07/01/2013

Ma lettre de démission des Verts

A qui de droit

                                                                                                      Genève, le 7 janvier 2013


Ma lettre de démission des Verts

 

Chères Vertes, chers Verts,

Par la présente, je tiens à vous faire part de ma volonté de démissionner des Verts. Si l’on s’attarde sur la définition du mot « démissionner », on apprend qu’il s’agit « d’abdiquer devant une trop grande difficulté », de « renoncer » ou encore, d’« abandonner ». Etymologiquement on apprend pourtant que le terme « démission » vient de « renonciation ». Il s’agit donc bien de cela. Je renonce désormais à m’engager au sein du parti des Verts, pour les raisons qui vont suivre.

En arrivant à Genève il y a environ 5 ans, je m’étais engagé dans ce parti afin de défendre les valeurs Vertes de l’écologie politique, soit la critique du productivisme et du consumérisme, donc une remise en question du modèle capitaliste basé sur l'idée de croissance et de profit en vue d’une réappropriation de nos existence, d’un partage plus équilibré des richesses, et du respect des limites de la planète.

Or à l’aube de 2013 je me dois le constat suivant : pour défendre ces valeurs, il vaut mieux pour moi renoncer à militer au sein d’un parti qui, comme à Genève, préfère mener ses réformes à l’intérieur du capitalisme, avec des mesures qui se révèlent soit anti-sociales , soit anti-écologiques (pour mémoire, en mars 2010, le soutien à la loi modifiant la loi sur l’énergie qui enrichissait les propriétaires ; en septembre 2009 un OUI à la baisse d’impôt pour « relancer la consommation », etc.).

Lors de ces votations, et comme cela a été le cas lors de beaucoup de scrutins par la suite, les Verts genevois ont eu une large responsabilité quant au résultat issu des urnes, qui prétéritait la planète autant que les personnes défavorisées de notre société. L’exemple du vote sur la nouvelle Constitution genevoise est symptomatique du manque de responsabilité du parti et de son inconséquence : la volonté de ne pas aller à l’encontre des individualités vertes qui ont accouché d’un texte socialement et écologiquement dangereux, a primé sur les valeurs et le débat interne.

L’intelligentsia qui règne sur le parti a, une fois de plus, muselé tout débat. Cette dernière s’est même sentie autorisée à pousser l’injure jusqu’à organiser une campagne post-constitution sous forme de « service après-vente » (sic !) tout simplement abjecte, où elle tente de se rattraper en défendant notamment un projet de loi perdu d’avance pour les droits politiques des étrangers au niveau cantonal, alors même qu’elle nous a sommés d’accepter une Constitution sans éligibilité communale comme exigé par les partis d’extrême-droite. Et cela sans prendre le temps de consulter les personnes qui ont lutté pour ces droits au sein de la société civile. Tant d’arrogance est tout simplement honteux.

Renoncement donc, pour ma part, à me battre dans un parti où les dés sont pipés d’avance et où les individualités ont remplacé tout débat à l’interne, toute stimulation idéologique, préférant défendre en bons pragmatiques l'économie de marché, étalant partout (et avant tout dans la presse) leurs compromis, souvent chèrement acquis avec la droite. Le dernier en date est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, puisqu’il s’attaque au dernier bastion des Verts, soit nos valeurs liées à l’accueil des migrants. Annoncé à Tamedia avant que la base ne puisse en débattre, pour servir la visibilité d’un seul en campagne, il est l’énième preuve d’un parti qui tangue, perdant toujours un peu plus son âme. Il est temps donc de quitter le bateau avant le naufrage final.

A des années lumières donc des valeurs Vertes, embourbé dans un tel magma devenu tout à fait illisible autant pour le simple membre que pour ses électrices et électeurs habituel-le-s, le parti des Verts genevois marche droit vers de prochaines déconfitures, qui, souhaitons-le lui, l’obligera cette fois à faire un aggiornamento afin de reconstruire un lieu où s’affronteront non plus des individus mais des idées.

Je terminerai en ayant une pensée particulière pour toutes et tous les membres des Verts qui militent avec leur cœur et leurs valeurs au sein de ce parti (et ils-elles sont nombreuses et nombreux), et qui bien souvent ne sont pas écouté-e-s à leur juste mesure, et avec qui j’ai pu me lier d’amitié, en menant un combat que je ne regrette bien sûr pas, et qui continuera désormais sous d’autres formes.

                                                                                                                                                               Julien Cart

10:20 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Commentaires

Je suis à deeux doigt de vous dire bravo mais comme sans doute devez vous être désilluionné je ne remuerai pas le couteau dans la plaie
Quand ce parti aura compris qu'on ne peut lutter contre une évidence comme celle ci prise en exemple il y en a d'autres ,donner à manger a tout le monde en ayant moins de terrains agricoles et en favorisant la culture bio.
Comment voulez vous que Monsanto ne prenne pas le relais ? on ne peut laisser en friche 7 ans une terre agricole pour ensuite prétendre à une alimentation Bio.
De la part des Verts c'était aller à contre- courant.Il faut bien une culture intensive pour nourrir l'appétit grandissant des européens qui vont visiter d'autres pays mais veulent ensuite continuer de manger ce qu'ils ont apprécié ailleurs
C'est à chacun qu'il appartient de savoir ce qui est bon ou mauvais pour lui.Surtout en Suisse on nous a assez bassiné dès l'enfantine qu'il ne fallait pas manger ceci ou cela tandis que les classe plus privilégiées s'en mettaient plein la vue.La Suisse a connu des couleuvres bien difficiles à avaler mais maintenant c'est fini le temps écoulé à permi de faire le point et aura éclairé de nombreux adeptes qui au fil du temps auront comme les super croyants de nombreuses religions appris à relativiser
Pour en revenir aux terres en friche on comprend mieux l'engouement de certains a vouloir de plus en plus de parcs nationaux c'est dans le but de s'octroyer des terres agricoles encore sans engrais c'est l'unique raison mais faut pas exagérer surtout en voyant les nombreux divorces qui eux ne sont pas Bio du tout
bon courage pour vous

Écrit par : lovsmeralda | 07/01/2013

....Mais ne démissionnez pas de votre blog please!

