils sont les actrices et acteurs, même celles concernant la sphère privée (ce, s'ils désirent en parler uniquement!). Mais lorsque l'on s'impose dans la sphère privée (serait-ce avec l'accord des familles et de leurs enfants - d'ailleurs à quel point ceux-ci ont pu dire librement s'ils étaient d'accord - après discussion en famille, de manière totalement individuelle et indépendante- on en doute évidemment) qui plus 0.jpgest caméra au point, on filme l'intimité des gens. La réalisatrice confesse d'ailleurs dans un article au Matin "qu'ils [l'équipe de tournage] ont été mis au courant de choses que leurs parents ignoraient". Cela participe en quelque sort au voyeurisme tant primé dans notre société et si peu dénoncé. Le fait de voir un enfant qui pleure devant la caméra expliquant qu'il ne peut le faire devant ses parents car il "doit être fort" et "y arrive" en face d'eux, c'est troublant. Bien sûr le cinéma est fait pour troubler. Mais ici cela rime malheureusement avec voyeurisme. Il s'agirait de rencontrer les parents de ce jeune, qui ont manifestement besoin de soutien pour être mieux à l'écoute de leur enfant, plutôt que de filmer sa détresse, de manière  invasive et flegmatique. Or semble-t-il, on a préféré choisir des ados cibles, qui allaient correspondre à ce qu'on voulait trouver (l'adolescence est un problème pour tous les jeunes).

De plus, il apparaît dangereux de parler de cinéma, de film, d'intrigue, alors qu'on est aux frontières (bien au-delà même à mon avis) du documentaire, et qu'on filme le cœur, la vie intime de familles réelles qui ne jouent, elles (contrairement bien entendu aux journalistes... où prétendraient-ils à une légendaire mais pour le coup bien chimérique neutralité ?) pas de rôle, mais leur existence même. Quant aux hommes, pères ou beaux-pères, je ne me souviens pas en avoir vu beaucoup - sans doute justement car ils sont jugés comme absents. Mêmes quand il sont là, ils semblent se "gêner" face à la caméra.

D'autres questions apparaissent. Comment ont été choisies les familles ? Selon quels critères, sont-elles plus ou moins représentatives sociologiquement ? On nous dit que seul le "feeling" a été retenu comme critère : «Il s’est fait sans idée préconçue. Nous nous sommes laissé convaincre par la rencontre avec les adolescents, par ce qu’ils nous racontaient d’eux-mêmes.» Difficile à croire. Ensuite, comment ces familles se sont-elles laissées convaincre à éparpiller leur vie intime devant toute la Suisse ? Y aurait-il pour elles un retour financier après une brève renommée et quelques plateaux TV ? Les auteurs sont-ils conscients des biais nombreux possibles d'une telle entreprise, si oui entendent-ils les mettre à jour, les critiquer - du moinsroman02.jpg les assumer ? Sachant le nombre de romands (et autres, Arte en a déjà fait l’acquisition et des discussions sont en cours avec la Schweizer Fernsehen (SF) et la RSTI) qui vont voir ce "film" et vont prendre à la lettre les stéréotypes qui peuvent y être décelés ? Un seul exemple de stéréotype ou de vérité révélée (présentée comme un nouveau dogme), on pense en effet après un tel documentaire, comme le dit le dossier pédagogique, que "en cela, le documentaire est clair : tous les enfants, surtout durant leur phase adolescente, souffrent des mauvaises relations entre leurs parents." Cela s'opposerait à notre perception plus ancienne selon laquelle "l'adolescent, en pleines transformations, veut s'affranchir à tout prix de ses parents". Or, cet aspect est réducteur, comme le précédent : tous les ados ne souffrent pas de mauvaises relations avec leurs parents !

