05/05/2011

Replantons des cardons à Plainpalais !

La votation sur le déclassement de la Plaine de l'Aire nous apporte chaque jour son lot de peripéties. Après que les Jeunes Vert-e-s Genève ait lancé les "hostilités" il y a une semaine, en mettant sur pied un stand futuriste afin de montrer à quoi ressemblerait un stand de légumes au marché si d'aventure la Plaine de l’Aire était bétonnée, les esprits s'échauffent. Il y a quelques jours les socialistes nous expliquaient avec entrain leurs douces illusions quant à la construction de logements sociaux accessibles, sur les seulement 30 hectares dévolus au logement (sur 58 déclassés). Cela alors que le nombre de logements à construire n'est pas garanti : ce n'est qu'en septembre 2011 que les plans de quartiers seront discutés et que les choses se décideront - sans votation populaire évidemment et qu'on a déjà vu le nombre de logements baisser dans les projets en cours (Communaux d'Ambilly, La Chapelle les Sciers avec 1'700 logements promis en 2004, puis seulement 1'300 en 2010). Qui plus est, et par un étrange concours de circonstance, à la même période le socialiste et député à la Constituante Thierry Tanquerel expliquait dans son billet que ce déclassement est "un déclassement pour des logements de luxe et des bureaux".

Mais ce matin ce sont les jeunes libéraux-radicaux (ou plutôt ce qu'il en reste... la fusion ne leur a semble-t-il pas permis d'être au moins deux lors de leurs actions dans l'espace public...), accompagnés du président de l'AOC Cardon, qui se sont réunis sur la plaine de Plainpalais pour une action symbolique pour "rappeler qu'autrefois, l'emblématique légume du canton se cultivait au centre-ville". Pour ce(s) "jeune(s)", cela justifierait le sacrifice de terres agricoles au profit de l'agrandissement de la ville. Au contraire, cela ne fait que regretter le temps où l'on pouvait cultiver à même la ville des champs pour nourrir la population. Il faudrait montrer les images de la ville de Détroit aux jeunes libéraux-radicaux, cet ex-fleuron de l'industrie automobile américaine qui a perdu la moitié de sa population depuis les années 1950, vivant de plein fouet le déclin économique. Du fief des constructeurs General Motors, Ford et Chrysler, il ne reste qu'un centre fantôme, des maisons à l’abandon et des quartiers en friche. Pourtant, au fur et à mesure que l’économie et le paysage de Détroit a changé, l’écologie a fait sa place (lire l'article "de l'auto à la ferme"). Petit espoir pour les milliers d’ouvriers licenciés qui pourront se reconvertir dans l'agriculture ? Depuis 2003, Détroit possède plus de 1 200 exploitations agricoles et ce ne sont pas moins de 150 tonnes d'aliments made in Detroit - un quart de la consommation locale - maïs, tomates, salades, concombres ou épinards, qui remplissent chaque année les assiettes des citadines et citadins. Détroit est en train d'inventer une nouvelle ville, formée de petites communautés éparses, autonomes et soudées, avec au centre une agriculture de proximité. Et pendant ce temps, que fait Genève ? Elle va voter pour supprimer 10% de la production de légumes genevois et construire une zone industrielle sur les terres les plus fertiles pour attirer les multinationales, celles-là même qui ont ruiné Détroit. Tout cela avec cet argument massue de Mr. Cardon AOC : "La terre agricole des Cherpines est entourée d'infrastructures, d'autoroutes, elle n'est plus la zone fertile qu'elle était avant" ! On croit rêver... Ce Monsieur oublie de dire qu'actuellement, sur 2 ha cultivés dans ces terres fertiles, ce sont 450 personnes nourries en légumes bio et de saison toute l'année (production du Jardin des Charrotons) et que si le déclassement est prononcé, plus de 10'000 personnes ne pourront plus acheter des produits locaux, frais et de qualité. Sans compter les agriculteurs qui se retrouveront à la case chômage.

Pourtant tout cela tient bien la route. Dans ce vote sur le déclassement, la seule certitude est que nous aurons sur ces 58 ha, 13 ha pour une zone industrielle. Pourquoi faire ? Il existe déjà une zone industrielle, à Plan les Ouates, juste à côté, laquelle est sous-exploitée : il paraîtrait logique de la densifier, pourtant, on en construit une seconde à côté... A cause de la compétition fiscale entre les communes, les cantons, et pour offrir des revenus fiscaux à Confignon en accueillant les sièges d'entreprises étrangères les plus riches possibles (Genève et ses communes tirent des revenus des impôts de grosses entreprises qui viennent s'implanter sur son sol, elles sont attirées par une fiscalité très avantageuse : 100% d'exonération la première année, 90% la 2e, etc.). Quant au logement... Et bien pour pouvoir faire accepter la zone industrielle de force, il faut que le logement soit proposé avec la zone industrielle... Et tant pis si ce logement n'est que vague promesse : donc on parle de 2'500 logements, puis on augmente avant la votation le chiffre à 3'000 (ce qui reste très peu si l'on compare aux autres écoquartiers, comme l'ancien site d'artamis où il y a 100 logements par ha - aux Cherpines, on en serait seulement à 52 logements !) et on oublie de dire par contre que la zone industrielle va accueillir 4'000 emplois, donc 4'000 employé-e-s importé-e-s par les entreprises étrangères qu'il faudra reloger... Il est donc clair que ce projet va creuser la crise du logement plutôt que régler les problèmes... Mais le mensonge et la manipulation vont plus loin, lorsqu'on nous présente le projet comme un vrai écoquartier. La droite qui deviendrait tout à coup écolo ? Détrompons-nous, le projet prévoit 7'700 places de parkings et 10 ha de routes... Parce que des politiciens et des promoteurs immobiliers l'ont dit sur des affiches, cela deviendrait un écoquartier ? Les promoteurs de cet "écoquartier" n'ont pas chiffré d'objectifs en matière de réduction de la pollution, d'autre part, un écoquartier est en général construit soit sur des friches industrielles, soit sur des bases militaires désaffectées.... Ici, ce serait sur les terres les plus fertiles de la région, ce qui exclut, par exemple pour les critères du WWF, toute possibilité d'obtenir le label écoquartier.

Dès lors ce petit jeu de mensonge de la part des pro-déclassement doit nous rendre encore plus déterminé-e-s à voter NON le 15 mai à un déclassement des terres les plus fertiles de Suisse romande. La Plaine de Plainpalais pourrait servir à planter, comme l'ont fait symboliquement les "jeunes" PLR, des cardons et autres légumes pour les genevoises et genevois : sans doute que les habitantes et habitants y trouveraient davantage leur compte, la pousse des légumes occasionnant moins de troubles sonores que les retransmissions de matchs à plusieurs millions... Ce serait prendre acte de l'exemple d'autres villes dans le monde qui ont misé sur l'implantation de grandes entreprises et la croissance infinie, et qui se voient contraintes à remettre l'agriculture au centre de la vie urbaine.

Ps: Les jeunes vert-e-s Genève vous proposent un petit jeu concours pour mieux comprendre le sujet de votation. La ou le gagnant recevra le dernier panier de légumes de la Plaine de l'Aire si d'aventure celle-ci était bétonnée. Participez sous : http://www.jeunesverts.ch/home/ge/

13:09 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écologie, cardons, cherpines, déclassement |  Facebook | | | |

Commentaires

Conversation philosophico-théologico-politique avec Hani Ramandan ce matin autour d'un café. Passionnant comme d'habitude.

Et ensuite une bonne sodo !

Écrit par : Hani Ramadan | 05/05/2011

il est est absolument clair que la meilleure solution c'est de ne rien faire. Sauf parler de la crise et se battre contre tout.
450 bouffeurs de cardon contre même 450 logements le chois est vitre fait
votre comparaison avec Detroit est juste un peu malhonnete car vous comparez le grand declin industriel américain avec le tissu économique industriels et commercial à Genève. Il y a peu de multinationale en zone industrielle à Genève.
la comparaison entre artamis et les cherpines n'est pas bonne. le coéfficient d'utilisation du sol n'est le même et heureusement.
De plus ceux qui auront la chance d'obtenir un logement aux cherpines se foutent complètement du label du wwf
ou etes vous logé julien

Écrit par : pralong | 05/05/2011

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