05/09/2011

Droits politiques des étranger-ères : après la pluie, le beau temps !

Ce 4 septembre 2011 restera comme un dimanche pluvieux dans tous les sens du terme pour les étrangères et étrangers vaudois-e-s. L'initiative «Vivre et voter ici» qui prévoyait d’accorder les droits politiques (vote et éligibilité) cantonaux aux étranger-ères établi-e-s depuis 10 ans en Suisse et depuis trois ans dans le canton, a été refusée par 69% des votant-e-s. Alors que depuis 2003 les étranger-ères votent et sont élu-e-s au niveau communal, l'étape suivante logique était l'acquisition des droits politiques complets au niveau communal et cantonal.

Le résultat disproportionné est à l'image des moyens déséquilibrés qui ont caractérisé la campagne. Bien qu'un large front se soit erigé afin de soutenir l'intiative, allant de la société civile en passant par des personnalités engagées, et bien que le PDC ait permis de forger une majorité virtuelle au niveau des partis politiques, les forces étaient largement inégales. A ce propos il est nécessaire de souligner le pas fait par l'assemblée générale du PDC vaudois, qui a osé soutenir une initiative qui avait peu de chance d'aboutir, préférant le risque politique consistant à défendre des valeurs fondamentales, plutôt que de céder au calcul électoral, élections fédérales approchant.

Nous le disions, cette campagne était désquilibrée. D'abord, au niveau du financement. Pour s'en donner une simple idée, considérons le simple coût du tout-ménage dans tout le canton (

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environ 50'000 CHF) du PLR, soit deux fois et demi le budget total de campagne des initiant-e-s... Et l'UDC dans tout ça ? Trop omnibulée par ses affiches au niveau suisse pour stopper l'immigration, elle s'est malgré tout signalée en proposant une affiche aussi pitoyable qu'indécente (voir affiche ci-joint, Illustration : Le Courrier, mardi 28 juin 2011).

Outre ce déséquilibre financier, qui est récurrent malheureusement en politique et fausse le débat démocratique, les arguments mis en avant pour que la population rejette massivement cette initiative étaient pour le moins falacieux. Le principal de ces "arguments" a été de mettre en avant la confusion qu'impliquerait la reconnaissance de la citoyenneté locale avec le processus d'acquisition de la nationalité.

Pour le PLR, et son Conseiller d'Etat Philippe Leuba, "un lien étroit doit exister pour l’étranger entre la naturalisation et la jouissance des droits politiques. La naturalisation, c’est l’expression qu’on fait partie désormais d’une communauté", lequel conclut que "cette initiative vide de sa substance la nationalité". Dit de manière plus populiste et extrémiste, cela donne : "Un «oui» serait «un premier pas vers la destruction des valeurs de la Suisse", Fabrice Moscheni, président de la section vaudoise de l'UDC.

Les forces de droite oublient que depuis les fondements de nos états de droits, la citoyenneté précède la nationalité. Mais comme l'explique bien Minh-Son Nguyen (voir "Panorama des droits politiques des étrangères et des étrangers en Suisse"), avocat et professeur de droit aux Universités de Lausanne et Neuchâtel, aujourd'hui la tendance veut que la nationalité soit la condition de la citoyenneté car la nationalité est devenue un privilège octroyé par les autorités. Or l’approbation des lois doit être l'apanage de celles et ceux à qui elles s'appliquent, sans distinction de l'origine (donc de la nationalité) ni d'autres critères subjectifs et discriminatoires. Le principe démocratique implique certes l'existence d'un lien spécifique censé faire le trait d'union entre la personne et l'Etat : mais en quoi ce lien serait-il nécessairement la nationalité ? Les nationaux appartiennent au corps électoral, bien évidemment, mais celles et ceux qui ne le sont pas, juridiquement, rien ne dit qu'ils ne peuvent pas y avoir accès.

La question qui est posée, est de définir quel est le critère objectif et pertinent qui doit décider de la capacité de voter et d'être élu-e. Au cours de l'Histoire, plusieurs critères ont été avancés comme la capacité de discernement politique (et on a donc exclu les enfants, personnes handicapées, etc.), ou le critère de la proximité, pour éviter le tourisme électoral. Ce critère prime d'ailleurs dans notre système sur celui de la nationalité : en effet, les Suisses exilés à l’étranger n’ont pas la possibilité de se prononcer sur les sujets cantonaux.

D'autres critères bien plus pernicieux ont été retenus, puisqu'on a eu recours aux critères du sexe, de la religion, de l’état civil, de la fortune, pour exclure les gens des droits politiques. La question à se poser est donc la suivante : la nationalité est-elle un critère différent de ces derniers, moins stigmatisant, moins ségrégatif ? Il n'est jamais trop tard, pour la population vaudoise, d'en douter.

Autre argument souvent mis en avant : « Ils n’ont qu’à se naturaliser » : on connaît pourtant la difficulté pour acquérir la nationalité en Suisse, on sait même que les démarches sont longues, chères, et parfois humiliantes, que les conditions sont plus rudes qu’ailleurs. On sait aussi que, dans les révisions qui s'annoncent, l’accès à la nationalité sera conditionné à la titularité d’une autorisation de séjour. Sans compter que certains pays ne reconnaissent pas la double nationalité...

Dès lors il apparaît évident que, si l'ont refuse les "arguments" populistes, la nationalité ne peut être confondue avec l’engagement civique sur le lieu de résidence. La nationalité est bien plutôt le résultat d'un choix, lequel pousse à accomplir notamment le service militaire, permet de se voir protéger hors du territoire, et rattache à une identité culturelle, qui souvent se fait au détriment d'une précédente attache nationale. La citoyenneté nationale s'exerce donc à l'échelon fédéral et conclut un processus individuel et volontaire de naturalisation, lequel ouvre, indépendamment de toute résidence, un droit de codécision, au-delà de la souveraineté cantonale, aux affaires publiques de l’ensemble du pays.

Malgré le résultat pluvieux de ce dimanche, le combat pour les droits politiques des personnes d'origine étrangère doit continuer. Le combat pour le droit de vote des femmes ne s'est pas fait en un jour, il a même dû affronter des défaites encore plus graves que celle-ci. Et pourtant aujourd'hui plus personne (encore que, certains masculinistes en sont largement capables) n'ose ouvertement le remettre en question. Il en sera de même pour les droits politiques des personnes d'origine étrangère. Après la pluie, vient le beau temps !

A Genève, la question des droits politiques des étranger-ères est prise en otage par une Constituante qui ne s'est pour l'heure que très peu avancée sur ces questions. Pire, alors qu'elle avait accepté d'inscrire au niveau communal, grâce notamment aux pressions exercées par la pétition déposée par ViVRe (Vivre Voter Représenter) le droit d'éligibilité des personnes étrangères en sus de l'actuel droit de vote, la majorité de droite de cette Assemblée voudrait aujourd'hui sortir le droit d'éligibilité communale du projet de constitution et en faire une votation séparée ! Gageons que les désolants résultats vaudois ne feront qu'amplifier le peu d'esprit novateur qui caractérise les rédacteurs de cette Constituante, qui vont accoucher pour Genève d'une Constitution indigne d'un canton aux origines essentiellement multiculturelles. Le peuple genevois ne s'y trompera pas au moment de se rendre aux urnes. Il s'agira alors de s'engager dans un nouveau combat pour qu'enfin un dimanche électoral ensoleillé puisse consacrer un droit fondamental qui ne serait que justice, à une commaunauté étrangère qui n'a cessé, au long de l'Histoire, d'apporter à Genvève sa richesse culturelle, sociale et économique.

00:16 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : votation, vaud, étrangers, droits, politique |  Facebook | | | |

19/07/2011

Ecole le mercredi matin : NON à la semaine de 60 heures dès 8 ans !

Nous apprenons ce matin que le référendum contre le projet de loi sur l'horaire scolaire a abouti à un «non» massif contre l’école le mercredi matin : très beau résultat donc, où pas moins de 18'000 genevoises et genevois ont montré ne pas être prêt-e-s à abandonner leurs enfants aux sirènes sarkosystes du "travailler plus pour vivre moins", et préférer la touche qualitative à celle quantitative : il faut en effet donner plus de moyens pour développer la qualité de l'enseignement, avec des classes plus petites et davantage d'enseignant-e-s, et non pas offrir un chèque en blanc à une augmentation quantitative qui ne fera que prétériter les élèves ayant besoin de plus d'attention.

