31/03/2011

Protection des mineurs : à quand une politique de soutien à la parentalité digne de ce nom ?

La Tribune de Genève nous alertait hier sur une problématique grave à Genève, à savoir les conditions de travail indécentes que rencontrent les employés du Service de protection des mineurs (SPMi) avec cette réalité éloquante autant qu'indécente : "Un assistant social à 100% s’occupe en moyenne de 66 mineurs. Il n’a que deux heures par mois à consacrer à un enfant."

Nous connaissions ce problème depuis longtemps, mais le rappeler n'est semble-t-il pas de trop. Surtout lorsqu'on entend les mesures censées améliorer la situation de fond... Sont prévues ou ont déjà été mises en place des mesures telles que "la réfection des façades et des ascenseurs, une formation face à la violence, un pool de remplaçants" : ou comment ne pas régler le mal à la racine. Ce ne sont pas en effet la réfection des ascenseurs ou les formations à la violence (pas inutiles en soi au contraire) qui vont changer quoi que ce soit quant au fond de la politique de prise en charge des difficultés des familles et mineurs à Genève. Il faut bien plutôt répondre en amont et développer des structures de prévention et de soutien à la parentalité, capables d'endiguer le manque grave de disponibilité des travailleurs sociaux pour l'aide aux mineurs et à leurs familles.

La gauche l'avait déjà bien compris à l'époque, relevant que Genève est à la traine sur ces questions, et c'est un euphémisme. Une motion avait en effet été déposée au Grand Conseil le 4 mai 2007 par les Verts et socialistes qui faisait écho aux difficultés rencontrées sur le terrain par les éducateurs, juges pour enfants et autres travailleurs sociaux et qui demandait de « promouvoir le développement d'aides éducatives alternatives aux mineurs et à leurs familles, ne nécessitant pas l'hébergement en IGE mais supposant des interventions plus denses que ce que peut assumer le Service de protection des mineurs (SPMi). Par exemple l'assistance éducative en milieu ouvert (AEMO) ». Cela avait poussé l'office de la jeunesse du département de l'instruction publique (DIP) a introduire une nouvelle prestation en 2009, l'AEMO, qui est un soutien de proximité offert aux jeunes et à leurs familles rencontrant des difficultés éducatives. Mais ce nouveau service n'a provoqué la création que d'un nombre très restreint de postes et reste, à Genève et à ma connaissance, à l'état très embryonnaire.

Tout cela alors que les pratiques en milieu ouvert constituent une véritable alternative aux internats éducatifs, souvent accusés de maltraitance et de totalitarisme et que l'on sait surpeuplés à Genève. Mais notre canton a pris un retard en la matière. les premières prises en charge sociale et éducative en milieu ouvert A.E.M.O (action éducative en milieu ouvert) datent des années 1970 en France, 80 en romandie (1983 à Neuchâtel, 1989 en valais). D'où vient ce retard genevois ? Notamment du fait que le canton est resté, en matière de foyers, sur le modèle des années 1950. Leur nombre n'a pas évolué à Genève depuis les années 1970.

C'est bien une lutte politique contre l'idéologie d'une droite libérale qui a lieu, une droite pourtant fondatrice de l'Etat Social, mais qui de plus en plus a tendance à se suffire au même refrain, soit la responsabilisation de l'individu, les coupures budgétaires dans les programmes sociaux, tenant le tout économique comme seul paravent à l'économie de marché. Tout cela sous couvert d'une montée en puissance du sentiment d'insécurité et d'une société qui évolue vers le refus du risque, et vers la revendication généralisée d'un droit à la sécurité dont le monde politique se plaît à faire l'écho, populistes en tête. Or les professionnels de l'action éducative en milieu ouvert le constatent largement : la sensibilisation de l'opinion publique sur ces questions ne s'accompagne ni de moyens plus importants, ni de réelle considération du travail accompli.

La question mérite pourtant d'être posée : faut-il responsabiliser les familles en disqualifiant un peu plus les parents défaillants, en cherchant à leur imposer l'usage d'une autorité qu'ils n'assument plus ou faut-il, à l'inverse, soutenir la fonction parentale et accompagner et restaurer plutôt que de stigmatiser les défaillances ? C'est donc bien deux idéologies qui s'affrontent. D'un côté la gauche, pour qui entre les individus il n'y a pas de différences d'ordre psychologique, mais bien une différence dans les supports sur lesquels chaque individu peut se reposer, et qu'il s'agit justement pour le politique d'agir là-dessus. Et une droite qui stigmatise les personnes en difficulté, quand elle ne provoque pas des coupures budgétaire en matière de soutien à la parentalité. La famille est encore trop souvent perçue comme responsable des maux des mineurs sous son autorité : elle doit devenir un véritable partenaire à la rencontre duquel il s'agit d'aller, non pour en contrôler les dérives, mais pour en faire un véritable partenaire éducatif, tout en favorisant le lien social entre les familles.

Il faut donc qu'une volonté forte et déterminée en matière de politiques familiales à Genève, basée sur la prévention et que rapidement soient mises en place de vraies alternatives au placement afin de décharger les assistants sociaux qui n'ont pas le temps de faire du travail éducatif de terrain dans les familles.

09:02 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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