Relevons néanmoins une bonne question dans ce fameux "dossier pédagogique" proposé, à savoir celle demandant aux jeunes de "devenir conscient des concessions faites par les 7 protagonistes pour être filmés, jusque dans l'intimité, pendant 7 ans. Qui accepterait cela ?" Je me permettrai de répondre : "pas moi !". Et le protagoniste Xavier non plus, lui qui, dans le dernier épisode (comme nous l'apprend le dossier pédagogique) dit : "Xavier déplore la sortie publique du film : "Je n'ai pas envie qu'il sorte car c'est une partie de moi que je donne. Mais j'espère que cela va aider des gens".
Est-ce que, pour autant, cela me donne le droit de regarder ces vies s'écouler ? Quelles limites à une œuvre cinémato-"sociologico"-"pédago"-psychologique ?!

Force est de constater que ce film documentaire s'inscrit dans ces rituels toujours plus promus par nos sociétés qui consistent à pousser les gens aux aveux, notamment sur des questions d'ordre privé et intime, comme notre culture judéo-chrétienne (cf. la confession) nous a appris à le faire, et à trouver cela "normal" et même sain : pour ceux qui s'étalent sans gêne, et pour ceux qui écoutent sans gêne non plus. Si bien qu'on ne s'étonne même plus qu'aucune voix critique ne se soit, à ma connaissance et pour l'heure, manifestée. A lire, à ce propos, cet excellent article de Foucault intitulé « L’homme, en Occident, est devenu une bête d’aveu » où l'on pose la question de savoir si l'aveu est réellement l'expérience d’une libération ou s'il est plutôt une réponse à une sommation du pouvoir.


Nous sommes donc en plein dans cette propension de nos sociétés à livrer de l’intimité en pâture au grand public. Peut-être que se voir filmé en train de pleurer en direct expliquant qu'on ose pas le faire devant ses parents, ou être filmé en train de dire que son père ferait mieux de quitter sa mère mais que "quand on s'aime on voit pas les défauts", etc. Peut-être que c'est just le prix à payer pour que le grand public puisse enfin voir ce qu'est "l'adolescence"... Peut-être qu'exposer sa vie devant des milliers de spectateurs est juste la nouvelle manière de faire de la télévision. La ressemblance entre ces émissions de TV réalité et Romans d'ados, c'est que justement tout est fait pour qu'elle devienne des fictions filmées. Je ne sais pas combien d'argent les jeunes et leur famille ont reçu, mais la récompense symbolique n’est pas simplement la satisfaction personnelle, narcissique, d’être passé à la télévision, d’y avoir fait un unique et éphémère passage, ni d'avoir touché un cachet, mais de devenir le personnage d’un récit. Je comprends donc que ce soit quelque chose de valorisant, qui plus est pour de jeunes adolescents qui vivent des moments difficiles. Savoir que des journalistes s'intéressent à notre sort, qu'ils vont faire de nous des sujets de télévision plus tard, participe à ce processus de créer des stars, ce qui d'ailleurs, passionne justement le public, sans qu’il en ait forcément conscience. Ce qui le passionne, c'est les changements qu'il voit sous ses yeux, ici pendant 7 ans (tout ça présenté en 4h de temps) dans la magie du direct et du continu, des gens ordinaires, issus de la vie réelle, devenir du jour au lendemain des personnages, acteurs d’une histoire, d’un récit, d’un scénario qui ressemble à un feuilleton, à une fiction. C'est ce que le public veut, ce dont il est friand. La TSR l'a compris elle qui a déchiré son porte monnaie pour nous présenter l'intimité de 7 familles pendant 7 ans en quelques heures.

Ces personnages puisqu'ils se donnant en spectacle, deviennent des protagonistes, les stars d’une fiction filmée.
Surtout qu'après coup, pas tous les jeunes referaient ce genre d'expérience sous forme de "film docu", comme ils le disent eux-mêmes !

On voit le lien avec la télé réalité, les jeunes sont amenés à donner leurs impressions, à la fin de la production, un peu comme après avoir été éliminés (cf. le loft).