Celles et ceux qui essayent de nous vendre ce projet du DIP, PLR en tête, collectionnent en fait les faux arguments, soit donc la désinformation. Ils prétendent que Genève a moins d'heures d'enseignement que les cantons de Neuchâtel ou du Jura, or c'est faux. Autre argument fallacieux, HarmoS imposerait une augmentation de l'horaire. Or c'est faux. Enfin, les résultats PISA pour Genève en tenant compte de la proportion d'élèves allophones et de classes hétérogènes, sont mêmes fort probants.

Bref, la posture des tenants du travailler plus pour gagner (en l'occurrence ici apprendre) moins, dès l'enfance, repose sur trop d'arguments inexacts avancés : il faut clairement augmenter les moyens, pas l'horaire. Croire qu'en augmentant cet horaire cela permettra de dépasser les résultats des autres cantons est aussi naïf que désolant. Une fois de plus avec cette mesure libérale, les enfants en difficultés en pâtiront, et c'est bien là le problème ! Car que signifie en fait cet allongement de l'horaire si ce n'est la perspective d'avoir moins d'enseignant-e-s, et plus d'élèves par classe ?! En effet seuls 120 postes seront créés, couvrant à peine les 4 périodes qui seront créées... Cela ne permet donc pas d’améliorer le taux d’encadrement des élèves, comme l'explique bien Laurent Vité, président de la Société pédagogique genevoise, pour qui l’école le mercredi matin est "une réforme qui va pénaliser les élèves". Et qui plus est, comme d'habitude, ce sont les plus fragiles d'entre eux qui vont devoir casquer au nom de l'augmentation de l'horaire... pendant que les plus doués s'en sortiront toujours mieux. En effet, il faut savoir qu'avec cette réforme, nous allons vers la suppression partielle des périodes de coenseignement (il s'agit de classes où un maître spécialiste intervient dans la classe d’un enseignant, ce qui permet de donner plus d'attention aux élèves en difficulté) pour récupérer des postes... Et oui, une réforme libérale et méritocratique, on vous le disait.

C'est donc à travers des projets sérieux en matière de redotation d'enseignants (pas d'horaire!) par classe dès le plus jeune âge, et en abaissant la moyenne d'élèves par classe, que l'on permettra aux élèves des parents les plus défavorisés d'obtenir eux aussi de bons résultats : il est illusoire de ne serait-ce qu'imaginer changer un système qui les prétérite déjà en augmentant l'horaire : malheureusement l'idéologie néo-libérale du plus équivalent au mieux a montré qu'elle n'a pour conséquence que de laisser de côté celles et ceux qui ont besoin de plus d'attention pour se développer.

Enfin, il faut dire non à cette augmentation d'horaire pour maintenir une qualité de vie pour les parents autant que pour les enfants, il y a une vie en dehors de l'école, c'est même là, dans la nature, qu'on apprend et expérimente toute une série de choses : déjà les genevois-e-s ont voté pour l'accueil à journée continue (7h-18h !) : que désirerons-nous ensuite pour nos enfants, travailler 7 jours sur 7 ? comme dans la chanson de Renaud "Papa c'est quand qu'on va où ?" et la semaine de 60 heures cartables au dos ? Non, nous désirons une école de l'émancipation, pas de la soumission au quantitatif !

Le mercredi congé, c'est encore ce qu'il reste d'humain dans une société gagnée par la compétition, la sélection et la surconsommation. Ne le sacrifions pas sur l'autel du quantitatif et du productivisme.


Les Jeunes Vert-e-s Genève proposent dans leur programme pour Berne (à découvrir ici) une baisse drastique du temps de travail (semaine de 4 jours, pas plus de 8 heures par jour). Ce n'est pas pour compenser sur le dos des enfants. Cette augmentation d'horaire est donc anti-pédagogique, il faut sortir de cette idéologie du "plus équivaut à mieux", ce dès l'enfance. Décolonisons notre imaginaire !

16:47 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : école, pédagogie, mercredi matin, travail |  Facebook | | | |

23/06/2011

Ce que les libéraux veulent

Avant tout, rendons à Mme Sandoz ce qui appartient à Mme Sandoz. Sa franchise et son naturel. Tellement que parfois elle parvient encore à nous étonner. On se souvient de l'infrarouge du 14 juin où cette dernière expliquait qu'en tant que protestante libérale elle n'était pas en faveur du mérite. Une libérale non méritocrate, tiens, il fallait le faire !

Mais aujourd'hui paraît dans le Temps une chronique de Suzette Sandoz intitulée "Ce que le peuple veut", où elle s'en prend d'ailleurs à un vert libéral (et oui, il existe bien des libéraux non méritocrates, alors pourquoi pas des verts lib'...) et explique que ce n'est pas parce que le peuple veut sortir du nucléaire, et qu'il le montre dans des manifestations, qu'il faut en sortir. Le fond de la pensée de Madame Sandoz est que la manifestation n'exprime pas la volonté populaire, pire, qu'elle est d'aspiration totalitaire car elle est guidée par la passion et non le débat rationnel. A ce qu'elle perçoit comme une pseudo expression populaire à tendance totalitaire, elle l'oppose à l'expression pure, vraie et libre de la votation démocratique qui s'exprime dans les urnes où, contrairement à la manifestation, "seuls participent au scrutin les titulaires du droit de vote, donc, le "peuple" dont les élus politiques ont la responsabilité".255770_10150266310306967_610301966_8850649_3137428_n.jpg

Ce qui dérange en fait Madame Sandoz, c'est que d'autres personnes que les "titulaires" du droit de vote (quelle triste expression) puissent s'exprimer sur des débats qui concernent toute la population (et non seulement les privilégié-e-s qui en détiennent le droit du fait de leur passeport). Ce qui dérange en fait cette libérale non-méritocrate (sic!) c'est que les manifestant-e-s ne sont pas réellement libres, puisqu'ils "obeissent à des slogans qui sont assimilables à de la pub". Suzette Sandoz se montre quelque peu naïve : parce que le débat démocratique débouchant sur un scrutin permet des débats contradictoires, le peuple "titulaire" serait moins manipulé... Et les slogans de l'UDC qui manipulent ce bon peuple jusque dans ses boîtes aux lettres, grâce aux comptes en banque bien fournis des bienfaiteurs libéraux de ces partis ? Comme si le débat et les arguments passionnels étaient réservés à la rue...
Pour l'ancienne conseillère nationale libérale, les manifestations sont trop brouillonnes et spontanées, alors que dans un débat démocratique finissant dans l'urne, il y a une campagne et des débats contradictoires organisés. Premièrement, cela démontre que Mme Sandoz ne connaît pas les manifestations (pas étonnant, elle n'y participe jamais) : il y a tout un travail participatif et collectif en amont pour préparer justement ces slogans, pour déterminer de manière plus ou moins démocratique qui va parler, quel message nous allons donner, etc. On peut regretter que bien sûr, la voix de chaque individu, mêlée à celle de la foule, soit forcément quelque peu dissoute dans le mouvement populaire, même si chacun-e vient avec le message qui lui est propre et l'exprime ou non sur une bannière, ou en son fort intérieur : mais n'est-ce pas justement en s'unissant derrière une cause que l'on démontre combien elle tient à coeur d'une partie de la collectivité et qu'il est donc légitime de se faire entendre ? Libre à celles et ceux qui ne sont pas d'accord de faire de même, et cela ne débouchera pas forcément par de la violence, contrairement à ce que prétend S. Sandoz.

C'est assez étonnant chez Mme Sandoz cette méfiance intrinsèque envers les manifestations. On ne peut l'expliquer autrement que par une crainte des mouvements populaires contre une caste de privilégiés, contre un ordre fantasmé où seule une élite pourrait s'exprimer sur les questions qui concerne chacune et chacun dans la cité. Etonnant qui plus est lorsqu'on connaît le combat de Mme Sandoz pour l'égalité des droits entre femmes et hommes : non titulaires du droit de vote, ces dernières ont bien dû se faire entendre par la caste mâle qui tentait de les contenir dans l'espace privé le plus longtemps possible afin de garder leurs privilèges. Mais peut-être que Madame Sandoz pense que, un beau matin de scrutin populaire en 1971, les hommes se sont levés...comme un seul homme de leur lit en se disant "tiens, octroyons le droit de vote à la moitié de la population encore non-titulaire, et tant pis pour la perte des privilèges qui en découlera", et que le suffrage féminin est né ainsi en Suisse...

Malheureusement les droits ne s'obtiennent pas simplement grâce aux scrutins populaires : en effet, aussi nombreux ces scrutins ont-ils été pour enfin aboutir au suffrage féminin, les femmes étant dans la sphère privée majoritairement, elles ne pouvaient pas se reposer sur l'espoir et l'impact d'un débat contradictoire d'égal à égal. Elles n'étaient pas devant les caméras pour défendre leur droit mais bel et bien dans la rue pour changer les mentalités. Se sont donc bel et bien les nombreuses manifestations (grève des femmes en tête) des femmes dans la rue qui ont permis les changements de mentalités et de rapports de force nécessaires à l'accès au suffrage féminin.

La vision sociétale de Mme Sandoz est donc aussi naïve que méprisante. Naïve parce qu'elle pense que les droits s'acquièrent uniquement par les urnes, alors que tout dans notre société montre que ce sont des rapports de forces (non-violents) qui ont permis aux plus faibles de défendre leurs droits (pensons aux syndicats) contre les possédants. Les manifestations sont des moyens de porter dans la rue les débats et questions importantes, et de donner place aux contre-pouvoirs des dominants qui détiennent les clés de la société sans que personne ni redise quoi que ce soit. Méprisante, car elle prétend que seuls les "titulaires" des droits démocratiques devraient pouvoir se prononcer et être pris en considération dans les débats de société. Or c'est dénier, au nom d'un papier qu'ils n'ont pas, le droit dès plus démocratique de s'exprimer, eux qui participent activement comme tout un chacun à la vie en société, payant des impôts et nos retraites, créat du lien social.

En un mot, ce que les libéraux veulent et Mme Sandoz en tête, nous ne le voulons pas. Nous ne voulons pas de la société asceptisée et élitiste, bien ordonnée où rien ne dépasse, de la libérale "non méritocrate". Vivent les manifestations et l'expression citoyenne qui jaillit et redynamise les débats souvent enlisés des scrutins électoraux ! Vivent celles et ceux qui ont encore envie de descendre dans la rue pour s'indigner, et pour revendiquer des causes justes. Les révolutions arabes et les mouvements de contestations des Indignés qui se propagent un peu partout sont les preuves vivantes, s'il le fallait encore, que la manifestation publique demeure un levier indispensable à la bonne marche de la démocartie. Puissent les libéraux genevois qui veulent restreindre les droits de manifestation, s'en inspirer.

17:56 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : droit, manifestation, démocratie |  Facebook | | | |

14/06/2011

We can do it (too) !

En ce 14 juin 2011, dans toute la Suisse, nous fêtons plusieurs anniversaires1. Les hommes seront nombreux à manifester avec les femmes dans les rues de Suisse, espérons-le. Pourtant, forts des avancées législatives, beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens croient que l'égalité entre les sexes est désormais acquise, que le mouvement féministe n'a plus de raison d'être et que les inégalités ne concernent que les autres cultures. Nombreux sont celles et ceux qui estiment que nous vivons dans le « mythe-de-l'égalité-déjà-là »2, et que le patriarcat ne serait qu'un vieux souvenir.

On a cependant pu relever combien notre société demeurait emprunte de patriarcat lors de l'affaire DSK (voir à ce propos mon blog "Le procès DSK : révélateur de l'inconscient machiste et raciste des dominants"), et les commentaires sexistes des personnalités publiques qui ont suivi. Aucun mot pour parler de la victime présumée, une minimisation de l'horreur que constitue le viol, et pas un mot sur les milliers de victimes qui n'osent pas porter plainte en Suisse et dans le monde.

Quant à l'égalité, elle n'est pas acquise dans les faits, et loin de là. Pire, les lobbies « masculinistes » très riches et bien organisés, surfent sur la tendance et prévoient des listes en vue des élections fédérales d'octobre3. Avec en ligne de mire, la remise en cause des lois sur l'avortement, sur le harcèlement sexuel ou sur le divorce ainsi que de la pénalisation des violences masculines contre les femmes et contre les enfants, tout cela sous prétexte que les femmes auraient obtenu trop de droits et seraient les nouvelles privilégiées. 220px-We_Can_Do_It!.jpg

Or ces revendications qui émanent des milieux de défense des pères oublient que ces droits acquis par les féministes ont été arrachés dans la lutte, et qu'avant eux, les femmes ont dû assumer des devoirs : la contraception avant l'IVG, le travail domestique avant la garde des enfants, tout le contraire de ces mouvements « masculinistes » qui voudraient le beurre et l'argent du beurre : la garde partagée, mais sans partage des tâches domestiques, ni la remise en question de l'attribution du patronyme aux enfants.

C'est vrai, certains hommes se sentent eux aussi discriminés de par leur sexe. Mais cela n'est rien comparé au système d'oppression qui existe envers les femmes, et ce malgré les lois inscrites dans notre Constitution. En effet, les femmes continuent de subir des pressions plus grandes que les hommes dans toutes les sphères de la société. En tant qu'hommes, sommes-nous le symbole de la conception et de l'élevage des enfants ? Avons-nous, à cet égard, reçu une poupée et une dînette à chaque Noël pendant que notre sœur recevait un jeu pour devenir super héros ? Avons-nous les mêmes risques de subir des violences physiques, sexuelles ou verbales, à l'instar de 40% des femmes en Suisse ? Est-ce que lorsque nous parlons en assemblée, nous nous faisons couper la parole 8 fois sur 10 ?

Dans le monde professionnel, ce n'est pas mieux : le taux d'activité des femmes est inférieur à celui des hommes et leur taux de chômage plus élevé. De plus, le travail à temps partiel reste l'apanage du travail féminin, sans que ce soit un choix. Par ailleurs, les femmes demeurent en retrait des décisions : 82% d'hommes sont en train de rédiger la nouvelle Constitution de notre cher canton de Genève, des hommes qui ont osé proposer la rédaction d'une Constitution cantonale sans y inscrire l'égalité entre femmes et hommes, une première historique en Suisse.

Enfin, vous l'aurez remarqué, les femmes ne sont par contre pas sous-représentées sur les publicités, où on les voit couramment dans des positions suggérant des viols collectifs, ou encore abêties, sans compter la prostitution et la pornographie : le corps des femmes doit être disponible pour assouvir les plaisirs masculins et engraisser le capital.

Si toutes ces inégalités perdurent, c'est qu'il existe un rapport social qui les rend légitime. Et c'est bien à ce rapport d'oppression que les féministes s'attaquent, et aux privilèges masculins qui en découlent. Dès lors, pour certains hommes, l'évolution féministe devient un problème, et ils se battent pour revenir en arrière. Pourtant, c'est hors de la guerre des sexes que l'égalité se dessine : le féminisme ne souhaite ni opposer un sexe contre l'autre, ni évacuer les hommes des combats à mener, mais cherche bien au contraire à dénoncer, ensemble, le rapport d'oppression entre les sexes qui structure nos sociétés en défaveur des femmes.

En tant qu'hommes, nous avons une responsabilité encore plus grande dans la reproduction sociale de cette domination à l'encontre des femmes, du fait des privilèges que nous procure la position de dominant. Comme le souligne Christian Schiess dans un article au Courrier, "une position d’homme procure un accès prioritaire aux ressources matérielles et symboliques, par exemple à un travail mieux payé et mieux reconnu, ou encore à une plus grande liberté dans l’usage des espaces publics. Les hommes développent diverses stratégies pour accéder à ces privilèges, même si ces stratégies ne sont pas toujours conscientes."

Prendre conscience de notre position de privilégiés et de ces stratégies qui la préserve (à savoir la domination lors des prises de décision, les temps de parole dans les débats, la division genrée des tâches, les propos sexistes, etc.) est donc un premier pas à faire pour nous désolidariser des mécanismes d'oppression qui structurent la société à tous les niveaux. Nous ne pouvons pas/plus nous cacher derrière une pseudo aliénation masculine qui serait à chercher dans le poids du viriarcat qui pèserait sur nos épaules : certes la socialisation masculine nous apprend à recourir aux postures de dominants dès l'enfance, et il est difficile d'y déroger, certes les médias dominants et l'inconscient collectif n'aide pas à cette prise de conscience. Néanmoins c'est à nous de faire le pas, de nous décentrer et de comprendre pleinement l’existence des femmes et leur vécu opprimé. Le meilleur moyen pour ce faire demeure de rencontrer des femministes et de se mêler à leur lutte. Le 14 juin est donc un très bon moyen pour ce faire !

Pourtant, certains, Pascal Bruckner en tête (voir son article au Matin faisant l'amalgame entre le puritanisme américain et l'affaire DSK : et voir ceIllustration article 14 juin Julien C..JPGt autre article d'une journaliste française à New York qui lui répond très bien, et montre le retard pris dans nos pays quant à la dénonciation du harcèlement), avec sa grande amie Elizabeth Badinter, dénonceront dans cette posture féministe la victimisation des femmes. Ce cher Bruckner est en effet devenu depuis plusieurs années le chantre de la lutte contre la « victimisation » plutôt que contre les discriminations. Qu'est-ce donc ? Comme nous l'explique Mona Chollet dans "Rêves de droite, Défaire l’imaginaire sarkozyste", c'est l'arme idéologique la plus récente pour dénigrer celles et ceux qui luttent contre les discriminations, en les accusant de procès en « victimisation ». Le discours de Bruckner dépasse les seuls féministes, sont visés les descendants d’esclaves ou de colonisés, et par extension toutes les formes de plainte, de contestation ou de revendication.  Et c'est bien ce cher Bruckner qui a lancé le concept, en 1995, et qui ensuite a été popularisé par Élisabeth Badinter (son écrit "Fausse route" consacré aux « excès » du féminisme, en 2003, se référait dès les premières pages à Bruckner...tiens tiens).

Ce discours qu'implique-t-il au-delà d'un simple machisme obsessionnel défendant ses privilèges ? Il implique le postulat naïf d’une égalité de départ qui nie les systèmes d'oppression qui existent (envers les classes défavorisées comme envers la classe de sexe des femmes) et nous met de manière inégalitaire devant les possibilités offertes. Ce cher Bruckner est le champion de ces concepts vides des « y a qu’à », « y a qu’à s’épanouir en tant qu’individu », « y a qu’à voyager », « y a qu’à se prendre en main », et, pour les femmes battues, « y a qu’à faire ses valises », dit Élisabeth Badinter... En gros, y'a qu'à pas être des victimes, y'a qu'à pas se faire violer, et y'a qu'à se sortir les pouces du cul.

Pour en terminer, nous souhaitons donc que ce 14 juin soit une occasion pour les hommes de comprendre sur le terrain le vécu opprimé des femmes, et qu'il contribuera à développer l’empathie en amenuisant les résistances masculines aux théories féministes. Que les hommes comprendront un peu peu plus que l'égalité est loin d'être acquise, et que "y'a qu'à faire des lois" ne suffit pas. Et que c'est seulement lorsque les hommes parviendront à se désolidariser du groupe social des hommes et de ce qui le caractérise, la masculinité, le masculinisme et autre viriarcat, que nous pourrons, à travers un apprentissage de l'empathie, construire un monde où les rapports d'oppression hommes-femmes auront définitivement disparu.

We can do it (too) !

Illustration : Ludivine Cornaglia

1 À savoir : les 100 ans de la Journée internationale des droits des femmes, les 40 ans du droit de vote, les 30 ans de l'article constitutionnel inscrivant dans la loi l'égalité entre les sexes, les 20 ans de la Grève des femmes, qui avait rassemblé un demi-million de personnes pour dénoncer les inégalités et l'absence de mesures concrètes, et enfin les 15 ans de la loi sur l'égalité entre femmes et hommes dans les rapports de travail.

2 Christine Delphy, sociologue féministe dénonce en ces termes l'idée que de nos jours l'égalité est chose faite et est devenue une conviction partagée par beaucoup.

3 René Kuhn, ex UDC, et sa Communauté d'intérêt antiféminisme (IGAF) ont annoncé leur intention de présenter des candidats, probablement dans le canton de Zurich : http://www.lematin.ch/actu/va-attendre-rene-kuhn-triomphe...

 

03:30 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : égalité, 14 juin |  Facebook | | | |

29/05/2011

Le procès DSK : révélateur de l'inconscient machiste et raciste des dominants

Personne ne sait encore si Dominique Strauss-Kahn est effectivement coupable des faits présumés de viol et d'agression sexuelle pour lesquels il est poursuivi. Rien pourtant ne dit qu'il est innocent.

On savait que DSK avait des problèmes avec les femmes (les femmes journalistes et secrétaires n'osaient plus demeurer seules avec lui), il a frôlé plusieurs fois le harcèlement, et une plainte de viol a été étouffée contre lui au sein du PS, et par le monde journalistique - sauf un journaliste de Libé, Jean Quatremer, en 2007, qui a été censuré par son journal et a dû publier l'info sur son blog et qui osait le mot "harcèlement". Blog sans suite, qui ne provoqua aucune enquête poussée de journalistes dont certains s'excusèrent de leur lâcheté sur les plateaux TV en plein procès DSK (le rédacteur en chef de Libé, Laurent Joffrin en tête).

Force est de constater que la classe politico-médiatique s'est montrée, dans cette affaire, totalement indifférente à la victime, s'empressant de protéger DSK et prompte à dénoncer le puritanisme amécirain pour évacuer les rapports de forces dans la politique et le pouvoir en général.

Les phrases des personnalités françaises (à lire leurs citations ci-dessous dans un petit "florilège") étaient simplement odieuses envers toutes les victimes de viol, tant le vécu de la présumée victime a été annihilé. Et tant on n'imagine pas qu'un puissant puisse devenir violeur. Il est temps que cette connivence soit dénoncée, et que les femmes qui sont victimes de viols soient soutenues pour porter plainte (ce qui est très difficile et rarement le cas) et que nous améliorions en Europe notre arsenal juridique notamment pour se prémunir du harcèlement sur les lieux de travail qui sont encore monnaie courante.

Affaire-DSK-les-feministes-montent-au-creneau-et-denoncent-le-sexisme_reference.jpgPour ce faire, signons l'appel d'Osez le féminisme, de La Barbe et Paroles de Femmes intitulé "Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent". Sur ce lien, à signer aussi la pétition des féministes américaines : "souvent ceux qui font partie de l'élite du pouvoir partent du principe que leur influence l'emportera sur la protection juridique et la liberté de disposer de soi dont toutes les femmes doivent bénéficier. Les féministes du monde entier exigent que justice soit faite."

On a parlé, dans l'affaire DSK, de libertinage ou de séducteur, d'un homme qui aime les femmes, ou j'en passe. Oubliant que le viol est considéré comme un crime, ici ou aux USA, et relève donc du droit pénal. On oublie donc de préciser que DSK est accusé de 7 chefs d'accusation, à savoir : «Acte sexuel criminel au premier degré», «Tentative de viol au premier degré», «Agression sexuelle au premier degré», «Emprisonnement illégal au second degré», «Attouchements non consentis», «Agression sexuelle au troisième degré».

La classe politico-médiatique a pris parti pour DSK, et a minimisé l'acte présupposément commis, au nom de la protection du privé, de la critique du puritanisme américain et de la banalisation du sexisme, du viol et plus généralement du patriarcat qui règnent dans les hautes sphères du pouvoir.

C'est bien d'un crime dont est accusé DSK. Le relier au puritanisme est donc bien un révélateur symbolique. Qu'il ait été commis aux USA ou en France, cela ne change rien à la gravité de cet acte s'il est confirmé par la justice.

Donc toute cette affaire a en effet révélé tout un large spectre du fort inconscient patriarcal qui demeure dans nos sociétés, et qui est a lié avec le spectre tout aussi fort et inconscient du racisme de classe, sachant que la victime supposée est Noire, femme de chambre : machisme, racisme et capitalisme néo-impérialiste vont donc de paire et révèlent ce que la société française a longtemps caché, c'est donc un procès qui aura révélé beaucoup de chose au niveau symbolique, de la capacité du système à défendre les puissants et les valeurs les plus nauséabondes sur lesquelles il repose.

Petits florilèges de propos d'hommes blancs et puissants que nous avons entendu :

- J-F Kahn avec son "troussage de domestique" remet en vigueur le de droit de cuissage à la française. Il démissionnera ensuite, honteux du racisme de classe couplé au machisme que recelait sa phrase : logique, après avoir usé du cliché de la «domestique» prête à se faire «trousser» à tout moment par son maître: 

«Je suis certain qu'il n'y a pas eu tentative violente de viol, je ne crois pas à ça, je connais le personnage, je ne pense pas. Qu'il y ait eu une imprudence on peut pas le... (rires), j'sais pas comment dire, un troussage... Qu'il y ait un troussage de domestique, enfin, je veux dire, ce qui n'est pas bien, mais, voilà, c'est une impression.»

"une tentative violente de viol" !!! Un viol qui ne serait pas violent ?!! Quelle honte, lorsqu'on est qui plus est un personnage important comme lui, d'osez dire des choses pareilles en prime time ! Seul courage, il a compris la folie de ses propos et a démissionné. Et les autres ?!!

- En Suisse, on fait pas mieux, avec l'avocat genevois Marc Bonnant, sur la RTS, qui a utilisé la même image que JFK :

«Si cet homme-là ne se rend pas compte que de trousser des chambrières au Sofitel de Washington ou d'ailleurs peut l'exposer, c'est que quelque chose s'est altéré dans sa conscience, ça relèverait de la pathologie.»

Conception selon laquelle le violeur doit forcément avoir un problème pathologique, et DSK par sa position en est exempt, ou alors il faut l'excuser, c'est pathologique...

Mais Bonnant continue et dénonce la «pudibonderie» des Américains: «Comme vous le savez, ils n'ont pas le sens de l'humour, les signes de vitalité de l'homme sont considérés comme autant de péchés, la femme y est sacralisée et sa parole de victime considérée comme une parole révélée.»

- Jack Lang assure qu'il n'y a pas mort d'homme... certes, on est sauvé alors... :S «Ne pas libérer, alors qu'il n'y a pas mort d'homme, (...) quelqu'un qui verse une caution importante, ça ne se fait pratiquement jamais.»

- Jean-Marie Le Guen, membre de la garde rapprochée de DSK, explique que la victime a dû avoir des «hallucinations», «rien de ce qui est reproché à Dominique Strauss Kahn n'est crédible»....

Alors que les USA faisaient normalement leur procédure judiciaire, nous avons entendu des phrases telles que :

- Robert Badinter : une «mise à mort médiatique».

- L'éditorialiste au Nouvel Observateur, Jean Daniel : «Les Américains ne font pas partie de la même civilisation»

- Jean-Pierre Chevènement : «C'est comme ça qu'a commencé l'affaire Dreyfus!»

- On a même parlé d'un «complot international», de la bouche de la républicaine Michèle Sabban, vice-présidente du conseil régional d'Ile-de-France.

- Cette idée de complot a été partagée par le PS, qui cherchait une explication valable pour innocenter son candidat, et d'autres tels que Bernard Tapie, Christine Boutin, l'ex-UMP Dominique Paillé...

- Toujours dans théorie du complot, Claude Bartolone, explique que c'est un coup des Russes, ennemis jurés de DSK au FMI... 

- DSK victime donc : «Tout le monde sait que Dominique Strauss-Kahn est un libertin, qui se distingue de biens d'autres, par une propension à ne pas le cacher (...) Du coup, il y est aisé d'y piéger une personnalité aussi peu résistante aux attraits de la gente féminine que Dominique Strauss-Kahn.» explique le vice-président PS du conseil général de la Gironde, Gilles Savary...

- La palme revenant à BHL «Ce que je sais c'est que rien, aucune loi au monde, ne devrait permettre qu'une autre femme, sa femme, admirable d'amour et de courage, soit, elle aussi, exposée aux salaceries d'une Opinion ivre de storytelling et d'on ne sait quelle obscure vengeance (...) Le Strauss-Kahn que je connais, le Strauss-Kahn dont je suis l'ami depuis vingt-cinq ans et dont je resterai l'ami, ne ressemble pas au monstre, à la bête insatiable et maléfique, à l'homme des cavernes, que l'on nous décrit désormais un peu partout : séducteur, sûrement ; charmeur, ami des femmes et, d'abord, de la sienne, naturellement ; mais ce personnage brutal et violent, cet animal sauvage, ce primate, bien évidemment non, c'est absurde.»

On appréciera le "ami des femmes et, d'abord, de la sienne" :-) mignon.

- Tout aussi grave, l'idée (alors qu'en France 75'000 femmes sont violées chaque année, par des inconnus mais aussi par leur conjoint...) que le viol ou les violences domestiques devraient être considérés comme appartenant à la sphère privée : au micro de France Culture, l'éditorialiste Alain-Gérard Slama se désole :

«Dans les sociétés contemporaines, la Martine de Molière ne pourrait plus dire: "Il me plaît d'être battue", il n'y aurait plus personne pour l'entendre. Je ne dis pas que je le regrette, mais j'observe. Autrement dit les scènes de ménage, les crises domestiques sont de moins en mois considérées comme des affaires d'ordre privé, je ne juge pas, je ne pense pas à l'affaire DSK en disant ça, mais j'observe une situation.»

On finira avec Benoît Rayski, s'exprimant sur Atlantico sur "la virilité de nos présidents et présidentiables" :

«Le pouvoir, on le sait, rend (pas toujours certes) fou, écrit l'auteur. Mais on sait moins que le sentiment de puissance qui l'accompagne augmente dans des proportions non négligeables la puissance masculine des détenteurs de l'autorité. En France, pays où la gaudriole a bonne presse contrairement aux Etats-Unis, ça ne déplaît pas. Bien au contraire.» (...) « Chirac, un gaillard, un homme, un vrai, un hussard», qu'on «imagine culbutant des paysannes sur une meule de foin. Il sait, lui, que les femmes ont besoin d'être un peu bousculées!»

Décidément, il reste du travail pour sortir nos sociétés du machisme et racsime de classe qui les caractérisent.

17:54 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook | | | |

05/05/2011

Replantons des cardons à Plainpalais !

La votation sur le déclassement de la Plaine de l'Aire nous apporte chaque jour son lot de peripéties. Après que les Jeunes Vert-e-s Genève ait lancé les "hostilités" il y a une semaine, en mettant sur pied un stand futuriste afin de montrer à quoi ressemblerait un stand de légumes au marché si d'aventure la Plaine de l’Aire était bétonnée, les esprits s'échauffent. Il y a quelques jours les socialistes nous expliquaient avec entrain leurs douces illusions quant à la construction de logements sociaux accessibles, sur les seulement 30 hectares dévolus au logement (sur 58 déclassés). Cela alors que le nombre de logements à construire n'est pas garanti : ce n'est qu'en septembre 2011 que les plans de quartiers seront discutés et que les choses se décideront - sans votation populaire évidemment et qu'on a déjà vu le nombre de logements baisser dans les projets en cours (Communaux d'Ambilly, La Chapelle les Sciers avec 1'700 logements promis en 2004, puis seulement 1'300 en 2010). Qui plus est, et par un étrange concours de circonstance, à la même période le socialiste et député à la Constituante Thierry Tanquerel expliquait dans son billet que ce déclassement est "un déclassement pour des logements de luxe et des bureaux".

Mais ce matin ce sont les jeunes libéraux-radicaux (ou plutôt ce qu'il en reste... la fusion ne leur a semble-t-il pas permis d'être au moins deux lors de leurs actions dans l'espace public...), accompagnés du président de l'AOC Cardon, qui se sont réunis sur la plaine de Plainpalais pour une action symbolique pour "rappeler qu'autrefois, l'emblématique légume du canton se cultivait au centre-ville". Pour ce(s) "jeune(s)", cela justifierait le sacrifice de terres agricoles au profit de l'agrandissement de la ville. Au contraire, cela ne fait que regretter le temps où l'on pouvait cultiver à même la ville des champs pour nourrir la population. Il faudrait montrer les images de la ville de Détroit aux jeunes libéraux-radicaux, cet ex-fleuron de l'industrie automobile américaine qui a perdu la moitié de sa population depuis les années 1950, vivant de plein fouet le déclin économique. Du fief des constructeurs General Motors, Ford et Chrysler, il ne reste qu'un centre fantôme, des maisons à l’abandon et des quartiers en friche. Pourtant, au fur et à mesure que l’économie et le paysage de Détroit a changé, l’écologie a fait sa place (lire l'article "de l'auto à la ferme"). Petit espoir pour les milliers d’ouvriers licenciés qui pourront se reconvertir dans l'agriculture ? Depuis 2003, Détroit possède plus de 1 200 exploitations agricoles et ce ne sont pas moins de 150 tonnes d'aliments made in Detroit - un quart de la consommation locale - maïs, tomates, salades, concombres ou épinards, qui remplissent chaque année les assiettes des citadines et citadins. Détroit est en train d'inventer une nouvelle ville, formée de petites communautés éparses, autonomes et soudées, avec au centre une agriculture de proximité. Et pendant ce temps, que fait Genève ? Elle va voter pour supprimer 10% de la production de légumes genevois et construire une zone industrielle sur les terres les plus fertiles pour attirer les multinationales, celles-là même qui ont ruiné Détroit. Tout cela avec cet argument massue de Mr. Cardon AOC : "La terre agricole des Cherpines est entourée d'infrastructures, d'autoroutes, elle n'est plus la zone fertile qu'elle était avant" ! On croit rêver... Ce Monsieur oublie de dire qu'actuellement, sur 2 ha cultivés dans ces terres fertiles, ce sont 450 personnes nourries en légumes bio et de saison toute l'année (production du Jardin des Charrotons) et que si le déclassement est prononcé, plus de 10'000 personnes ne pourront plus acheter des produits locaux, frais et de qualité. Sans compter les agriculteurs qui se retrouveront à la case chômage.

Pourtant tout cela tient bien la route. Dans ce vote sur le déclassement, la seule certitude est que nous aurons sur ces 58 ha, 13 ha pour une zone industrielle. Pourquoi faire ? Il existe déjà une zone industrielle, à Plan les Ouates, juste à côté, laquelle est sous-exploitée : il paraîtrait logique de la densifier, pourtant, on en construit une seconde à côté... A cause de la compétition fiscale entre les communes, les cantons, et pour offrir des revenus fiscaux à Confignon en accueillant les sièges d'entreprises étrangères les plus riches possibles (Genève et ses communes tirent des revenus des impôts de grosses entreprises qui viennent s'implanter sur son sol, elles sont attirées par une fiscalité très avantageuse : 100% d'exonération la première année, 90% la 2e, etc.). Quant au logement... Et bien pour pouvoir faire accepter la zone industrielle de force, il faut que le logement soit proposé avec la zone industrielle... Et tant pis si ce logement n'est que vague promesse : donc on parle de 2'500 logements, puis on augmente avant la votation le chiffre à 3'000 (ce qui reste très peu si l'on compare aux autres écoquartiers, comme l'ancien site d'artamis où il y a 100 logements par ha - aux Cherpines, on en serait seulement à 52 logements !) et on oublie de dire par contre que la zone industrielle va accueillir 4'000 emplois, donc 4'000 employé-e-s importé-e-s par les entreprises étrangères qu'il faudra reloger... Il est donc clair que ce projet va creuser la crise du logement plutôt que régler les problèmes... Mais le mensonge et la manipulation vont plus loin, lorsqu'on nous présente le projet comme un vrai écoquartier. La droite qui deviendrait tout à coup écolo ? Détrompons-nous, le projet prévoit 7'700 places de parkings et 10 ha de routes... Parce que des politiciens et des promoteurs immobiliers l'ont dit sur des affiches, cela deviendrait un écoquartier ? Les promoteurs de cet "écoquartier" n'ont pas chiffré d'objectifs en matière de réduction de la pollution, d'autre part, un écoquartier est en général construit soit sur des friches industrielles, soit sur des bases militaires désaffectées.... Ici, ce serait sur les terres les plus fertiles de la région, ce qui exclut, par exemple pour les critères du WWF, toute possibilité d'obtenir le label écoquartier.

Dès lors ce petit jeu de mensonge de la part des pro-déclassement doit nous rendre encore plus déterminé-e-s à voter NON le 15 mai à un déclassement des terres les plus fertiles de Suisse romande. La Plaine de Plainpalais pourrait servir à planter, comme l'ont fait symboliquement les "jeunes" PLR, des cardons et autres légumes pour les genevoises et genevois : sans doute que les habitantes et habitants y trouveraient davantage leur compte, la pousse des légumes occasionnant moins de troubles sonores que les retransmissions de matchs à plusieurs millions... Ce serait prendre acte de l'exemple d'autres villes dans le monde qui ont misé sur l'implantation de grandes entreprises et la croissance infinie, et qui se voient contraintes à remettre l'agriculture au centre de la vie urbaine.

Ps: Les jeunes vert-e-s Genève vous proposent un petit jeu concours pour mieux comprendre le sujet de votation. La ou le gagnant recevra le dernier panier de légumes de la Plaine de l'Aire si d'aventure celle-ci était bétonnée. Participez sous : http://www.jeunesverts.ch/home/ge/

13:09 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écologie, cardons, cherpines, déclassement |  Facebook | | | |

18/04/2011

Pour l'introduction d'un revenu de base inconditionnel et suffisant !

Il est nécessaire que nos sociétés introduisent au plus vite un tel revenu inconditionnel. C'est en effet, dans des sociétés hyperdéveloppées, un cruel manque. Bénéficier d'un revenu inconditionnel suffisant sera une grande avancée en terme de droits humains : chaque être humain pourra pourvoir à ses besoins fondamentaux (logement, alimentation, éducation, culture) sans être stigmatisé.

Avec un tel revenu, s'il est suffisant, l'individu pourrait dès lors mieux monnayer sa force de travail, cela redistribuerait donc les cartes de l'emploi, obligeant notamment plus d'horizontalité au sein des entreprises et une réflexion sur ce qui est produit et la manière de le produire. Cela rentre tout à fait dans les perspectives de l'écologie politique, défendue par les Verts et qui dénonce le travail productiviste. Ce revenu de base permettrait aux êtres humains de sortir de l'aliénation du travail : le travail automatique ayant comme seul attrait le produire pour produire, laisserait place au travail humain en vue de l'émancipation, choisi et qui accomplit celui qui l'exécute. L'idéologie sarkosyste du "travailler plus pour gagner plus" a montré qu'elle était un cinglant échec. Il est venu le temps de penser des sociétés affranchies de l'emprise du travail qui aliène au lieu de développer l'autonomie des individus afin que chacun puisse libérer du temps et vivre dignement.

C'est donc un pari aussi : celui de l'être humain qui peut trouver en lui-même l'envie et la force pour accomplir les activités qui l'émancipent, si la société lui en donne les moyens, et l'affranchit de la dépendance (vision philanthropique de l'Etat Providence) qu'elle organise (chômage, AI, retraites, etc) pour mieux maintenir la dépendance, le chômage, et servir le capital.

Le revenu de base supprimerait ces soutiens qui stigmatisent des pans entiers de population. Chaque citoyen serait un peu plus considéré sur le même pied d'égalité pour construire sa vie, apprendre à connaître ses compétences et pouvoir les mettre à disposition de la société entière.

