12/09/2013

Débat sur le revenu de base dans "L'Invité" de la Tribune

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Ci-dessous, retrouvez le débat d'opinion dans la rubrique "L'Invité" du journal La Tribune de Genève du 12 septembre, entre Julien Cart & Lionel Ricou, sur le Revenu de base inconditionnel.

Précision préalable pour Lionel Ricou : merci pour le débat mais l'idée selon laquelle "aucune aide sociale ne pourra être perçue en plus du revenu de base", est simplement erronée - même economiesuisse en convient avec les initiants : "L’AVS pourrait donc être totalement supprimée. Le tableau est tout autre pour l’AI. Il serait certes possible de remplacer les rentes par le revenu de base, mais les autres prestations de l’AI telles que les allocations pour impotents, les mesures médicales et autres coûts des mesures individuelles devraient être maintenues." ("Revenu de base inconditionnel ? Malheureusement, non", Page 2).


Un revenu garanti pour tous


Julien Cart le 11.09.2013 à 17:48

Tout d’abord, signalons que la Suisse sera le premier peuple à se positionner sur l’instauration d’un revenu inconditionnel. Dans l’intitulé de l’initiative, aucun montant n’est avancé, ni son mode de financement abordé. Seule certitude: ce revenu garantira à chacun «de mener une existence digne et de participer à la vie publique». Avec un montant de 2500fr. par adulte et par mois, et 635fr. pour un mineur, on arrive à un coût total de 200 milliards par an. Or seule une petite partie de cette somme reste à financer, car la plus grande partie est réaffectée au financement du RBI sans changer les dépenses de l’Etat: si economiesuisse mentionne le fait que le revenu de base se substitue – en partie – à certaines prestations sociales (60 milliards), le lobby oublie de dire qu’il se substitue aussi à une part des revenus d’activité (110 milliards de fr.). Pour financer les 30 milliards restant, plusieurs solutions sont possibles, et cumulables: relèvement du taux d’imposition sur les personnes physiques, augmentation de la TVA, un impôt écologique, une taxe sur la valeur ajoutée des entreprises.

Mais demandons-nous à qui ce revenu va profiter. Avant tout, aux personnes travaillant sans rémunération (famille, bénévolat, associations, formation). Une étude de l’Institut de l’ONU pour le développement social indique que le volume du travail non rémunéré lié au Care représentait en 2004, 8500 millions d’heures, celui du travail rémunéré 7000 millions. Le travail non rémunéré dépasse de 20% le travail rémunéré! Les femmes profiteront de ce revenu, elles qui continuent d’accomplir dans l’ombre la majorité de ce travail indispensable à la création de valeur. Ce revenu bénéficiera aux personnes invalides, ne pouvant reprendre une petite activité au risque de perdre leur rente, ce qui sera possible désormais. Les personnes à l’aide sociale, elles, ne seront plus stigmatisées mais reconnues à part entière. Les employés pourront gérer à leur avantage la négociation de leurs conditions de travail, refusant un emploi précaire ou ennuyeux. Les maladies du travail, fléau social, diminueront, comme les coûts de la santé. Les emplois dangereux, physiquement difficiles, verront leurs conditions s’améliorer sans quoi personne ne voudra les faire.

Ce revenu garanti permettra, enfin, à un plus grand nombre de personnes de développer des PME en faisant vivre l’économie locale, car un socle de sécurité existera afin de pallier les risques de telles entreprises. Enfin, il profitera à tous: en ces temps de crises durables, qui peut être certain de ne pas se retrouver sur le carreau? Non seulement nous avons l’assurance de ne plus être à la rue, mais encore de pouvoir choisir un travail qui nous émancipe, sans plus devoir accepter n’importe quoi pour subvenir à nos besoins.

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Survivre à Genève avec si peu?

Lionel Ricou le 11.09.2013 à 17:48

Nous avons eu le grand bonheur de ferrailler longuement le 1er août dernier avec des partisans de l’initiative pour un revenu de base inconditionnel. Son comité avait annoncé le même jour qu’elle avait déjà recueilli 130000 signatures. La votation pourrait avoir lieu en 2015. Cette proposition qui s’inscrit dans le droit fil du slogan communiste «De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins» soulève de nombreuses questions. La première, et non la moindre, est celle du montant de ce revenu.

Nous avons eu le grand bonheur de ferrailler longuement le 1er août dernier avec des partisans de l’initiative pour un revenu de base inconditionnel. Son comité avait annoncé le même jour qu’elle avait déjà recueilli 130000 signatures. La votation pourrait avoir lieu en 2015.

Cette proposition qui s’inscrit dans le droit fil du slogan communiste «De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins» soulève de nombreuses questions. La première, et non la moindre, est celle du montant de ce revenu.

Ses auteurs le fixent le plus arbitrairement du monde à 2500fr. par mois. Un chiffre inférieur de 1500fr. à celui défendu par les syndicats via leur initiative pour un salaire minimum en discussion au Parlement. Aucune aide sociale ne pourrait être perçue en supplément à ce revenu de base. Si ce montant peut être suffisant pour survivre dans des régions périphériques, il ne permet pas de mener une vie digne – objectif recherché par l’initiative – en milieu urbain comme à Genève où le coût de la vie est notoirement plus élevé. Les primes moyennes de l’assurance maladie sont, par exemple, près de 60% supérieures dans notre canton par rapport à celles d’Appenzell Rhodes-Intérieures.

En désolidarisant le revenu du travail, cette mesure s’adresserait en particulier aux personnes confrontées à un chômage de longue durée. L’objectif est louable, mais ne répond pas aux attentes des personnes concernées qui souhaitent très majoritairement réintégrer le marché du travail et non en être définitivement exclues.

Tout en comprenant la portée utopique d’une telle proposition, nous ne pouvons pas pour autant éluder la question de son coût. Economiesuisse le chiffre à la bagatelle de 200 milliards par année. 60 milliards seraient couverts par le montant correspondant à la totalité des prestations sociales actuellement délivrées. Reste un trou de 140 milliards à combler, soit près de deux fois et demie le budget annuel de la Confédération. Il faudrait multiplier par six notre taxe sur la consommation pour le financer. Qui veut une TVA à 50%? Pas plus les consommateurs que les milieux économiques ou les représentants des travailleurs.

Enfin, à court d’arguments, ses partisans voulaient nous convaincre qu’une telle initiative a au moins le mérite de «susciter le débat». Comme si nous ne débattions pas suffisamment de politique salariale en Suisse! On se demande sur quelle planète étaient nos doux rêveurs lors de la votation en mars sur l’initiative Minder sur les rémunérations abusives. Espérons qu’ils seront revenus sur terre d’ici le 24 novembre prochain pour combattre l’initiative «1:12» qui renforce le lien entre le revenu et le travail en liant les salaires entre eux!

* Candidat PDC au Grand Conseil"

Le pdf du débat à partager :https://www.dropbox.com/s/g5ckcfinohplobp/Revenu%20de%20b...

11:12 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |