19/07/2011

Ecole le mercredi matin : NON à la semaine de 60 heures dès 8 ans !

Nous apprenons ce matin que le référendum contre le projet de loi sur l'horaire scolaire a abouti à un «non» massif contre l’école le mercredi matin : très beau résultat donc, où pas moins de 18'000 genevoises et genevois ont montré ne pas être prêt-e-s à abandonner leurs enfants aux sirènes sarkosystes du "travailler plus pour vivre moins", et préférer la touche qualitative à celle quantitative : il faut en effet donner plus de moyens pour développer la qualité de l'enseignement, avec des classes plus petites et davantage d'enseignant-e-s, et non pas offrir un chèque en blanc à une augmentation quantitative qui ne fera que prétériter les élèves ayant besoin de plus d'attention.

Celles et ceux qui essayent de nous vendre ce projet du DIP, PLR en tête, collectionnent en fait les faux arguments, soit donc la désinformation. Ils prétendent que Genève a moins d'heures d'enseignement que les cantons de Neuchâtel ou du Jura, or c'est faux. Autre argument fallacieux, HarmoS imposerait une augmentation de l'horaire. Or c'est faux. Enfin, les résultats PISA pour Genève en tenant compte de la proportion d'élèves allophones et de classes hétérogènes, sont mêmes fort probants.

Bref, la posture des tenants du travailler plus pour gagner (en l'occurrence ici apprendre) moins, dès l'enfance, repose sur trop d'arguments inexacts avancés : il faut clairement augmenter les moyens, pas l'horaire. Croire qu'en augmentant cet horaire cela permettra de dépasser les résultats des autres cantons est aussi naïf que désolant. Une fois de plus avec cette mesure libérale, les enfants en difficultés en pâtiront, et c'est bien là le problème ! Car que signifie en fait cet allongement de l'horaire si ce n'est la perspective d'avoir moins d'enseignant-e-s, et plus d'élèves par classe ?! En effet seuls 120 postes seront créés, couvrant à peine les 4 périodes qui seront créées... Cela ne permet donc pas d’améliorer le taux d’encadrement des élèves, comme l'explique bien Laurent Vité, président de la Société pédagogique genevoise, pour qui l’école le mercredi matin est "une réforme qui va pénaliser les élèves". Et qui plus est, comme d'habitude, ce sont les plus fragiles d'entre eux qui vont devoir casquer au nom de l'augmentation de l'horaire... pendant que les plus doués s'en sortiront toujours mieux. En effet, il faut savoir qu'avec cette réforme, nous allons vers la suppression partielle des périodes de coenseignement (il s'agit de classes où un maître spécialiste intervient dans la classe d’un enseignant, ce qui permet de donner plus d'attention aux élèves en difficulté) pour récupérer des postes... Et oui, une réforme libérale et méritocratique, on vous le disait.

C'est donc à travers des projets sérieux en matière de redotation d'enseignants (pas d'horaire!) par classe dès le plus jeune âge, et en abaissant la moyenne d'élèves par classe, que l'on permettra aux élèves des parents les plus défavorisés d'obtenir eux aussi de bons résultats : il est illusoire de ne serait-ce qu'imaginer changer un système qui les prétérite déjà en augmentant l'horaire : malheureusement l'idéologie néo-libérale du plus équivalent au mieux a montré qu'elle n'a pour conséquence que de laisser de côté celles et ceux qui ont besoin de plus d'attention pour se développer.

Enfin, il faut dire non à cette augmentation d'horaire pour maintenir une qualité de vie pour les parents autant que pour les enfants, il y a une vie en dehors de l'école, c'est même là, dans la nature, qu'on apprend et expérimente toute une série de choses : déjà les genevois-e-s ont voté pour l'accueil à journée continue (7h-18h !) : que désirerons-nous ensuite pour nos enfants, travailler 7 jours sur 7 ? comme dans la chanson de Renaud "Papa c'est quand qu'on va où ?" et la semaine de 60 heures cartables au dos ? Non, nous désirons une école de l'émancipation, pas de la soumission au quantitatif !

Le mercredi congé, c'est encore ce qu'il reste d'humain dans une société gagnée par la compétition, la sélection et la surconsommation. Ne le sacrifions pas sur l'autel du quantitatif et du productivisme.


Les Jeunes Vert-e-s Genève proposent dans leur programme pour Berne (à découvrir ici) une baisse drastique du temps de travail (semaine de 4 jours, pas plus de 8 heures par jour). Ce n'est pas pour compenser sur le dos des enfants. Cette augmentation d'horaire est donc anti-pédagogique, il faut sortir de cette idéologie du "plus équivaut à mieux", ce dès l'enfance. Décolonisons notre imaginaire !

16:47 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : école, pédagogie, mercredi matin, travail |  Facebook | | | |