Écrit par : NIN.À.MAH | 07/01/2013

Bravo pour avoir mis les pieds dans la plat. J'espère que cette démission fera bouger les lignes, car comme toi, je lutte contre le productivisme et le capitalisme vecteur d'inégalité et de destruction de l'environnement.

Le combat que les verts mènent est difficile à cerner pour 2 choses. La première, c'est que la notion d'écologie évolue, la deuxième, c'est qu'il y a une récupération de l'environnement par les capitalismes et productivismes dans ce qu'on appelle le "greenwashing".

Deux exemples : le premier est la maison passive qui peut être une bonne idée à première vue mais si on regarde de plus près, est une excuse pour continuer le mitage, l'expansion urbaine et peut à la fin avoir une conséquence plus que désastreuse sur l'environnement par la quantité énorme d'énergie grise pour construire ce type de maison.

Le deuxième exemple que je prends est la nouvelle ligne ferroviaire Lyon Turin. Cette ligne a longtemps été souhaitée par les verts eux mêmes. Pour eux, c'était du train donc écologique. Sans se poser la question du report modal sur la ligne existante, sans se poser la question de l'energie grise de se projet impossible à amortir, et des coûts d'un tel projet qui a des conséquences sur les budgets sociaux et sur l'endettement du pays.

Ce que je veux dire, c'est que nos idées ne sont pas "fixes", elle évoluent car une bonne idée, par exemple, l'isolation des bâtiments peut être mal utilisée. L'autre exemple qui a fait polémique est aussi le barrage de Varambon sur le Rhône qui est du pur "greenwashing".

Pour faire évoluer les choses, je pense qu'il est nécessaire de faire parti de la structure. C'est en faisant parti d'EELV que ce parti, d'abord favorable est devenu défavorable au Lyon Turin.

Ce n'a pas été facile. J'ai dû convaincre un à un, les militants d'EELV et c'était d'autant plus difficile que je ne suis rien ; donc que j'ai dû démontrer source à l'appuie avec des chiffres, flux, trafic, etc...

Et que j'avais en face de moi des élus et tout un parti qui avaient des accords avec le PS et donc perdaient beaucoup juste sur ce projet.

D'idéaliste au départ, je suis devenu pragmatique. J'ai eu plusieurs fois envie de partir. Mais en parallèle, j'ai commencé un travail beaucoup plus profond. Des élus m'ont écoutés et appuyés (comme Noel Communod, qui a été présent avec les "no tav" -comme a la manif du 3 décembre à Lyon qui a montré que la france n'avait rien à envier à une république bananière, s'impliquant personnellement, et prenant des risques -politique mais aussi physique-)

Mais aussi, un travail sur la coopération verte transfrontalière qui est entrain de se mettre en place qui a mon avis est très important pour la région (suisse romande et rhône alpes) et qui dans un futur assez proche créera un rapport de force favorable à nos idées surtout dans les prises de décisions qui se font avec d'autres partis. Et entrainerons des décisions moins catastriphques que celle que vous evoquiez plus haut (je l'espère).

Mais pour cela, il faut des rapports de force y compris au sein même du parti qui va de l'aile droite et l'aile gauche, ou pluôt de croissance verte et décroissance. Selon où l'on veut que la balance penche.

Mais je l'admets, c'est difficile, surtout dans un contexte où comme en france, le pouvoir au mains du PS (hégémonique, et je t' invite à voir la très intéressante vidéo de gérard Filoche au congrès de Toulouse), et les choses ne changent pas.

Mais je suis plutôt optimiste sur le futur. Dans le fait qu'une mobilisation de personnes est entrain de se mettre en place et que cela fera bouger les lignes (aéroport notre dame des landes pour ce qui est le plus connu mais aussi la mise en place de SEL, de réseaux contre le nucléaire, gaz de schiste, etc...)

Aussi un autre point, je pense que tu es en avance sur les idées (tu es un avant gardiste). Les gens, y compris ceux du parti vert, ont besoin de temps pour "digérer" les idées et se les approprier. De plus en général, les gens sont timorés et plutôt moutonniers.

Un de notre travail, au sein de parti, c'est de redonner confiance aux gens, de leur dire que le changement est possible, que certaines idées sont réalisable. Je me bats par exemple pour le "revenu universelle de base" et je pense qu'il est possible de le mettre en place rapidement dans nos pays y compris avec la situation économique actuelle. On a simplement besoin d'une volonté politique. (et de mon coté, j'ai convaincu des centristes, des PS et des communistes).

En tous cas, que tu sois dans les verts ou pas, je soutiens ton combat.

Écrit par : emmanuel coux | 07/01/2013

Une belle manifestation de courage et de refus de la compromission en tout cas.
Bon vent pour la suite.
Pierre Gauthier

Écrit par : pierre gauthier | 07/01/2013

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