Cette idée fait son chemin, même dans des milieux ou personnages réputés plus à droite. En ce qui concerne le financement, ce n'est pas aussi utopique que cela. Dans leurs derniers livres (Le financement d'un revenu de base inconditionnel), Bernard Kundig présente un projet de financement mixte passant par la TVA et l'impôt fédéral direct, Albert Jörimann propose un financement par compensation limitant l'intervention dans les mécanismes de redistribution existants au strict minimum, enfin Daniel Häni et Enno Schmidt conçoivent le financement du revenu de base dans le cadre d'une réforme plus générale de la fiscalité axée sur une généralisation de la TVA. D'autres idées bien sûr existent et peuvent être développées pour que, dans un futur proche, une telle allocation universelle puisse devenir une réalité.

17:22 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

31/03/2011

Protection des mineurs : à quand une politique de soutien à la parentalité digne de ce nom ?

La Tribune de Genève nous alertait hier sur une problématique grave à Genève, à savoir les conditions de travail indécentes que rencontrent les employés du Service de protection des mineurs (SPMi) avec cette réalité éloquante autant qu'indécente : "Un assistant social à 100% s’occupe en moyenne de 66 mineurs. Il n’a que deux heures par mois à consacrer à un enfant."

Nous connaissions ce problème depuis longtemps, mais le rappeler n'est semble-t-il pas de trop. Surtout lorsqu'on entend les mesures censées améliorer la situation de fond... Sont prévues ou ont déjà été mises en place des mesures telles que "la réfection des façades et des ascenseurs, une formation face à la violence, un pool de remplaçants" : ou comment ne pas régler le mal à la racine. Ce ne sont pas en effet la réfection des ascenseurs ou les formations à la violence (pas inutiles en soi au contraire) qui vont changer quoi que ce soit quant au fond de la politique de prise en charge des difficultés des familles et mineurs à Genève. Il faut bien plutôt répondre en amont et développer des structures de prévention et de soutien à la parentalité, capables d'endiguer le manque grave de disponibilité des travailleurs sociaux pour l'aide aux mineurs et à leurs familles.

La gauche l'avait déjà bien compris à l'époque, relevant que Genève est à la traine sur ces questions, et c'est un euphémisme. Une motion avait en effet été déposée au Grand Conseil le 4 mai 2007 par les Verts et socialistes qui faisait écho aux difficultés rencontrées sur le terrain par les éducateurs, juges pour enfants et autres travailleurs sociaux et qui demandait de « promouvoir le développement d'aides éducatives alternatives aux mineurs et à leurs familles, ne nécessitant pas l'hébergement en IGE mais supposant des interventions plus denses que ce que peut assumer le Service de protection des mineurs (SPMi). Par exemple l'assistance éducative en milieu ouvert (AEMO) ». Cela avait poussé l'office de la jeunesse du département de l'instruction publique (DIP) a introduire une nouvelle prestation en 2009, l'AEMO, qui est un soutien de proximité offert aux jeunes et à leurs familles rencontrant des difficultés éducatives. Mais ce nouveau service n'a provoqué la création que d'un nombre très restreint de postes et reste, à Genève et à ma connaissance, à l'état très embryonnaire.

Tout cela alors que les pratiques en milieu ouvert constituent une véritable alternative aux internats éducatifs, souvent accusés de maltraitance et de totalitarisme et que l'on sait surpeuplés à Genève. Mais notre canton a pris un retard en la matière. les premières prises en charge sociale et éducative en milieu ouvert A.E.M.O (action éducative en milieu ouvert) datent des années 1970 en France, 80 en romandie (1983 à Neuchâtel, 1989 en valais). D'où vient ce retard genevois ? Notamment du fait que le canton est resté, en matière de foyers, sur le modèle des années 1950. Leur nombre n'a pas évolué à Genève depuis les années 1970.

C'est bien une lutte politique contre l'idéologie d'une droite libérale qui a lieu, une droite pourtant fondatrice de l'Etat Social, mais qui de plus en plus a tendance à se suffire au même refrain, soit la responsabilisation de l'individu, les coupures budgétaires dans les programmes sociaux, tenant le tout économique comme seul paravent à l'économie de marché. Tout cela sous couvert d'une montée en puissance du sentiment d'insécurité et d'une société qui évolue vers le refus du risque, et vers la revendication généralisée d'un droit à la sécurité dont le monde politique se plaît à faire l'écho, populistes en tête. Or les professionnels de l'action éducative en milieu ouvert le constatent largement : la sensibilisation de l'opinion publique sur ces questions ne s'accompagne ni de moyens plus importants, ni de réelle considération du travail accompli.

La question mérite pourtant d'être posée : faut-il responsabiliser les familles en disqualifiant un peu plus les parents défaillants, en cherchant à leur imposer l'usage d'une autorité qu'ils n'assument plus ou faut-il, à l'inverse, soutenir la fonction parentale et accompagner et restaurer plutôt que de stigmatiser les défaillances ? C'est donc bien deux idéologies qui s'affrontent. D'un côté la gauche, pour qui entre les individus il n'y a pas de différences d'ordre psychologique, mais bien une différence dans les supports sur lesquels chaque individu peut se reposer, et qu'il s'agit justement pour le politique d'agir là-dessus. Et une droite qui stigmatise les personnes en difficulté, quand elle ne provoque pas des coupures budgétaire en matière de soutien à la parentalité. La famille est encore trop souvent perçue comme responsable des maux des mineurs sous son autorité : elle doit devenir un véritable partenaire à la rencontre duquel il s'agit d'aller, non pour en contrôler les dérives, mais pour en faire un véritable partenaire éducatif, tout en favorisant le lien social entre les familles.

Il faut donc qu'une volonté forte et déterminée en matière de politiques familiales à Genève, basée sur la prévention et que rapidement soient mises en place de vraies alternatives au placement afin de décharger les assistants sociaux qui n'ont pas le temps de faire du travail éducatif de terrain dans les familles.

09:02 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

28/03/2011

Acquittement des participants accusés de co-organiser la Critical Mass

C'est avec plaisir que je vous annonce la décision du Tribunal de police, dans le cadre du procès de deux participants à la Critical Mass du 27 août 2011, dont je suis, accusés de co-organisation d'une manifestation non autorisée, de statuer contradictoirement et de prononcer l'acquittement des deux accusés, et de laisser les frais de procédure à la charge de l'Etat.

Ce procès a donc mis à la lumière de l'opinion publique la tentative de la part des forces de l'ordre d'identifier les responsables de la prétendue organisation de la Critical Mass à Genève, cela en utilisant des processus d'investigation disproportionné à la limite de la légalité. Le discours confus du policier Boiron lors de l'audience, confirme ce fait, lui qui a aligné les accusations mensongères alors qu'il était sous serment. Boiron a notamment affirmé qu'il a vu un des deux accusés donner des indications par des gestes quant à la direction à prendre lors de la Critical Mass d'août, affirmation que les témoins connaissant l'accusés ont tous infirmée.

Par ailleurs, concernant l'accès à ma page Facebook, le jugement du Tribunal relève que, selon l'ancienne Loi sur l'investigation secrète, si le rôle du policier Boiron était simplement d'obtenir des informations sans prise de contact avec le suspect, alors on ne peut pas établir qu'il ait agi en tant qu'agent infiltré. D'abord première contradiction, le Tribunal lui-même explique qu' « n'est pas établi qu'à l'époque du rapport, la page Facebook de Julien CART, sur laquelle est mentionné l'événement du 27 août 2010, n'était pas librement accessible au public ». S'il n'est pas établi qu'elle n'était pas en libre accès, cela veut dire qu'il n'est pas établi non plus qu'elle était libre d'accès, donc ce manque d'information aurait dû suffire à invalider ce document, ce que n'a pas jugé bon de faire le Tribunal.

Mais même en supposant que la page facebook ait été en libre accès, est-ce à dire que n'importe quel policier peut, sans autorisation préalable octroyée par un juge, investiguer de manière secrète le compte facebook d'une personne qu'il juge suspecte, jusqu'à en tirer des éléments aussi précis que le nombre d'invitation qu'il envoie pour tel ou tel événement ? Il est à espérer que la loi sur la protection des données empêche ce genre de pratiques policières qui ressemblent à s'y méprendre à un Etat policier à tendance totalitaire, où les services de polices ont tous les droits pour piéger les contrevenants supposés.

