29/05/2011

Le procès DSK : révélateur de l'inconscient machiste et raciste des dominants

Personne ne sait encore si Dominique Strauss-Kahn est effectivement coupable des faits présumés de viol et d'agression sexuelle pour lesquels il est poursuivi. Rien pourtant ne dit qu'il est innocent.

On savait que DSK avait des problèmes avec les femmes (les femmes journalistes et secrétaires n'osaient plus demeurer seules avec lui), il a frôlé plusieurs fois le harcèlement, et une plainte de viol a été étouffée contre lui au sein du PS, et par le monde journalistique - sauf un journaliste de Libé, Jean Quatremer, en 2007, qui a été censuré par son journal et a dû publier l'info sur son blog et qui osait le mot "harcèlement". Blog sans suite, qui ne provoqua aucune enquête poussée de journalistes dont certains s'excusèrent de leur lâcheté sur les plateaux TV en plein procès DSK (le rédacteur en chef de Libé, Laurent Joffrin en tête).

Force est de constater que la classe politico-médiatique s'est montrée, dans cette affaire, totalement indifférente à la victime, s'empressant de protéger DSK et prompte à dénoncer le puritanisme amécirain pour évacuer les rapports de forces dans la politique et le pouvoir en général.

Les phrases des personnalités françaises (à lire leurs citations ci-dessous dans un petit "florilège") étaient simplement odieuses envers toutes les victimes de viol, tant le vécu de la présumée victime a été annihilé. Et tant on n'imagine pas qu'un puissant puisse devenir violeur. Il est temps que cette connivence soit dénoncée, et que les femmes qui sont victimes de viols soient soutenues pour porter plainte (ce qui est très difficile et rarement le cas) et que nous améliorions en Europe notre arsenal juridique notamment pour se prémunir du harcèlement sur les lieux de travail qui sont encore monnaie courante.

Affaire-DSK-les-feministes-montent-au-creneau-et-denoncent-le-sexisme_reference.jpgPour ce faire, signons l'appel d'Osez le féminisme, de La Barbe et Paroles de Femmes intitulé "Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent". Sur ce lien, à signer aussi la pétition des féministes américaines : "souvent ceux qui font partie de l'élite du pouvoir partent du principe que leur influence l'emportera sur la protection juridique et la liberté de disposer de soi dont toutes les femmes doivent bénéficier. Les féministes du monde entier exigent que justice soit faite."

On a parlé, dans l'affaire DSK, de libertinage ou de séducteur, d'un homme qui aime les femmes, ou j'en passe. Oubliant que le viol est considéré comme un crime, ici ou aux USA, et relève donc du droit pénal. On oublie donc de préciser que DSK est accusé de 7 chefs d'accusation, à savoir : «Acte sexuel criminel au premier degré», «Tentative de viol au premier degré», «Agression sexuelle au premier degré», «Emprisonnement illégal au second degré», «Attouchements non consentis», «Agression sexuelle au troisième degré».

La classe politico-médiatique a pris parti pour DSK, et a minimisé l'acte présupposément commis, au nom de la protection du privé, de la critique du puritanisme américain et de la banalisation du sexisme, du viol et plus généralement du patriarcat qui règnent dans les hautes sphères du pouvoir.

C'est bien d'un crime dont est accusé DSK. Le relier au puritanisme est donc bien un révélateur symbolique. Qu'il ait été commis aux USA ou en France, cela ne change rien à la gravité de cet acte s'il est confirmé par la justice.

Donc toute cette affaire a en effet révélé tout un large spectre du fort inconscient patriarcal qui demeure dans nos sociétés, et qui est a lié avec le spectre tout aussi fort et inconscient du racisme de classe, sachant que la victime supposée est Noire, femme de chambre : machisme, racisme et capitalisme néo-impérialiste vont donc de paire et révèlent ce que la société française a longtemps caché, c'est donc un procès qui aura révélé beaucoup de chose au niveau symbolique, de la capacité du système à défendre les puissants et les valeurs les plus nauséabondes sur lesquelles il repose.

Petits florilèges de propos d'hommes blancs et puissants que nous avons entendu :

- J-F Kahn avec son "troussage de domestique" remet en vigueur le de droit de cuissage à la française. Il démissionnera ensuite, honteux du racisme de classe couplé au machisme que recelait sa phrase : logique, après avoir usé du cliché de la «domestique» prête à se faire «trousser» à tout moment par son maître: 

«Je suis certain qu'il n'y a pas eu tentative violente de viol, je ne crois pas à ça, je connais le personnage, je ne pense pas. Qu'il y ait eu une imprudence on peut pas le... (rires), j'sais pas comment dire, un troussage... Qu'il y ait un troussage de domestique, enfin, je veux dire, ce qui n'est pas bien, mais, voilà, c'est une impression.»

"une tentative violente de viol" !!! Un viol qui ne serait pas violent ?!! Quelle honte, lorsqu'on est qui plus est un personnage important comme lui, d'osez dire des choses pareilles en prime time ! Seul courage, il a compris la folie de ses propos et a démissionné. Et les autres ?!!

- En Suisse, on fait pas mieux, avec l'avocat genevois Marc Bonnant, sur la RTS, qui a utilisé la même image que JFK :

«Si cet homme-là ne se rend pas compte que de trousser des chambrières au Sofitel de Washington ou d'ailleurs peut l'exposer, c'est que quelque chose s'est altéré dans sa conscience, ça relèverait de la pathologie.»

Conception selon laquelle le violeur doit forcément avoir un problème pathologique, et DSK par sa position en est exempt, ou alors il faut l'excuser, c'est pathologique...

Mais Bonnant continue et dénonce la «pudibonderie» des Américains: «Comme vous le savez, ils n'ont pas le sens de l'humour, les signes de vitalité de l'homme sont considérés comme autant de péchés, la femme y est sacralisée et sa parole de victime considérée comme une parole révélée.»

- Jack Lang assure qu'il n'y a pas mort d'homme... certes, on est sauvé alors... :S «Ne pas libérer, alors qu'il n'y a pas mort d'homme, (...) quelqu'un qui verse une caution importante, ça ne se fait pratiquement jamais.»

- Jean-Marie Le Guen, membre de la garde rapprochée de DSK, explique que la victime a dû avoir des «hallucinations», «rien de ce qui est reproché à Dominique Strauss Kahn n'est crédible»....

Alors que les USA faisaient normalement leur procédure judiciaire, nous avons entendu des phrases telles que :

- Robert Badinter : une «mise à mort médiatique».

- L'éditorialiste au Nouvel Observateur, Jean Daniel : «Les Américains ne font pas partie de la même civilisation»

- Jean-Pierre Chevènement : «C'est comme ça qu'a commencé l'affaire Dreyfus!»

- On a même parlé d'un «complot international», de la bouche de la républicaine Michèle Sabban, vice-présidente du conseil régional d'Ile-de-France.

- Cette idée de complot a été partagée par le PS, qui cherchait une explication valable pour innocenter son candidat, et d'autres tels que Bernard Tapie, Christine Boutin, l'ex-UMP Dominique Paillé...

- Toujours dans théorie du complot, Claude Bartolone, explique que c'est un coup des Russes, ennemis jurés de DSK au FMI... 

- DSK victime donc : «Tout le monde sait que Dominique Strauss-Kahn est un libertin, qui se distingue de biens d'autres, par une propension à ne pas le cacher (...) Du coup, il y est aisé d'y piéger une personnalité aussi peu résistante aux attraits de la gente féminine que Dominique Strauss-Kahn.» explique le vice-président PS du conseil général de la Gironde, Gilles Savary...

- La palme revenant à BHL «Ce que je sais c'est que rien, aucune loi au monde, ne devrait permettre qu'une autre femme, sa femme, admirable d'amour et de courage, soit, elle aussi, exposée aux salaceries d'une Opinion ivre de storytelling et d'on ne sait quelle obscure vengeance (...) Le Strauss-Kahn que je connais, le Strauss-Kahn dont je suis l'ami depuis vingt-cinq ans et dont je resterai l'ami, ne ressemble pas au monstre, à la bête insatiable et maléfique, à l'homme des cavernes, que l'on nous décrit désormais un peu partout : séducteur, sûrement ; charmeur, ami des femmes et, d'abord, de la sienne, naturellement ; mais ce personnage brutal et violent, cet animal sauvage, ce primate, bien évidemment non, c'est absurde.»

On appréciera le "ami des femmes et, d'abord, de la sienne" :-) mignon.

- Tout aussi grave, l'idée (alors qu'en France 75'000 femmes sont violées chaque année, par des inconnus mais aussi par leur conjoint...) que le viol ou les violences domestiques devraient être considérés comme appartenant à la sphère privée : au micro de France Culture, l'éditorialiste Alain-Gérard Slama se désole :

«Dans les sociétés contemporaines, la Martine de Molière ne pourrait plus dire: "Il me plaît d'être battue", il n'y aurait plus personne pour l'entendre. Je ne dis pas que je le regrette, mais j'observe. Autrement dit les scènes de ménage, les crises domestiques sont de moins en mois considérées comme des affaires d'ordre privé, je ne juge pas, je ne pense pas à l'affaire DSK en disant ça, mais j'observe une situation.»

On finira avec Benoît Rayski, s'exprimant sur Atlantico sur "la virilité de nos présidents et présidentiables" :

«Le pouvoir, on le sait, rend (pas toujours certes) fou, écrit l'auteur. Mais on sait moins que le sentiment de puissance qui l'accompagne augmente dans des proportions non négligeables la puissance masculine des détenteurs de l'autorité. En France, pays où la gaudriole a bonne presse contrairement aux Etats-Unis, ça ne déplaît pas. Bien au contraire.» (...) « Chirac, un gaillard, un homme, un vrai, un hussard», qu'on «imagine culbutant des paysannes sur une meule de foin. Il sait, lui, que les femmes ont besoin d'être un peu bousculées!»

Décidément, il reste du travail pour sortir nos sociétés du machisme et racsime de classe qui les caractérisent.

17:54 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook | | | |

05/05/2011

Replantons des cardons à Plainpalais !

La votation sur le déclassement de la Plaine de l'Aire nous apporte chaque jour son lot de peripéties. Après que les Jeunes Vert-e-s Genève ait lancé les "hostilités" il y a une semaine, en mettant sur pied un stand futuriste afin de montrer à quoi ressemblerait un stand de légumes au marché si d'aventure la Plaine de l’Aire était bétonnée, les esprits s'échauffent. Il y a quelques jours les socialistes nous expliquaient avec entrain leurs douces illusions quant à la construction de logements sociaux accessibles, sur les seulement 30 hectares dévolus au logement (sur 58 déclassés). Cela alors que le nombre de logements à construire n'est pas garanti : ce n'est qu'en septembre 2011 que les plans de quartiers seront discutés et que les choses se décideront - sans votation populaire évidemment et qu'on a déjà vu le nombre de logements baisser dans les projets en cours (Communaux d'Ambilly, La Chapelle les Sciers avec 1'700 logements promis en 2004, puis seulement 1'300 en 2010). Qui plus est, et par un étrange concours de circonstance, à la même période le socialiste et député à la Constituante Thierry Tanquerel expliquait dans son billet que ce déclassement est "un déclassement pour des logements de luxe et des bureaux".

Mais ce matin ce sont les jeunes libéraux-radicaux (ou plutôt ce qu'il en reste... la fusion ne leur a semble-t-il pas permis d'être au moins deux lors de leurs actions dans l'espace public...), accompagnés du président de l'AOC Cardon, qui se sont réunis sur la plaine de Plainpalais pour une action symbolique pour "rappeler qu'autrefois, l'emblématique légume du canton se cultivait au centre-ville". Pour ce(s) "jeune(s)", cela justifierait le sacrifice de terres agricoles au profit de l'agrandissement de la ville. Au contraire, cela ne fait que regretter le temps où l'on pouvait cultiver à même la ville des champs pour nourrir la population. Il faudrait montrer les images de la ville de Détroit aux jeunes libéraux-radicaux, cet ex-fleuron de l'industrie automobile américaine qui a perdu la moitié de sa population depuis les années 1950, vivant de plein fouet le déclin économique. Du fief des constructeurs General Motors, Ford et Chrysler, il ne reste qu'un centre fantôme, des maisons à l’abandon et des quartiers en friche. Pourtant, au fur et à mesure que l’économie et le paysage de Détroit a changé, l’écologie a fait sa place (lire l'article "de l'auto à la ferme"). Petit espoir pour les milliers d’ouvriers licenciés qui pourront se reconvertir dans l'agriculture ? Depuis 2003, Détroit possède plus de 1 200 exploitations agricoles et ce ne sont pas moins de 150 tonnes d'aliments made in Detroit - un quart de la consommation locale - maïs, tomates, salades, concombres ou épinards, qui remplissent chaque année les assiettes des citadines et citadins. Détroit est en train d'inventer une nouvelle ville, formée de petites communautés éparses, autonomes et soudées, avec au centre une agriculture de proximité. Et pendant ce temps, que fait Genève ? Elle va voter pour supprimer 10% de la production de légumes genevois et construire une zone industrielle sur les terres les plus fertiles pour attirer les multinationales, celles-là même qui ont ruiné Détroit. Tout cela avec cet argument massue de Mr. Cardon AOC : "La terre agricole des Cherpines est entourée d'infrastructures, d'autoroutes, elle n'est plus la zone fertile qu'elle était avant" ! On croit rêver... Ce Monsieur oublie de dire qu'actuellement, sur 2 ha cultivés dans ces terres fertiles, ce sont 450 personnes nourries en légumes bio et de saison toute l'année (production du Jardin des Charrotons) et que si le déclassement est prononcé, plus de 10'000 personnes ne pourront plus acheter des produits locaux, frais et de qualité. Sans compter les agriculteurs qui se retrouveront à la case chômage.

Pourtant tout cela tient bien la route. Dans ce vote sur le déclassement, la seule certitude est que nous aurons sur ces 58 ha, 13 ha pour une zone industrielle. Pourquoi faire ? Il existe déjà une zone industrielle, à Plan les Ouates, juste à côté, laquelle est sous-exploitée : il paraîtrait logique de la densifier, pourtant, on en construit une seconde à côté... A cause de la compétition fiscale entre les communes, les cantons, et pour offrir des revenus fiscaux à Confignon en accueillant les sièges d'entreprises étrangères les plus riches possibles (Genève et ses communes tirent des revenus des impôts de grosses entreprises qui viennent s'implanter sur son sol, elles sont attirées par une fiscalité très avantageuse : 100% d'exonération la première année, 90% la 2e, etc.). Quant au logement... Et bien pour pouvoir faire accepter la zone industrielle de force, il faut que le logement soit proposé avec la zone industrielle... Et tant pis si ce logement n'est que vague promesse : donc on parle de 2'500 logements, puis on augmente avant la votation le chiffre à 3'000 (ce qui reste très peu si l'on compare aux autres écoquartiers, comme l'ancien site d'artamis où il y a 100 logements par ha - aux Cherpines, on en serait seulement à 52 logements !) et on oublie de dire par contre que la zone industrielle va accueillir 4'000 emplois, donc 4'000 employé-e-s importé-e-s par les entreprises étrangères qu'il faudra reloger... Il est donc clair que ce projet va creuser la crise du logement plutôt que régler les problèmes... Mais le mensonge et la manipulation vont plus loin, lorsqu'on nous présente le projet comme un vrai écoquartier. La droite qui deviendrait tout à coup écolo ? Détrompons-nous, le projet prévoit 7'700 places de parkings et 10 ha de routes... Parce que des politiciens et des promoteurs immobiliers l'ont dit sur des affiches, cela deviendrait un écoquartier ? Les promoteurs de cet "écoquartier" n'ont pas chiffré d'objectifs en matière de réduction de la pollution, d'autre part, un écoquartier est en général construit soit sur des friches industrielles, soit sur des bases militaires désaffectées.... Ici, ce serait sur les terres les plus fertiles de la région, ce qui exclut, par exemple pour les critères du WWF, toute possibilité d'obtenir le label écoquartier.

Dès lors ce petit jeu de mensonge de la part des pro-déclassement doit nous rendre encore plus déterminé-e-s à voter NON le 15 mai à un déclassement des terres les plus fertiles de Suisse romande. La Plaine de Plainpalais pourrait servir à planter, comme l'ont fait symboliquement les "jeunes" PLR, des cardons et autres légumes pour les genevoises et genevois : sans doute que les habitantes et habitants y trouveraient davantage leur compte, la pousse des légumes occasionnant moins de troubles sonores que les retransmissions de matchs à plusieurs millions... Ce serait prendre acte de l'exemple d'autres villes dans le monde qui ont misé sur l'implantation de grandes entreprises et la croissance infinie, et qui se voient contraintes à remettre l'agriculture au centre de la vie urbaine.

Ps: Les jeunes vert-e-s Genève vous proposent un petit jeu concours pour mieux comprendre le sujet de votation. La ou le gagnant recevra le dernier panier de légumes de la Plaine de l'Aire si d'aventure celle-ci était bétonnée. Participez sous : http://www.jeunesverts.ch/home/ge/

13:09 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écologie, cardons, cherpines, déclassement |  Facebook | | | |