Autre plateau pour en parler, où un jeune filmé explique que "y'a certains trucs que j'ai pas forcément envie que les autres voient". L'impudeur va jusqu'à mettre en avant le fait que l'entreprise est en soi impudique en le faisant dire aux jeunes eux-mêmes (du moins en leur proposant de le faire dans un interview spécifique - une des jeunes n'a d'ailleurs pas participé) ! Pour augmenter la véridicité de l'entreprise, son caractère impartial, et prouver qu'on a rien caché au spectatrices et spectateurs ? On peut se questionner.

On entend aussi : "quand je refusais de les voir [la production] je me faisais souvent engueuler"...

Et le "docteur" psychiatre qui dit qu'il est enchanté, qu'"il y a eu peu d'études sur le long terme dans ce domaine" : même pas un lapsus révélateur, il prend ce "film docu" comme une sujet d'étude... !! Ou quand la médecine perd tout regard critique, ne prend pas de hauteur et s'agenouille devant la pression populaire de son temps !
Et les critiques, me direz-vous, à part celle-ci ? A voir le recueil de "critiques" de presse suite à ce film documentaire. Un seul critique, Aboudoulaye Penda Ndiaye, pour reconnaître le caractère intrusif de ce type de film documentaire... Ou quand la critique sombre dans le politiquement correct...

A relever aussi, cette illusion que Romans d'Ados dépeindrait la réalité même, brute, comme le prétend Frédéric Maire dans l'émission LES TOILES (13/06/10) lorsqu'il dit : "Ce n’est pas tous les jours que l’on voit pour de bon et sans trucages des personnages du réel qui grandissent, qui évoluent et qui se transforment sous nos yeux. On vit vraiment avec ce film une expérience cinématographique terriblement émouvante, celle de toucher du doigt, enfin toucher des yeux le réel à l’œuvre dans la durée et dans la profondeur."

Pourtant tout est trucage, montage, sélections, intrusion, dévoilement. Il faut des aveux et on se débrouille bien de les obtenir, comme dans la télé-réalité, pire puisque avec le film docu on peut choisir les séquences qui vont être les plus percutantes, vont déranger le plus, vont dévoiler le plus. Dommage que la critique soit aveugle et unanime et qu'elle ne perçoive nulle part que ce film docu baigne corps et âme dans le besoin toujours plus incessant pour notre société de tout dévoiler, montrer, sans tabou - quitte à filmer le cœur même de l'adolescence de 7 jeunes et leur famille, pour des milliers de voyeuses et voyeurs : vive la culture de l'audimat.
N'oublions pas donc que c'est toujours des adultes qui filment des ados, et donc le monde du dehors qui, avec ses préjugés et regards propres, avec ce regard d'en haut, emprunt forcément de supériorité et d'autorité - marque par excellence de l'adulte, va forcément transmettre tout ça dans le filmé. Donc c'est surtout cela le danger, que les gens qui regardent prennent cela pour argent comptant, alors que tout cela n'est que montage, séquençage, sélection de ce qui doit être montré ou pas, des questions qui doivent trouver des réponses, etc.

Ce n'est pas qu'une séquence, ce sont quasi toutes les séquences qui sont intimistes et vont au coeur des relations intimes entre parents et adolescents, entre les ados eux-mêmes, etc.

Il aurait été intéressant de laisser les ados eux-mêmes se filmer, monter sélectionner un film avec l'aide de professionnel du film. mais ce n'est pas le cas ici, c'est le monde des adultes qui jette un regard construit sur des familles qui servent de miroir.

On déverse au téléspectateur un trop plein (mais n'est-ce pas le principe de la TV ?) d'informations, qui plus est montées, construites (à dessein...) pour susciter plein de sentiments (n'est-ce pas le but d'un film) et la spectatrice et le spectateur sont sûrement plus désemparé-e-s qu'autre chose à la fin.