Enfin, le Tribunal juge, malgré qu'il ne nous accuse pas de co-organisation, que la Critical Mass d'août 2010 reste une manifestation au sens de l'art. 2 LMDPu, étant donné qu'il s'agit d'un défilé sur le domaine public. Est-ce que le défilé incessant des voitures sur les routes n'est pas lui aussi une manifestation puisqu'il s'agit d'« un défilé sur le domaine public », et pourquoi n'est-il pas lui aussi sujet à autorisation ? Plus qu'un cortège ou qu'un défilé, l'étouffement des voitures sur la voie publique est une prise en otage du domaine public, qui mérite tout autant que l'on désigne des responsables (ne provoque-t-il pas contamination de l'air et accidents répétés ?!). A Genève, on recense 370'000 véhicules immobilisés 98% du temps. Or, chaque voiture occupe 10 m2 d'espace public, ce qui donne comme surface l'équivalent de 267 terrains de foot occupés par ces véhicules. Qui dès lors peut être accusé d'occuper sans autorisation et de manière ininterrompue l'espace public ? Dès lors, tant que l'on ne jugera pas ces défilés automobiles comme relevant de la loi sur l'organisation d'une manifestation sur le domaine public soumise à autorisation, la Critical Mass n'aura pas à être considérée comme une manifestation organisée sujette à autorisation. Elle demeurera un défilé spontané de cyclistes qui défilent au même titre que les voitures.

A la lumière de ces constats, nous pouvons donc affirmer que la Crirtical Mass est victime d'un véritable acharnement des autorités, voulu par la droite, puisque tout a débuté, en juillet dernier, par une lettre d'Isabel Rochat m'accusant de co-organiser une manifestation non autorisée.

La jeunesse cycliste a montré lors de la dernière Critical Mass vendredi dernier, qu'elle était déterminée à se mobiliser à sa manière pour dénoncer l'acharnement des autorités et de la droite sur des thèmes la concernant (attaques répétées contre les « cycloterroristes », pénurie des lieux festifs, réquisitions de squat...). La revendication d'un espace, d'une place pour vivre, pour se déplacer, pour exister est portée haut et fort par cette masse critique non organisée qui refuse le monopole de la voiture et remet en question la domination des plus forts sur les plus faibles. Il n'y avait jamais eu autant de monde à la Critical Mass que vendredi dernier.

Le constat est donc limpide : plus les autorités chercheront, par des techniques autant illégales que dangereuses et créatrices de tensions, à criminaliser un mouvement en désignant des coupables, plus la détermination des cyclistes sera grande et légitime pour aller au bout de nos idées et revendications.

16:18 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : vélo, cycloterroristes, mobilité douce, voitures |  Facebook | | | |

26/03/2011

La jeunesse en procès répond dans la rue

La dernière critical mass de hier soir l'a bien montré : plus les autorités criminaliseront ce mouvement, plus elles chercheront des boucs-émissaires en faisant le procès de jeunes innocents, plus l'engouement lié à ce mouvement alternatif mondial sera grand. 1'500 personnes dans la rue hier soir : jamais la critical mass n'avait mobilisé autant de jeunes cycloterroristes (navré pour le pléonasme M. Maudet) ! Merci donc à Isabel Rochat et à la droite dans son ensemble dont l'acharnement a manifestement porté ses fruits hier. Petit retour sur les faits (à ce propos, lire l'intéressant résumé du journaliste indépendant Richard Etienne).

Mardi passé a eu lieu à Genève une mascarade de procès au Tribuanal de police. Mis en accusation ? Deux participants réguliers de la critical mass, qui, comme chaque dernier vendredi du mois, participent à cet événement festif et spontané qui exige un plus grand espace pour les déplacements non-motorisés.images.jpg

Ce cortège spontané a lieu dans environ 325 villes sur plusieurs continents. Il s'agit tout d'abord de porter un message de sociabilité dans des villes où le vivre ensemble est largement sacrifié, tant la machine et la vitesse ont remplacé l'humain et la chaleur du lien.

Mais la droite ne l'entend pas de cette oreille, elle qui veut criminaliser tout ce qui sort des schémas bien-pensants.

Prise en otage de la jeunesse

La jeunesse qu'on nous présente volontiers comme essoufflée et absente du débat démocratique, montre qu'elle se mobilise à sa manière en dénonçant l'acharnement des autorités envers les thèmes qui la concerne (pénurie de lieux festifs, réquisition de squat...). La revendication d'un espace, d'une place pour vivre, pour se déplacer, pour exister est portée haut et fort par cette masse critique non organisée qui refuse le monopole de la voiture et remet en question la domination des plus forts sur les plus faibles.

Qui en effet mieux que cette jeunesse qui va devoir assumer la catastrophe écologique provoquée par les génération passées, est à même de critiquer la prédominance de la voiture individuelle dans nos villes ?

Pourtant on se plaît à désigner des responsables, et les cyclistes sont désignés par un Conseiller administratif (Pierre Maudet pour ne pas le nommer) en campagne pour sa réélection de "cycloterroristes". Monsieur propre s'est donc lassé de faire la chasse aux tags, aux crottes et aux mégots... et s'est trouvé un nouveau joujou porteur électoralement. Le premier tour aux élections passé, voilà qu'il s'en prend aux incivils à deux roues. L'amoureux des néologismes organise maintenant des journées de cyclocivisme (sic!) car «il y a une absence grave et notable de code de la rue : le respect de l'autre dans l'espace public ne peut être négligé.» Devinez qui est une nouvelle fois désigné comme irrespectueux dans son comportement ? Ces bons vieux cyclistes. Ou plutôt les jeunes cyclistes, vous savez, ceux qui se comportent mal ! Et qui subissent à longueur de journée le diktat du tout bagnole à Genève (mais cela, ce n'est pas politiquement porteur de le dire).

Les automobilistes, les scootéristes et autres non-cyclistes n'ont rien à craindre, les cours ne leur sont pas destinés : le monopole de l'incivilité est attribué aux jeunes à vélo. On prend des pincettes pour pas trop le mentionner : cette action viserait à sensibiliser la population et particulièrement les «nouveaux utilisateurs» quant aux risques d'une conduite insouciante... La jeunesse insouciante et irresponsable, le couplet que la droite entonne en chœur, Isabel Rochat en tête, avec le pseudo-procès qu'elle mène contre deux jeunes qui, en plus d'être des cycloterroristes, organisent des manifestations interdites (de quoi être bien fichés par ses services).

Par ailleurs la droite, non contente d'aseptiser les comportements en voulant tout réguler, en rajoute en donnant des récompenses : lors de la 1ère journée de cyclocivisme (on se passera volontiers des prochaines) celle ou celui qui se sera le mieux comporté-e sur la route se verra offrir un vélo électrique (rouler au nucléaire, c'est plus écolo et plus aseptisé). Cela nous rappelle la page facebook "20h no stress" pour l'ouverture des magasins, orchestrée par les jeunes PLR et leurs aînés à Genève, qui offrait un I-Pad à chaque 500ème membre. L'argent et les récompenses pour mieux corrompre une jeunesse insouciante et trop revendicative.

Mais revenons à nos moutons, et à la critical mass. Les autorités au lieu de chercher vraiment la sécurité lors de ces cortèges, oublient qu'elles ont affaire à des êtres humains, souvent à des mineurs, et mettent en danger inutilement les cyclistes en roulant trop vite au milieu ou à proximité du cortège avec leur gros camions. Sans compter les policiers infiltrés qui s'incrustent au cortège pour mieux trouver les boucs-émissaires. Et leurs comportement incivils à eux ? Le jour où ceux-ci viendront en tenue de service et à vélo, alors un vrai dialogue pourra s'installer. Mais pour l'heure force est de constater que les forces de l'ordre ne désirent pas faire un pas vers les participants, préférant s'acharner sur nous, augmentant dès lors les tensions.

Mais la jeunesse ne sortira que galvanisée par ces attaques frontales envers elle et la dernière critical mass hier soir le prouve s'il le fallait encore : notre détermination pour notre cause est non seulement légitime, mais nécessite un engagement de tout instant pour aller jusqu'au bout de nos idées.

Enfin, une petite dédicace à Isabel Rochat sans qui tout cela n'aurait pas été possible !

10:46 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | | | |