12/02/2013

"Le nom du père est roi"

"Au jeux des familles, le nom du père est roi". C'est le titre d'un article du journal Migros Magazine (no7).

Désormais, depuis 2013 en Suisse, vous pouvez choisir, si vous vous mariez, de garder votre nom de célibataire, ou de porter un nom commun (celui de l'homme ou de la femme) et vous pouvez choisir de donner à vos enfants le nom du père ou de la mère (idem pour les couples non-mariés, à condition de détenir l'autorité parentale conjointe et de faire la demande ensemble).

Depuis le début de l'année pourtant, dans le canton de Vaud, 80% des mariés ont opté pour un nom de famille commun, celui... devinez... Celui de l'homme...

Quant au 20% restants, ils ont décidé de donner dans 90% des cas (sic!) le nom du père à leurs futurs enfants...

Pour une loi qui devait faire office de réforme du code civil concernant le nom de famille, permettant de se défaire d'une culture patriarcale du patronyme, c'est assez loupé...

Mais c'est normal, apprend-ton dans Migros Magazine, "La mère donne la vie et le père transmet le nom", dixit le secrétaire de la Chambre des généalogistes de Suisse romande, Jean-Claude Romanens... Quant au "Spécialiste des relations familiales" Eric Widmer, il regrette qu'en voulant garantir l'égalité, on ait sacrifié le double nom, qui permettait aux époux de "se fondre dans une entité familiale tout en conservant leur identité".

Le nom commun est toujours possible, cher Monsieur : en choisissant de porter le nom de la mère, et en donnant à son enfant le nom de celle-ci. Mais c'est sans doute trop "futuriste" que d'adouber le matronyme dans une société encore largement patriarcale ? Et de risquer la fin du privilège de la propriété patriarcale sur la reproduction humaine ?

Cette loi, avec ces défauts, a au moins le mérite de lever une discrimination sexiste dans le droit. Reste à ce qu'elle soit suivie par la population, et que davantage de personnes usent des nouvelles possibilités proposées par cette nouvelle loi...

19:36 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

31/01/2013

Les utopies d’aujourd’hui sont-elles les réalités de demain?

Article de Laurence Villoz paru le 31.01.2013 sur Protestinfo. Photo : Helena de Freitas

julien GELe 28 août 1963, le pasteur afro-américain Martin Luther King bouleversait les Etats-Unis avec son célèbre discours « I have a dream ». Cinquante ans plus tard, ses « rêves » se sont en partie réalisés. Qu’en est-il des utopies aujourd’hui? Le Genevois Julien Cart (photo), politicien engagé pour la décroissance et l’écosocialisme, dévoile ses « rêves » à ProtestInfo.

Par Laurence Villoz

Pour célébrer les cinquante ans de « I have a dream », ProtestInfo s’interroge sur la place de l’utopie dans la société actuelle. Trois personnes issues des milieux politique, religieux et littéraire présenteront leur « utopie ». Le premier volet est consacré à un politicien genevois, conseiller municipal (législatif) de la ville de Genève et éducateur spécialisé. Engagé pendant cinq ans auprès des Verts genevois, le jeune homme de 30 ans a décidé de faire cavalier seul depuis le début de l’année.

 


ProtestInfo: Si vous vous retrouviez au pouvoir, quelle serait la première mesure que vous prendriez?

 

Julien Cart: Je mettrais en place le revenu de base pour tous. Chaque personne qui réside en Suisse recevrait un revenu découplé du travail. Une initiative est en cours et 70 000 signatures ont déjà été récoltées. Normalement, on devrait voter d’ici trois à quatre ans.

P: Mais cette mesure ne pousserait-elle pas les gens à arrêter de travailler?

 

JC: L’idée est d’éradiquer la pauvreté. Il ne s’agit pas de payer les gens à ne rien faire, mais de reconnaître tout un pan de l'économie locale. Une étude, mandatée par l’Institut de l’ONU pour le développement social (UNRISD), a montré qu’en Suisse, en 2004, le volume de travail non rémunéré dépassait de 20% le volume du travail rémunéré.

 

 

Le revenu de base rendrait les gens plus autonomes et leur permettrait de s’engager parce qu’ils en ont envie. Il éviterait aussi les problèmes de stress lié au travail et ferait baisser les coûts de la santé. De plus, les personnes qui n’ont pas de travail ou qui bénéficient de l’assurance sociale ne seraient plus stigmatisées.

 

Cette mesure de décroissance revaloriserait en outre les régions périphériques. Avec ce revenu de base, les citadins pourraient aller s’installer à la campagne et investir dans la terre, plutôt que travailler en ville et recevoir un salaire précaire.

P: Comment imaginez-vous que les citoyens suisses réagiront s’ils doivent se prononcer pour un revenu de base pour tous?

 

JC: Ce sera sûrement refusé. Les Suisses ont même refusé une semaine de vacances supplémentaire. Mais il faut du temps pour aboutir à l'instauration de ce qui paraît de prime abord « utopique ». Par exemple en ce qui concerne l’Assurance vieillesse et survivants (AVS) ou le suffrage féminin, il s’est écoulé trente à soixante ans entre leur proclamation et leur concrétisation.

P: Comment êtes-vous « tombé » dans la politique?

 

JC: J’ai commencé la politique à l’âge de 25 ans, quand je suis arrivé à Genève. Mais mon intérêt pour la politique a commencé lors d’un stage à l’Association pour l’éducation familiale, à Fribourg, en tant qu’éducateur, une année plus tôt. J’y ai vu la réalité des familles qui sont en difficulté. Ce stage m’a donné envie de m’investir pour améliorer concrètement la situation des gens.

 

Ma responsable de stage faisait partie des Verts et j’ai donc rejoint ce parti. Puis j’ai eu des réflexions plus précises sur l’écologie politique et la décroissance. J’ai été particulièrement actif avec les Jeunes Verts lors de plusieurs initiatives. En particulier celle qui visait à interdire l’immatriculation des véhicules trop polluants en Suisse.

P: Le 7 janvier vous avez démissionné du parti des Verts après cinq ans d’activité, en partie car vous ne les trouviez pas assez « utopistes ». Expliquez-nous.

 

JC: C’étaient les valeurs alternatives des Verts qui m’avaient attiré: promouvoir une médecine et éducation alternative, l’accueil de toutes et tous, notamment les personnes handicapées et les migrants. Mais actuellement il y a beaucoup de gens chez les Verts qui se contentent de petits progrès, par exemple les vélos en libre accès dans les villes. Je veux aller plus loin. Je souhaite qu’on change de paradigme, qu’on place la personne au centre plutôt que l’économie.

P: On est revenu de toutes les utopies politiques: ne vous sentez-vous pas un peu anachronique en poursuivant ce genre d’idéaux?

 

JC: Non. En effet, cela peut paraître anachronique, dans une société où l’on va en week-end à l’autre bout de la planète alors qu’on ne connaît même pas son propre voisin. Mais si ce modèle n’est pas durable, il faudra en inventer un autre. La crise est générale, tout le monde va devoir décroître. Qui va s’y préparer le mieux? Peut-être qu’il y aura des guerres pour les derniers gisements de pétrole, mais on devra tous y faire face.

 

Dans le monde politique, cette vision est largement partagée. Même les partis de droite (et certains de gauche) qui défendent la croissance et la relance de l’économie sont conscients que le modèle actuel n’est plus possible. Les désaccords s'expriment sur les mesures à prendre.

P: Quel est le moteur qui vous permet de continuer à vous battre malgré les difficultés?

 

JC: C’est une révolte face à la pauvreté et aux injustices. Une révolte qui a mûri en moi et qui prend encore un aspect plus grand en politique. Je n’ai pas envie de participer à ce monde comme il est. Avant mon entrée en politique, j’étais pratiquant au sein de la religion catholique. Actuellement, je suis agnostique. Lorsqu’on lit les Evangiles et la parole du Christ, la pauvreté et toutes les injustices qui existent sont inacceptables. Pour moi, on ne peut pas être chrétien et mettre les pieds dans ses pantoufles en se disant que ce sera mieux au paradis.

 

De plus, si j’ai fait des études d’éducateur spécialisé, c’était aussi pour dénoncer les discriminations par rapport aux personnes handicapées. Les inégalités et leur reproduction m’ont toujours interpellé. La fragilité fait partie de nos vies, c’est à nous d’être attentifs à ce qui existe autour de nous, aux gens autour de nous qui souffrent parfois dans le silence.

 

« I have a dream » de Martin Luther King


Le pasteur afro-américain Martin Luther King est né le 15 janvier 1929, à Atlanta. Dans les années 60, il devient le leader du Mouvement des droits civiques, un mouvement militant contre la ségrégation raciale. Le 28 août 1963, il prononce son plus célèbre discours, « I have a dream », devant 250 000 personnes à Washington D.C.

Dans ce discours, prononcé lors d’une marche pour l’emploi et la liberté, Martin Luther King exprime son rêve d’une Amérique fraternelle où les Noirs et les Blancs pourraient vivre ensemble en harmonie et avec les mêmes droits. Pour rendre ce rêve réel, il faut « garder la foi en Dieu». Ce discours a eu un impact important sur la situation des Noirs américains. L’année suivante, les premières lois civiques interdisant toute discrimination au niveau des élections, de l’emploi et des lieux publiques ont été adoptées.

Martin Luther King est devenu, à l’âge de 35 ans, le plus jeune Prix Nobel de la Paix pour son combat contre le racisme de façon non-violente au Etats-Unis. Il a été assassiné à Memphis le 4 avril 1968.

10:30 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

07/01/2013

Ma lettre de démission des Verts

A qui de droit

                                                                                                      Genève, le 7 janvier 2013


Ma lettre de démission des Verts

 

Chères Vertes, chers Verts,

Par la présente, je tiens à vous faire part de ma volonté de démissionner des Verts. Si l’on s’attarde sur la définition du mot « démissionner », on apprend qu’il s’agit « d’abdiquer devant une trop grande difficulté », de « renoncer » ou encore, d’« abandonner ». Etymologiquement on apprend pourtant que le terme « démission » vient de « renonciation ». Il s’agit donc bien de cela. Je renonce désormais à m’engager au sein du parti des Verts, pour les raisons qui vont suivre.

En arrivant à Genève il y a environ 5 ans, je m’étais engagé dans ce parti afin de défendre les valeurs Vertes de l’écologie politique, soit la critique du productivisme et du consumérisme, donc une remise en question du modèle capitaliste basé sur l'idée de croissance et de profit en vue d’une réappropriation de nos existence, d’un partage plus équilibré des richesses, et du respect des limites de la planète.

Or à l’aube de 2013 je me dois le constat suivant : pour défendre ces valeurs, il vaut mieux pour moi renoncer à militer au sein d’un parti qui, comme à Genève, préfère mener ses réformes à l’intérieur du capitalisme, avec des mesures qui se révèlent soit anti-sociales , soit anti-écologiques (pour mémoire, en mars 2010, le soutien à la loi modifiant la loi sur l’énergie qui enrichissait les propriétaires ; en septembre 2009 un OUI à la baisse d’impôt pour « relancer la consommation », etc.).

Lors de ces votations, et comme cela a été le cas lors de beaucoup de scrutins par la suite, les Verts genevois ont eu une large responsabilité quant au résultat issu des urnes, qui prétéritait la planète autant que les personnes défavorisées de notre société. L’exemple du vote sur la nouvelle Constitution genevoise est symptomatique du manque de responsabilité du parti et de son inconséquence : la volonté de ne pas aller à l’encontre des individualités vertes qui ont accouché d’un texte socialement et écologiquement dangereux, a primé sur les valeurs et le débat interne.

L’intelligentsia qui règne sur le parti a, une fois de plus, muselé tout débat. Cette dernière s’est même sentie autorisée à pousser l’injure jusqu’à organiser une campagne post-constitution sous forme de « service après-vente » (sic !) tout simplement abjecte, où elle tente de se rattraper en défendant notamment un projet de loi perdu d’avance pour les droits politiques des étrangers au niveau cantonal, alors même qu’elle nous a sommés d’accepter une Constitution sans éligibilité communale comme exigé par les partis d’extrême-droite. Et cela sans prendre le temps de consulter les personnes qui ont lutté pour ces droits au sein de la société civile. Tant d’arrogance est tout simplement honteux.

Renoncement donc, pour ma part, à me battre dans un parti où les dés sont pipés d’avance et où les individualités ont remplacé tout débat à l’interne, toute stimulation idéologique, préférant défendre en bons pragmatiques l'économie de marché, étalant partout (et avant tout dans la presse) leurs compromis, souvent chèrement acquis avec la droite. Le dernier en date est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, puisqu’il s’attaque au dernier bastion des Verts, soit nos valeurs liées à l’accueil des migrants. Annoncé à Tamedia avant que la base ne puisse en débattre, pour servir la visibilité d’un seul en campagne, il est l’énième preuve d’un parti qui tangue, perdant toujours un peu plus son âme. Il est temps donc de quitter le bateau avant le naufrage final.

A des années lumières donc des valeurs Vertes, embourbé dans un tel magma devenu tout à fait illisible autant pour le simple membre que pour ses électrices et électeurs habituel-le-s, le parti des Verts genevois marche droit vers de prochaines déconfitures, qui, souhaitons-le lui, l’obligera cette fois à faire un aggiornamento afin de reconstruire un lieu où s’affronteront non plus des individus mais des idées.

Je terminerai en ayant une pensée particulière pour toutes et tous les membres des Verts qui militent avec leur cœur et leurs valeurs au sein de ce parti (et ils-elles sont nombreuses et nombreux), et qui bien souvent ne sont pas écouté-e-s à leur juste mesure, et avec qui j’ai pu me lier d’amitié, en menant un combat que je ne regrette bien sûr pas, et qui continuera désormais sous d’autres formes.

                                                                                                                                                               Julien Cart

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11/12/2012

La politique migratoire à l'aune de l'économie

Je ne peux que réagir vivement à la grave proposition en matière d'asile (ou plutôt, d'économie, ndlr.) visant à créer le statut d'extra-européen saisonnier, mesure qui est attribuée aux Verts dans le débat public, sans débat préalable à l'interne, par l'entremise d'un conseiller national. Cette réaction a par ailleurs déplu à ce même conseiller national si peu attaché à l'idée même de débat, lequel m'a en effet bloqué sur un réseau social. Voici donc la teneur de ma réaction censurée :

Je lis, atterré, l'article du Temps. Il y avait les saisonniers italiens, et maintenant un membre éminent de notre parti veut créer les "saisonniers extra-européens" (sic!). Retour sur un article pour le moins choquant.

Dans le titre de l'article, on apprend que "la gauche passe à l'offensive" en matière de "politique migratoire". Il faudrait plutôt lire, en matière "d'économie"... C'est en effet à cette aune-là désormais que la "gauche" (et Les Verts, engagés malgré eux sur cette voie par une personnalité) semble s'attaquer aux questions de politique migratoire.

Le postulat posé est que les emplois non-qualifiés ne sont pas désirés par les Suisses et les Européens, dès lors, pourquoi ne pas recourir à une migration saisonnière pour y palier ? On crée donc des contingents d'extra-européens (ces migrants de troisième classe), qui ne devront pas avoir plus de 30 ans (les vieux ne sont pas corvéables à merci), à qui on délivre un permis de 1 à 2 ans, non renouvelable pendant 3 ans, sans regroupement familial (pas de risque d'immigration massive, ouf!) et on retient leurs cotisations sociales jusqu'à ce qu'ils reviennent dans leurs pays, histoire d'être certains qu'ils y retournent.

Ainsi tout le monde est content, la bonne morale (les travailleurs clandestins diminueraient, comme leur exploitation dû à leur statut précaire), l'économie qui a besoin de main d’œuvre pour ses basses besognes, et la droite, qui veut le beurre (la main d’œuvre non qualifiée) et l'argent du beurre (des salaires indécents) et le sourire de crémière (une main d’œuvre non-pérenne, renouvelable et corvéable à merci, toujours jeune, pour renflouer le capital).

Oui le pragmatisme de gauche permet de rassembler large, et à l'économie de sortir toujours gagnante. La dignité humaine, quant à elle... mais qui s'en préoccupe, de la dignité ? Ce qui compte après tout, ce sont les mesures pragmatiques... et les besoins de l'économie!

Mais (mal)heureusement comme disait Max Frisch, « Ils voulaient des bras et il leur vint des êtres humains ! »

Et puis, l'idée même de "contingents" devrait nous faire bondir. Les années des initiatives Schwarzenbach (voir le document de la RTS "Les enfants du placard") ne sont plus très loin avec ce genre de proposition qui exige l'importation des jeunes femmes pour faire les domestiques sans avoir droit au regroupement familial et sans espoir d'un permis de séjour durable. Et quand on lit les critères de cette immigration choisie à la sauce UDC, cette sélections des bons migrants qui auront droit de s'installer pendant quelques mois en Suisse, cela fait tout simplement frémir pour quelque chose imaginé par un Vert (entre autres : - Avoir moins de 30 ans; ‐ Compétences et/ou disposition à faire les travaux dans les secteurs décidés en Suisse; ‐ Disponibilité financière suffisante pour payer le voyage aller‐retour et les premiers frais sur place; ‐ Une personne par famille à la fois). Source : Permis « travail‐formation » provisoire pour les migrants des pays tiers. Antonio Hodgers – Les Verts ‐ Genève)...

L'autre chose pour le moins inadmissible que l'on apprend dans cet article, c'est que ce projet indécent pour un groupe politique comme Les Verts, n'a même pas été au préalable (avant qu'il soit promu dans le domaine public) discuté au sein des Verts. Or selon moi au sein d'un parti démocratique comme le nôtre, au niveau des décisions aussi fondamentales que celles touchant au droit d'asile, rien ne devrait se faire sans une large consultation de la base. Mais là encore, ce n'est pas la première fois qu'on est confronté à de tels débordements émanent de cette personne, allant clairement contre les valeurs Vertes. Alors que le PS apparaît cohérent, proposant dans l'article des mesures reconnues et validées au sein d'une assemblée générale, les Verts apparaissent comme un parti dirigé par une personnalité qui y dicte ses idées de fond, les abordant devant les journalistes avant que le débat soit lancé à l'interne...alors même qu'on lit que cela fait plusieurs mois que cette personnalité s'affaire sur la question!

Cet article, par le fond et par la forme, engage les Verts sur une position à des années lumières de pouvoir être la leur, alors même que ceux-ci n'ont rien décidé sur la question. Il faut donc dénoncer ces pratiques, il en va de la simple crédibilité de notre parti !

12:12 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

28/09/2012

Genève a raté sa réforme : NON à la Constitution le 14 octobre !

Les bulletins de vote pour le 14 octobre arrivent dans nos boîtes aux lettres, c'est le moment ou jamais de dire un grand NON à un projet qui...

...attaque l'Etat social et les services publics (démantèlement des SIG, suppression de l’article sur les fondations de droit public) en donnant la priorité au privé au détriment du
secteur hospitalier et de l'enseignement,


...restreint le rôle de l'Etat à un simple COMPLÉMENT de l'initiative privée : « l'Etat agit au service de la collectivité en complément de l'initiative privée et de la responsabilité individuelle » (art 9,1),

...sabote nos acquis antinucléaires,

...supprime l'article 160e, voté en 1986, visant à diminuer la consommation d'énergie, mais ne fait que garantir un approvisionnement en énergie...comme le dénonce R. Cramer dans un article au Courrier,

...inscrit le principe dangereux des « procédures simples » en matière de déclassement (problème lié à l’interprétation et l’application de ces procédures) qui fonde de manière constitutionnelle la réduction du droit de recours des associations (pour cela, Pro Natura appelle à refuser le projet de constitution),

...favorise tout type d’habitat au lieu d’axer sur la création de logements abordables accessibles pour toutes et tous, au détriment des locataires, ce qui amène les juristes de l'Asloca à appeler à refuser le projet,

...affaiblit les droits démocratiques en rallongeant le nombre de signatures nécessaires pour faire aboutir un texte (référendum et initiatives),

...restreint l'égalité entre femmes et hommes,

...a réussi l'exploit de se mettre tout le monde syndical à dos en restreignant le droit de grève aux «relations de travail» et aux «obligations de préserver la paix du travail ou de recourir à une conciliation», grève qui peut aussi être interdite à «certaines catégories de personnes» et limitée «afin d'assurer un service minimum» (lire la prise de position de Jean Ziegler sur la question),

...augmente à 5 ans la durée des mandats du Grand Conseil, du Conseil d’Etat et des instances communales, réduisant ainsi le choix des citoyen-ne-s sur leur gouvernant-e-s,

...porte gravement atteinte à l’autonomie communale (notamment le statut particulier de la Ville de Genève, qui disparaît),
 
...offre toujours plus de cadeaux fiscaux injustes au détriment des travailleuses-eurs et des finances publiques,

...donne un chèque en blanc à la complémentarité des transports publics et privés, et donc à la priorité donnée à la voiture,

....menace nos libertés et nos droits démocratiques en donnant tout pouvoir au "Conseil d’Etat pour solliciter l’appui de l’armée, d’autres services fédéraux ou d’autres cantons à des fins civiles" (art. 112),

...affaiblit l'article sur l'interdiction de la chasse,

....supprime la liste détaillée des lieux publics dans lesquels la fumée passive est interdite,

...vide les principes généraux et supprime des précisions importantes pour l'application de l'article sur les chiens dangereux,

...et enfin, cerise sur le gâteau, consacre la position de lanterne rouge de Genève en matière d'ouverture des droits politiques aux étrangers (à quasi égalité avec... le Valais !) en maintenant toujours 40% de la population exclue des droits civiques... des personnes pourtant qui travaillent, cotisent aux assurances sociales, paient des impôts mais demeurent exclues (lire la position du CCSI)...suite à un vulgaire marchandage (lier l'article du Courrier : "Droits politiques des étrangers: la victoire de l’extrême droite").

On nous dit souvent du côté des pro-nouvelle constitution, de comparer les deux textes, de lire le projet attentivement. On ne nous dit pas, par contre, qu'une nouvelle constitution, c'est l'occasion de mettre des choses nouvelles, émanant de la population, synonyme de véritables avancées.

Puisqu'une nouvelle constitution vise à donner une charte fondamentale à son canton pour les 100 prochaines
années, il faut, au moment de faire notre choix, prendre en consédiration aussi ce que justement nous ne lirons pas dans ce texte... Simplement parce que ceux qui ont écrit ce texte sont restés enfermés dans leur bulle... (liste non exhaustive, évidemment!)...

Le congé parental, pourtant accepté en première lecture, a été refusé lors de la deuxième lecture...
Le congé maternité qui n'est que de 16 semaines, alors qu'à Genève il va souvent jusqu'à 20 semaines...
Le congé paternité, tout simplement oublié...
Le salaire minimum, si on voulait réellement lutter contre le dumping salarial...,
La parité,
L'interdiction des licenciements boursiers,
Les mesures de prévention des violences parmi les tâches de l’Etat,
L'économie sociale et solidaire,
La souveraineté alimentaire,
Le commerce équitable,
L'objectif de la société à 2000 Watts par habitant-e-s,
Des objectifs concrets de diminution des gaz à effet de serre,
Les droits politiques des étrangers ViVRe : Citoyenneté cantonale pour tous,
La solidarité internationale avec l'inscription du 0,7% du budget communal pour soutenir la Fédération genevois de coopération,
Un Revenu de base pour tous - Allocation universelle,
La progressivité de l’impôt direct,
Le fait que la banque cantonale finance à prix coûtant, sans intérêts, les investissements publics,
Etc, etc. !
 
Sans compter la non-entrée en matière quant à la suppression du quorum à 7%, tout simplement anti-démocratique...

Ce début de liste montre avant tout une chose : les propositions issues de la société civile ont été fort peu prises en considération et écartées en commission sans examen réel. C'est donc bien une Constitution "hors-sol" qui nous est proposée, comme le disait Le Courrier dans son très bon numéro spécial ce samedi.

Et comme le dit le GHI de ce jeudi 4 octobre, "En se partageant le gâteau de la Constituante, les partis politiques l'ont coupée, dès le départ, de sa principale source : la société civile et les citoyens. Un péché originel qu'ils risquent de payer cher. Difficile en effet pour les genevois de se sentir concernés. (...) Place au contraire aux doutes, voire à la méfiance. Qu'est-ce que c'est que ce texte qui veut faire le bonheur des gens à leur insu.", dixit Giancarlo Mariani, rédacteur en chef, qui résume bien pourquoi la sanction risque d'être sans appel le 14 octobre... Mais les constituant-e-s ne pourront s'en prendre qu'à eux-mêmes !

Même les maigres avancées, notamment sur les droits fondamentaux, ne peuvent nous convaincre : la droite a supprimé l'assurance de la justiciabilité des droits fondamentaux: l'article «Quiconque est lésé dans ses droits fondamentaux peut saisir l'autorité ou la juridiction compétente.» n'a en effet pas été voté...

Ce projet est donc un danger pour notre canton à travers les régressions sociales, démocratiques et écologiques qu'il nous impose et ne répond pas aux préoccupations sociales et environnementales des années à venir.

Genève a donc raté sa réforme. C'est sûr, je vote NON à la nouvelle Constitution genevoise le 14 octobre 2012 !
 
Retrouvez ici les 1000 et 1 raisons de dire NON à un projet de constitution trompeur et rétrograde : http://www.constitution-non.ch/index.php
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14:33 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

19/09/2012

STOP à l'islamophobie galopante

Dans le contexte mondial que nous connaissons (voir les tensions actuelles entre pays arabes et les Etats-Unis suite au film anti-islam), de plus en plus méprisant vis-à-vis de l'Islam et des musulmans, il est de l'ordre de la sagesse de questionner la pertinence des nouvelles provocations bêtes et gratuites qui se multiplient sous nos lattitudes. On apprécie donc à cet égard l'attitude prévenante du premier ministre français Jean-Marc Ayrault qui, après la publication de nouvelles caricatures offensantes pour le Prophète Mohamed par Charlie Hebdo, a dit désappprouver "tout excès" et a tenu a rappelé que la liberté d'expression "s'exerce dans le cadre de la loi et sous le contrôle des tribunaux, dès lors qu'ils sont saisis", ajoutant que "le principe de laïcité est, avec les valeurs de tolérance et de respect des convictions religieuses, au coeur de notre pacte républicain".

Malheureusement l'islamophobie de nos sociétés n'est plus seulement rampante, elle devient galopante et se revendique comme politiquement correcte.

Après avoir subi l'ignoble "hommage à Charlie Hebdo" de Me Bonnant il y a une année dans le Matin Dimanche (voir ici), plus récemment, il y quelques heures pour
être précis, nous avons droit au statut facebook d'Ivan Fryvan-frésard.jpgésard (voir photo à gauche), animateur, producteur, journaliste, artiste suisse, qui dit à ses 5'374 amis que s' "il y a des personnes de confession musulmane pratiquant l'islam, je vous demanderai, malheureusement de vous retirer de cette page. Je ne souhaite ni faire ni recevoir aucun commentaire sur ce choix." ! Et l'auteur de ce statut insultant d'expliquer sa peur de l'Islam dans le 20 minutes, allant jusqu'à demander à ce que Toto Morand retire le faux minaret sur le toit d’une bâtisse à Bussigny-près-Lausanne... Le résultat du vote anti-minaret et la politique de haine orchestrée par l'UDC et ses acolytes porte ses fruits.

Ceci est tout simplement honteux pour un personnage public de son acabit. Espérons que le nombre d'ami-e-s facebook de ce Monsieur va baisser drastiquement et que tous les gens ouverts aux cultures et aux religions diverses décideront de boycotter toute publication et toute personne tenant publiquement des propos aussi haineux et discriminatoires !

Soyons clairs : il y en a marre des défenseurs de la "libre expression" lorsque celle-ci rime plutôt avec libre provocation, libre appel à la haine, au rejet et à la stigmatisation. STOP Islamophobie, Racisme, Néo-colonialisme, Réagissons !

 

16:22 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : islamophobie, charlie hebdo, caricatures, islam, racisme |  Facebook | | | |

21/08/2012

«Bâtissons un parc aventure au bois de la Bâtie» !

Ayant lancé la motion «Bâtissons un parc aventure au bois de la Bâtie» au Conseil municipal de la Ville de Genève, je me réjouis de voir apparaître (merci aux belles photos de Demir Sönmez !) dans les rues de notre ville la nouvelle mascotte du projet créée par les Amis de la Bâtie, à savoir l'écureuil Koni !

koni-écureuil.jpg
Il est temps de passer des paroles aux actes. Les soutiens politiques en faveur de ce projet d'accrobranche au Bois de la Bâtie sont nombreux. On ne peut donc, comme le fit Pierre Maudet, se contenter de nous dire qu'un « plan directeur » est en voie d'élaboration pour le site de la Bâtie, dirigé par le Service des espaces verts (SEVE) : cela fait 5 ans qu'on nous dit la même chose et que rien ne se fait !


Il faut souhaiter que désormais les choses aillent plus vite avec le magistrat qui s'occupera du Département de l’environnement urbain et de la sécurité, comme le demandait il y a quelques jours un article dans le GHI (lire ici !).

Car c'est l'ensemble de la population qui attend de pouvoir -enfin!- bénéficier d'un site de détente et de loisir digne de ce nom au bois de la Bâtie, avec notamment la création d'un parc aventure (aussi appelé «accrobranche»), qui proposera un lieu de détente de proximité réunissant toutes les générations : pendant que les jeunes passent d'arbre en arbre, les grands-parents les observent depuis en bas en profitant d'un cadre géographique exceptionnel dans un site chargé d'histoire, offert à la Ville en 1869 par les frères Turrettini afin qu'il reste un parc public.

Par ailleurs, en terme environnemental, ce parc aventure, accessible en transports publics grâce à la nouvelle ligne de tram, ne contiendra que des structures légères respectant totalement les arbres et les espaces alentours. Il permettra aux genevoises et genevois de renouer avec les beautés de la nature à travers une activité ludique qui sensibilisera toutes les générations aux comportements à adopter dans un tel paradis en milieu urbain.

Compte tenu du temps perdu jusqu'à maintenant dans la rénovation de la Bâtie, il est temps que le Conseil municipal puisse voter rapidement dès la rentrée un projet d'étude visant à la création d'un parc aventure au bois de la Bâtie, pour le bonheur de nos citoyen-ne-s !

Julien Cart, Conseiller municipal en Ville de Genève, Les Verts

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06/08/2012

La politique d’égalité entre les sexes n’a pas besoin de Markus Theunert

Quel plaisir de revenir ce week-end de vacances et d'apprendre que le masculiniste suisse Markus Theunert, premier délégué aux questions masculines en Europe (et espérons, le dernier), président de Männer.ch, a démissionné après 3 semaines de service, pour incompatibilité avec sa charge de président du lobby des hommes. Tant mieux pour lui : il aura davantage de temps pour militer pour le porno à l'école au sein de son association.

Pour mémoire, ce psychologue, alors seulement président de Männer.ch, avait defrayé la chronique en rivalisant de bêtise avec la Jeunesse socialiste suisse - qui elle aussi avait prôné en 2010 le recours aux films pornos lors des cours d'éducation sexuelle à l'école... Ses propos sont resortis dans la presse, et ce dernier a dû choisir entre la présidence de Männer.ch et son poste de délégué.

S'il faut déconstruire avec les élèves les normes machistes de la pornographie comme les normes sexistes qui régissent tant de pratiques dans nos sociétés (publicité, prostitution, etc.), reste à savoir comment s'y prendre, à quel âge et par quelle entremise. Des choses se font mais pas assez, en témoignent les agressions et viols collectifs notamment, qui sont filmés par les élèves eux-mêmes et publiés sur internet. Il faut donc une prévention dès les premières années sur ces questions pour que les élèves soient formé-e-s pour (se) mettre des limites, connaître leur corps, et être capables de dénoncer si cela arrive des situations qui dégénèrent.

Mais est-ce que pour donner l'exemple d'ébats amoureux respectueux et égalitaires il faut passer en boucle sur un écran ce qu'il ne faut pas faire ? Cette idéologie du porno à l'école est masculiniste : il n'y a qu'à voir de qui elle émane, du président de Männer.ch, le lobby des hommes... A peine rentré en charge, voilà qu'il émet déjà une idée inquiétante, à la solde de l'industrie pornographique, qui n'avait pas besoin de cela pour fleurir. Une idée anti-pédagogique par essence. Il est bien plus pédagogue d'induire les bons comportements aux élèves. Les comportements sexistes doivent être décrits et dénoncés comme mettant en danger l'intégrité physique des personnes, mais donner une place visuelle à ces pratiques est totalement contre productif. Ce serait quelque part reconnaître que ces films ont une valeur pédagogique (comme un documentaire sur la guerre ou l’Holocauste, qu'il faudrait visionner pour prendre conscience d'une horreur) : or...

Ce "Monsieur Egalité" a donc choisi de démissionner. Et la presse people suisse s'est empressée de venir à son secours, avec notamment un article fascinant dans Le Matin, qui nous pose question : qui d'après vous, dans cet interview, est le plus masculiniste : Markus Theunert ou le journaliste du Matin ?

"- En démissionnant, ne montrez-vous pas que le sexe fort est faible?

- Je n’en sais rien. J’ai dû prendre une décision, je l’ai prise. Mais je regrette cette issue: j’aurais fait du bon boulot."

 

Mais la caste masculiniste ne s'arrête pas aux journalistes au Matin : à Genève aussi, le masculinisme a ses défenseurs acharnés. Le bien connu sur les blogs de la Tribune, l'homministe John Goetelen, n'a pas digéré cette démission et demande celles de Mesdames Trachsel et Durrer qui auraient fait preuve de "partialité", de "dénigrement du masculin" (sic!), et auraient "diffusé des informations inexactes" qui "montrent le mépris de l’égalité réelle et l’esprit clanique" du Bureau de l'Egalité... Touchés dans leur masculinité, Goetelen et Theunert vont-ils porter plainte pour "atteinte à la virilité" comme un homme en Italie, qui a obtenu réparation après que son cousin l'ait accusé de « ne pas avoir de couilles » lors d’une dispute...?

Mais nous avons gardé le meilleur pour la fin. Voilà que Markus Theunert himself s'est vu offrir généreusement (en pauvre victime qu'il est désormais pour les médias) une Carte Blanche dans le Politblog, dans laquelle il s'attaque ouvertement au féminisme égalitariste, tout en prétendant ne pas le faire:

"Les polémiques avec les « femmes égalitaristes » sont ainsi, dans une certaine mesure, une querelle de représentants."

Alors qu'il affirme :

"Le féminisme égalitariste, qui leur semble ringard, ne correspond plus à la réalité de leur vie de femme ouvertement émancipée."

 

Mais entendons-nous bien, ce n'est pas les hommes qui profitent des privilèges qu'il faut blâmer, mais le système !

"Entendons-nous bien : il subsiste des discriminations, par exemple les inégalités de salaire, qui sont indignes d’une société moderne. Mais ce ne sont pas « les hommes », ces prétendus profiteurs, qu’il faut blâmer pour cela, mais bien plutôt le système qui laisse perdurer ces inégalités."

 

Donc pour résumer, selon le masculiniste "une politique d’égalité entre les sexes n’a pas besoin de lutte", le sexisme ne concernerait plus que quelques problèmes tels que "les différences de salaire" et les hommes ne sont pas responsables des inégalités, mais c'est "le système" qu'il faut incriminer ! Quel affront fait aux luttes féministes, quel manque de conscience des combats qui restent encore à mener pour atteindre l'égalité dans les faits (exploitation du travail domestique, exploitation de la reproduction, ou réifiante : pornographie, publicités sexistes, etc.) ! Le réflexe masculiniste habituel de rejet des responsabilités masculines en matière d'oppression entre les sexes : on rejette toute responsabilité dans un système oppressif sans remettre en question les comportements de ceux qui en sont responsables, à savoir ceux qui défendent leurs privilèges, soit les hommes. Alors qu'il faudrait davantage s'ouvrir à l'empathie en prenant conscience de nos privilèges et en changeant de comportement : we can do it too !

Donc Markus Theunert se trompe, il aurait dû plutôt dire :

"La politique d'égalité entre les sexes n'a pas besoin de Markus Theunert"

16:14 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : égalité, féminisme, masculinisme |  Facebook | | | |

27/06/2012

La Liberté, cette belle chimère...

La Liberté, cette belle chimère...

Nous l'adorons tellement, nous focalisons tellement d'attention sur elle, et pourtant : c'est sans doute le vocable qui a perdu le plus de signification aujourd'hui.

Spinoza, Nietzsche et d'autres ont fait cette critique de l'illusion d'un libre arbitre qui préfère ignorer les véritables causes qui nous font agir:

Spinoza écrit dans L'Ethique : « Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s'il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu'ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d'autres de même farine, croient agir par un libre décret de l'âme et non se laisser contraindre ».

Et Nietzsche aussi : "Aussi longtemps que nous ne nous sentons pas dépendre de quoi que ce soit, nous nous estimons indépendants : sophisme qui montre combien l'homme est orgueilleux et despotique. Car il admet ici qu'en toutes circonstances il remarquerait et reconnaîtrait sa dépendance dès qu'il la subirait, son postulat étant qu'il vit habituellement dans l'indépendance et qu'il éprouverait aussitôt une contradiction dans ses sentiments s'il venait exceptionnellement à la perdre."

En fait supposer que nous puissions être libre est déjà de l'ordre de la croyance - surtout dans une société telle que la nôtre où notre conscience est attaquée à longueur de journée avec le matraquage des informations, publicités, etc. qui nous déconnectent de nous-mêmes. Seuls les ermites ou les sages pourraient prétendre nous parler de Liberté : mais ils auraient tellement cultivé cette conscience les amenant à la liberté intérieure qu'ils seraient trop humbles pour prétendre la posséder.

Tout démontre, si on y réfléchit quelque peu, que notre liberté est bien peu réelle, et qu'elle dépend de tant de facteurs. Nos performances proviennent en effet de multiples événements en amont, de rencontres, d'influences, d'expériences, qui nous font être tels que nous sommes aujourd'hui et nous laisse présupposer ce que nous serons demain.

Ce qui importe donc, c'est de s'inscrire dans ce changement perpétuel, plutôt que dans l'idée bien chimérique d'une liberté déjà conquise - qui nous donnerait l'illusion de n'appartenir à personne, sauf à nous-mêmes.

Or si nous continuons de revendiquer avec tant d'ardeur une bien chimérique liberté, n'est-ce pas le signe profond d'une crainte de perdre l'idée d'une indépendance perçue comme le nouveau Saint Graal ?

Préoccupation bien légitime. Crainte fondamentale de se retrouver dépendant des autres, incapable de se débrouiller par soi-même. Mais certaines expériences de vie nous transmettent bien des choses, comme le fait de différencier liberté et autonomie. Être autonome c'est se mettre ses propres lois/règles/limites. C'est être réellement libre dans sa capacité d'auto-limitation. C'est connaître ses limites, c'est les accepter, c'est accepter de dépendre d'autrui : mieux, c'est reconnaître qu'autrui me fonde. Il faut lire Lévinas (ma responsabilité naît dans le regard d'autrui), et Butler aussi qui le reprend et va plus loin, en parlant du concept de Vulnérabilité. Il faut lire Alexandre Jollien pour qui parler de la norme est, sans doute comme parler de la liberté, une chimère : lui qui fait, dans un monde toujours plus aliéné au pouvoir et aux rapports de force, l'éloge de la faiblesse !

Un jour il faudra écrire l' "Eloge de la dépendance". Il faudra écrire combien, en nous retrouvant dépendant d'autrui, ce qui nous arrive chaque jour plusieurs fois si on y réfléchit bien, nous nous construisons nous-mêmes, et que c'est dans cette dépendance même, que nous pouvons nous situer, évoluer, grandir, bâtir, déconstruire, nous tromper, recommencer, etc. C'est bel et bien aux contacts d'autrui que nous apprenons à nous construire : et pas seulement le tout petit par imitation des adultes : mais tout au long de nos existences.

On craint parfois les étiquettes partisanes. On craint de nous engager dans tel mouvement car on risquerait de perdre notre âme, notre "indépendance d'esprit". C'est une des critiques que l'on fait souvent aux partis politiques : une fois adhéré dans un parti, nous perdrions notre liberté d'expression. Or si l'on adhère à un parti, c'est d'abord que nous nous retrouvons dans ses idées d'une manière large : c'est que nous avons quelque chose en commun qui nous unit avec les autres membres. On puise ensuite dans cette idéologie commune des idées, pensées, attitudes, puis on se forge nos propres idées, on évolue, influencé que nous sommes par cette mouvance. Est-ce que, pour autant, notre liberté est moindre ?! Bien au contraire : s'engager, se laisser influencer par certaines idées, est indispensable pour pouvoir ensuite les comprendre, les critiquer, voir les dépasser ou en changer. On ne perd pas en liberté, mais au contraire on devient davantage conscient-e de où nous nous situons. De plus, tout est engagement en fin de compte : dès que nous adhérons à un groupe, fréquentons telle ou telle population, classe, bref, dès que nous nous socialisons, nous sommes influencés et perdons notre "indépendance".

L'important est de pouvoir s'attacher, de reconnaître notre dépendance envers quelqu'un-e, envers une idée, un mouvement, d'une histoire (et cela nous arrive à toutes et tous, qu'on l'accepte et le conscientise ou non, qu'on le verbalise ou le revendique ou pas), et de parvenir à en prendre assez de distance pour ne pas s'y aliéner, s'y enliser : mais comment le faire si nous n'acceptons pas l'idée même que nous ayons pu être touché, changé, influencé par telle ou telle idée, telle ou telle personne, telle ou telle groupe, mouvement, etc. ?

L'important est de reconnaître nos dépendances, nos influences, nos faiblesses : c'est davantage elles qui nous fondent - que nos forces, croyances, objectifs, envies et que sais-je encore...

L'idéologie libérale est justement cette prétention que nous ne devrions rien à personne, que notre Liberté serait totale. Elle se fait l'image d'un être humain totalement libre, d'une économie totalement libre, qui serait extraite de toute condition, influence, bref, de toute humanité : seul règnerait un marché totalement libéré de toute influence (il n'y aurait plus de lobby, plus de possédants, plus de possédés, bref, l'idéal d'une liberté chimérique) : les humains seraient auto-suffisants, n'appartiendraient à aucun groupe ou seraient leur propre groupe, leur propre référence. Aucune dépendance envers autrui : seul mon mérite serait la cause de ma réussite (ou de mon échec) : on retrouve l'idéologie protestante méritocratique qui a fait fleurir le capitalisme et nos économies avec l'idée qu'il faut travailler dur pour mériter son salut (économique et religieux) afin de recruter une main d’œuvre corvéable à merci.

La méritocratie fait donc de nous des gens bien peu préoccupés d'autrui, des "individus méritocratiques" : puisqu'elle crée des humains déconnectés des autres, in-dépendants, incapables de dépendre d'autrui, de reconnaître combien ils doivent à tel ou tel personnage, telle ou telle idée, tel ou tel mouvement, tel parent, tel-le ami-e, tel-le voisin-e, etc. Elle nous pousse à croire que le responsable de notre mal-être, c'est justement ce voisin différent. Mais le vrai malaise est au-dedans de nous : c'est cette chimère prométhéenne qui nous persuade d'être nos propres concepteurs, nos propres créateurs.

Mais qui sait, demain c'est nous qui serons cet étranger, refoulé, sans terre d'asile, et gazé dans un camion...

Mais sommes-nous capables d'imaginer que cette horreur peut arriver demain à notre porte, qu'elle est arrivée il y a à peine plus de 50 ans en Europe, qu'elle arrive aujourd'hui en Tanzanie à cause de nous, et que cela dépend de nous pour qu'elle se reproduise ou pas ?

On préfère imaginer qu'on ne doit rien à personne, que personne ne nous doit rien, et vivre notre vie ainsi. Ce n'est pas la liberté, c'est l'esclavage. Se croire libre est la plus grande des illusions, la plus dangereuse des dérives. Mieux vaut prendre conscience de nos dépendances et de nos faiblesses : elles nous préserverons de la tentation de la toute-puissance et de l'individualisme roi.

Et n'oublions pas ce proverbe africain plein de sagesse qui résume beaucoup de chose : "Il faut tout un village pour éduquer un enfant".

06:00 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

21/06/2012

Un projet de Constitution qui divise

Nous apprenons aujourd'hui que le MCG a dit non au projet de Constitution. C'est donc un sacré coup sur la tête de celles et ceux (à droite comme à gauche) qui ont cédé au chantage des populistes et de l'extrême droite : MCG et (bientôt) UDC vont refuser un projet qu'on a ficelé en dernière instance exprès pour eux - en boutant hors du projet l'éligibilité communale des étrangers (voir mon blog sur la question).

Ce projet de nouvelle Constitution semble donc diviser plus que jamais, malgré les volontés de celles et ceux qui étaient prêt-e-s à toutes les compromissions pour mieux rassembler.

Ci-dessous, je reproduis ma prise de parole lors de l'Assemblée Générale des Vert-e-s genevois-e-s quant à la prise de position sur le projet de nouvelle Constitution genevoise. Elle n'a pas suffi, et les Vert-e-s se sont prononcé-e-s lundi 18 juin pour le projet de Constitution à 45 voix contre 11, et 4 abstentions.

- Une première raison de refuser le projet de constitution : l'échec de l'éligibilité des étrangers... qui est tout simplement honteux ! S'engager dans un processus de refonte de la Constitution, doit rimer avec avancées en matière de droits politiques notamment : c'est pour cela que les Vert-e-s avaient accepté de rentrer dans ce processus. Il faut désormais en tirer les conséquences.
La question des droits politiques des étrangers est devenue centrale dans le débat et le processus autour de la Constituante, puisque cette question faisait partie des convergences : l'éligibilité des étrangers a été cédée - alors qu'elle bénéficiait du soutien d'une large majorité républicaine, dépassant les frontières gauche-droite (les Radicaux Ouverture l'avaient même inscrits dans leur programme). Elle a été cédée, cette maigre avancée, contre l'article sur l'imposition sur le lieu de domicile. La question des droits politiques des étrangers a donc été mise en balance avec des questions fiscales...c'est tout simplement scandaleux.
Mais personne n'est dupe : si cette question des droits politiques a été sabrée, c'est bien pour contenter l'extrême droite (UDC) et les populistes du MCG. Mauvais calcul : l'UDC a finalement dit NON au projet. Comme quoi, vouloir rallier la droite extrême ne fut pas un bon calcul.
Par ailleurs, la Constitution vaudoise révisée il y a peu, a inclus le droit d'éligibilité des étrangers, ce qui n'a pas empêché le texte d'être plébiscité par le peuple. La Genève internationale et son canton, qui défendent les questions d'intégration et d'ouverture sur le monde, seraient très peu avisés de consacrer l'immobilisme et de continuer d'exclure 40% de la population et 26% du corps électoral du canton en les privant du droit d'éligibilité communal et des droits de vote et d'éligibilité cantonal.
Il ne faut pas confondre consensus et compromission. Les Verts défendent les minorités, c'est même la diversité qui est une de leur valeur fondamentale.

- Ce nouveau texte consacre (article 112) la possibilité pour le Conseil d'Etat de « solliciter l'appui de l'armée, d'autres services fédéraux ou d'autres cantons à des fins civiles » (sic !). Cela, alors que l'armée n'est mentionnée nommément dans aucune constitution cantonale. Et la Constitution suisse garanti la séparation des tâches de sécurité intérieure et extérieure, en limitant grandement l'usage de l'armée pour des tâches civiles. On se rappelle, à Genève, des massacres de novembre 1932... Et on se pose la question : quelle est l'intention des constituant-e-s en garantissant la possibilité de faire appel à l'armée à l'intérieur en tout temps à des fins civiles non précises ? C'est un véritable danger pour la démocratie et les libertés pour une Genève qui est anti-militariste (la votation 1989 pour la suppression de l'armée avait vu le canton dire massivement OUI), qui a vocation de cité de la Paix et du droit humanitaire. Et les Verts sont un parti qui défend le pacifisme et dénonce les luttes armées. Soyons donc cohérent-e-s !

- Autre problème : le projet de constitution ne prévoit pas de mesures de prévention des violences parmi les tâches de l'Etat.

- Il ne fait pas mention de l'économie sociale et solidaire,
- ni de la souveraineté alimentaire,
- encore moins d'objectifs concrets de diminution des gaz à effet de serre,
- pas de garantie de l'exercice des droits syndicaux sur le lieu de travail : les syndicats ayant s'étant d'ailleurs prononcés tous contre ce projet de constitution.
- Il ne dit rien non plus sur une politique donnant la priorité aux réductions de la consommation énergétique et aux moyens de se passer du nucléaire
- Il propose même un chèque en blanc à la complémentarité des transports publics et privés, et donc on le sait, à la priorité donnée à la voiture. C'est tout le contraire que les Vert-e-s doivent soutenir, avec une politique prononcée en faveur des transports collectifs

- Pire, ce projet aggrave la situation actuelle ! L'augmentation du nombre de signatures nécessaires pour un référendum ou une initiative : en effet, puisque le nouveau projet définit ce nombre en pourcentage d'électeurs, on va vers une augmentation future et constante de ce nombre de signatures... alors qu'on sait que Genève est déjà dans le trio de tête en Suisse quant au nombre de signatures... Et qu'on sait aussi que le Grand Conseil est majoritairement à droite, et que le recourt aux outils de la démocratie directe est un moyen de résistance indispensable...

Finalement, on observe encore dans le projet de constitution, dans les principes des activités de l'Etat, qu'il est précisé que « l'Etat agit au service de la collectivité en complément de l'initiative privée et de la responsabilité individuelle » (art 9,1)

Ce n'est donc rien d'autre qu'un projet néo-libéral de Constitution... auquel il faut clairement s'opposer !

 

 

14:35 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : constituante, mcg, exclusion, étrangers |  Facebook | | | |