Les gens ne vont pas saisir les politiques pour améliorer la vie des ados et des parents d'aujourd'hui en voyant cela, ne nous leurrons pas. Tout au plus ils se diront : "tiens je vis le même calvaire."
Pour finir, je tiens à préciser que je n'ai vu que le 1er épisode, et que j'ai fait part des 1ères remarques "à chaud" sur la démarche elle-même. Je ne prétends nullement avoir un jugement fini sur l'ensemble de la question, mais tenais à vous faire réagir à mes premiers sentiments.

Merci donc pour vos réponses / commentaires ou autres !

Ps: Ce film documentaire fera l'objet d'une discussion sur Infrarouge le 12 janvier 2011 à 22:00. Le tournage aura lieu à Yverdon.
Vous pouvez dès à présent poster votre commentaire et/ou poser vos questions dans le Forum de l'émission "Adolescence je t'aime moi non plus" sur www.tsr.ch/romansdados en suivant le lien "Le débat dans Infrarouge" ou directement sur www.infrarouge.tsr.ch. Les questions posées dans le forum sont régulièrement reprises dans le cadre du débat animé par Esther Mamarbachi.


16:50 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (49) | Tags : jeune, adolescence, violence, romans, documentaire, film, pédagogie, psychologie |  Facebook | | | |

24/11/2010

Journée sans achat : moins de biens, plus de liens !

 

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Samedi 27 novembre « Journée sans achat 2010 »

Le ROC fait son TROC

‘Un échange de tucs pour plus de liens et moins de biens’

 

 

 

Le ROC invite la population à la place du Molard entre 10h et 17h. Un thé chaud sera offert et les gens seront invités à échanger ce que bon leur semble, de préférence quelque chose d'immatériel.

IMG_0814.JPGLe 27 novembre, dans le monde entier, la population est amenée à boycotter pour un jour la société de consommation. Agendée en pleine fièvre acheteuse de fin d'année, la Journée Sans Achat (JSA) se veut une dénonciation de l'insoutenabilité écologique et sociale de la croissance exponentielle de la société de consommation. A la base, la JSA vient d'Amérique, a débuté pour dénoncer la fièvre acheteuse des fêtes de fin d'année, à l'organisation des Adbusters (littéralement Casseurs de pub) qui défendent le petit commerce de proximité.

Dans la période de Noël, cette action vise donc à faire réfléchir sur notre rapport à la consommation, à l'argent et aux objets.150288_172763652752788_163844660311354_484399_5202932_n.jpg

La société de consommation est une société de consolation : elle propose le plus avoir pour compenser notre mal-être. Elle entretient une logique de faux besoins et de désirs jamais assouvis.

L'argent: ce qui n'a pas de prix n'a pas de valeur. Avec ce principe on est en train de détruire les biens de l'humanité: la nature, les liens sociaux et la culture.

Les objets: en en programmant leur obsolescence on stimule leur abandon et remplacement toujours plus rapide.

Par cette action le ROC veut stimuler la réflexion pour inverser ces tendances.

Le ROC en profitera pour appeler une dernière fois au rejet de la loi sur l'extension des horaires d'ouverture des magasins (LHOM), soumise en votation dimanche 28 novembre. Le ROC-Genève a en effet pris officiellement position contre cette loi, et a produit une affiche (voir ci-contre) avec un dessin de Tom Tirabosco pour l’affichage public.

Travailler plus pour gagner plus semble être le seul paradigme valable. Or le bilan environnemental et humain de cette logique est consternant.

Le ROC est convaincu que des alternatives existent, notamment en partageant le travail, en diminuant les écarts de revenu, en vivant de façon plus simple et en augmentant notre temps libre, pour une existence plus riche, socialement et culturellement.

Ces thèmes seront développés lors de la conférence de Patrick Viveret, philosophe et économiste, jeudi 2 décembre à 18h30 à l'auditoire Piaget - Uni Dufour.

N. B L'action dans les rues basses de samedi verra aussi la participation du SEL du Lac, association genevoise dont les membres échangent entre eux des Biens, des Services et des Savoirs, par l'intermédiaire d'une unité autre que l'argent (les grains de sel).

18:35 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |