28/01/2011

La mobilité douce contre le tout bagnole

 

Hier après-midi de nombreuses militantes et militants, notamment des Jeunes Vert-e-s Genève, se sont pressé-e-s devant l'entrée du Grand Conseil pour soutenir l'initiative populaire de l'association Actif-trafiC pour la mobilité douce à Genève (pistes cyclables sécurisées et continues sur les routes principales, traversées piétonnes attractives) déposée en juillet 2009, et qui a été traitée hier soir par les député-e-s genevois-e-s. 167113_178272495544030_151183321586281_343235_4248151_n.jpgCe texte qui demande plus de sécurité pour les cyclistes et les piétons, est soutenu par les partis de gauche, les associations de défense de l'environnement et même par le PDC. Il ne s'agit donc pas d'une initiative extrémiste qui demanderait le ciel. Les initiant-e-s demandent la mise en place, dans un délai de huit ans, d'un plan directeur qui permettrait de relier les différents tronçons de pistes cyclables en leur donnant davantage de continuité.

 

L'initiative pose la question du libre choix du mode de transport : en effet à Genève il y a beaucoup d'endroits où les deux roues sont en danger, par manque de sécurité, ce qui enjoint les cyclistes potentiels à renoncer à utiliser ce mode de transport.  L'initiative est contestée par le lobby patronal de la voiture, le Groupement transports et économie (GTE). La loi sur la circulation routière met la voiture (sur le réseau primaire) en priorité sur les autres modes de transport.

 

Cette initiative ose donc poser une question essentielle en matière de mobilité : quelles sont les priorités de Genève en matière de transport ? 166605_178272225544057_151183321586281_343224_67965_n.jpgEst-ce que nos routes, primaires ou non, sont d'abord faites pour favoriser la sacro-sainte circulation automobile, ou devons-nous permettre à chaque mode de transport d'obtenir une circulation sécurisée ?

 

Le vote d'hier soir a vu par 46 non contre 43 oui et 2 abstentions, l'initiative être refusée par le Parlement, sans grande surprise vu la majorité de droite de ce dernier. Ce n'est donc pas aujourd'hui que Genève donnera une réponse allant dans le sens d'une volonté forte du canton de s'engager pour la mobilité douce.

 

Un contre-projet ne sera pas opposé à cette initiative. C'est donc le peuple genevois qui aura le dernier mot, et ce dès cette année. 179049_178272792210667_151183321586281_343245_793795_n.jpgEst-ce que longtemps encore les accidents de la route à Genève concerneront en large partie les cyclistes ou piétons laissés pour compte, au nom du Dieu Voiture et de ses lobbys tout-puissants ? Et est-ce que pendant ce temps, Maudet et autres Rochat s'en prendront encore impunément aux « cycloterroristes », ainsi qu'aux cyclistes de la Critical Mass, proies si faciles ? Ces derniers n'ont que peu de poids, et ne disposent pas d'appui identiques à ceux des lobbys de la voiture, mais ils ont pour eux leur tripes et seront dans la rue, dès ce soir vendredi 28 janvier 18:30, Pont des Bergues : rendez-vous à toutes les personnes qui veulent une meilleure qualité de vie et une vraie politique en faveur de la mobilité douce ! Et rendez-vous dans l'urne tout prochainement pour une belle victoire démocratique !

 

12:30 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (36) | Tags : vélo, cycloterroristes, mobilité, écologie |  Facebook | | | |

25/01/2011

Changer de vi(ll)e !

Fourmillements incessants, vacarme ininterrompu, précipitation aveugle : bienvenue en ville. L'agglutinement absurde de centaines de milliers de personnes au sein de métropoles grandissantes résume à lui seul la perte de sens dont sont victimes nos sociétés occidentales basées sur la croissance et l'hyperproduction. Nos vies se résument bien souvent à la fréquentation aliénante de ces métropoles. C'est dans ces vastes étendues bétonnées que nous nous entassons avec, parfois, le secret espoir de pouvoir quitter cette atmosphère harassante. Comme la ville et ses multiples carrefours, notre vie est faite d'innombrables instants où nous pouvons choisir d'autres modèles que ceux qui nous sont majoritairement imposés par les structures, notamment celles qui conditionnent notre vie dans la cité. Pourtant, la plupart du temps, nous nous contentons d'en épouser docilement les formes.

 

Mais qu'est-ce donc que la ville si ce n'est la concentration dans un endroit restreint d'une multitude de constructions censées permettre aux un-e-s et aux autres de vivre au mieux, avec toutes les facilités que cela comporte ? Ces dernières permettent, il est vrai, à tout un chacun d'avoir un certain confort. Mais il apparaît clairement que l'effervescence de nos cités, les rapprochements qu'elles suscitent, n'empêchent pas, bien au contraire, la crise du lien social de gagner du terrain.

 

A croire que l'éparpillement d'hier forçait les un-e-s et les autres à se rapprocher, à s'entraider et à coopérer. Cette communauté de destins, rendue nécessaire par des structures moins homogènes et une technique moins omniprésente, s'inventait de manière spontanée. Quels changements avec ce que nous connaissons actuellement dans nos grandes villes ! Toutes les 'avancées' techniques, pensées initialement pour gagner en qualité de vie, permettent avant tout aux firmes de prendre le contrôle des vies de milliers de personnes. Ce 'progrès' est souvent, à y regarder de plus près, la raison même des maux qui nous accablent.

 

La voiture, par exemple, devait nous permettre de gagner en mobilité et d'aller plus facilement à la rencontre de nos semblables. Présenté comme gage de liberté, ce 'progrès' technique est devenu l'effigie de l'individualisme contemporain, apportant plus de contraintes que d'autonomie. Censée réduire les distances, la voiture sépare les humains qui s'agglutinent seuls dans des véhicules vides, devient un danger oppressant pour les enfants qui jouent dans la rue et induit un comportement sédentaire. De plus, que penser de la pollution et du bruit qu'elle engendre, ne donnant qu'une seule envie à celles et ceux qui habitent la ville : fuir et s'en aller au loin respirer le grand air ?

 

La destruction des espaces de rencontre

 

En plus de tous ces défauts, la voiture participe à la dynamique de séparation et d'isolement des habitant-e-s. La domination des lieux publics par les voitures est faramineuse, avec, à Genève, 370'000 véhicules recensés, immobilisés 98% du temps. Or, chaque voiture occupe 10 m2 d'espace public. Une superficie qui, du même coup, n'est pas dévolue, par exemple, aux logements ou aux parcs, qui eux permettraient aux gens de créer du lien social. Bref, la voiture participe en fin de compte, et comme tant d'autres 'avancées' techniques ayant comme objet la communication (avions, téléphones portables, ordinateurs,...), à l'étouffement et à l'atomisation des citadin-e-s.

 

La rupture de liens dont sont victimes les citadin-e-s des grandes villes semble en effet consubstantielle à l'avènement du progrès technique et de la société de consommation. Le paradoxe de la ville où tout bouillonne et où l'on se retrouve totalement livré à soi-même est décelable dans bien des domaines de la vie courante.

 

L'espace de rencontres, rappelons-nous à cet égard la convivialité des places du village, rassemblant de manière rituelle toute une frange de la population locale, rétrécit au fur et à mesure que naissent de nouvelles voies de « communication » (autoroutes, TGV, etc.). Pour se socialiser, il faut désormais payer et consommer, comme le symbolisent bien les supermarchés de célibataires qui foisonnent ici et là (New-York, Chine...). L'espace public est privé, il faut payer pour espérer créer des liens et correspondre à la norme, en fréquentant les magasins de vêtements, cafés, restaurants, et autres discothèques. Demeurent alors les parcs, les parkings et les trottoirs, la nuit, en hiver, où jeunes et autres infortunés se retrouvent. Les « botellones », à cet égard, témoignent à leur façon d'une résistance face à la marchandisation des rapports sociaux, même si l'achat d'alcool atténue leur force de revendication.

Ainsi, cette marchandisation de l'espace nous contraint à vendre notre force de travail afin de gagner la possibilité de créer des liens.

 

Produire plus pour vivre moins

 

Pour autant, les injonctions morales à consommer, par exemple à passer son permis de conduire et à posséder un véhicule, continuent à nous être assénées sans relâche et sans nuance - de façon informelle, ce qui est d'autant plus pernicieux. Résister, aujourd'hui, à cette pression sociale fait de nous des rebelles, contraints à continuellement défendre que d'autres perspectives sont possibles pour la ville, où tout ne tourne plus autour de la consommation, des engins à moteur ou des connexions informatiques, mais selon des paramètres plus épanouissants - réappropriation des espaces dévolus aux citadin-e-s, respect des distances et de la nature, développement du vivre-ensemble. Cependant, le moule est difficile à déconstruire, tant la structure est conçue pour que nous nous y complaisions. Regardez le politique, qui, dans tous les pays, crée des nouveaux besoins, pour relancer l'industrie automobile en promouvant des mesures telles que la prime à la casse.

 

 

Ainsi, l'ébullition de villes aux abords séduisants, devient finalement toujours plus oppressante. Elle semble s'être installée de pair avec le productivisme et son besoin sans cesse plus grand en main-d'œuvre appelée à travailler plus pour gagner plus. Nos sociétés, basées sur le dogme de la croissance illimitée, ont favorisé l'altération des liens sociaux. Les valeurs prônées par un tel modèle de société, à savoir la culture du résultat, du profit et de la compétition, ont apporté un désert intérieur en plein cœur des fourmilières géantes que sont les villes. Lorsque nous rentrons chez nous, que nous reste-t-il de ce foisonnement d'échanges accumulés au long de la journée ? Après le travail, y a-t-il seulement une vie ? Les personnes âgées toujours plus rongées par la solitude, les maladies mentales, aussi, qui gagnent toujours plus de gens, les numéros d'urgence, enfin, composés massivement afin de recevoir un peu d'écoute dans un monde trop pressé. Derrière ces réalités, un seul cri, voilé, résonne imperceptiblement dans les rues noires des cités, comme celui de ces enfants délaissés par leurs parents au profit d'une carrière, d'une gloire éphémère : au secours !

 

Pour ne pas paraître sourds à ces appels à l'aide, nous inventons des solutions palliatives. Les centres accueillant les personnes en grandes difficultés s'accumulent, la création de places de crèche s'intensifie, les EMS foisonnent. L'aide aux personnes est le métier de l'avenir, nous dit-on. Enième paradoxe d'une vie citadine nous permettant de gagner du temps partout, tout en en manquant cruellement pour celles et ceux qui en ont réellement besoin, pour nos proches. Et cette question qui fait frémir : serons-nous bientôt payés pour s'occuper de nos propres enfants ? N'est-ce pas, en effet, une perte de temps, un manque cruel à gagner pour la société de la croissance, que de devoir partager la vie d'un enfant ?

 

Réapprendre à être disponible

 

Ainsi, ce qui nous éloigne des rencontres fécondes avec nos semblables, nous assèche et nous désolidarise, est avant tout notre manque de disponibilité. Ravagés par les soucis et responsabilités du quotidien, nous manquons de présence aux autres. Nous perdons le réflexe même de demander un peu d'attention, d'écoute, à notre prochain, tant nous sommes certains qu'« il n'aura pas le temps ». En effet, comment lutter contre un agenda rempli à raz-bord, contre les besoins prioritaires d'un employeur, contre une vie totalement réglée d'avance ? Les inventions technologiques comme les agendas surchargés, la marchandisation du monde ou encore les structures des villes, poussent les individus atomisés à se délaisser les un-e-s des autres, au profit des intérêts des firmes, afin de satisfaire les rêves de « réussite » ou de gloire qu'on leur vend.

 

Heureusement demeure cet enfant au bord de la route, ne possédant en tout et pour tout qu'une poupée de chiffon, qu'un frêle sourire, qu'une fleur récoltée sur le chemin de l'école. Cet enfant si fragile face à ce qui l'entoure ne demande qu'un peu de présence et de disponibilité. Il nous oblige à dépoussiérer nos consciences, à refuser, à lutter, à nous lever, et à changer de vi(ll)e !

 

A des villes qui bouillonnent, qui oppressent et créent de l'isolement, nous devons opposer des espaces de vie décentralisés, gratuits, cartoucheVERTS2.jpgà plus petite échelle, où l'on réapprendra à se rencontrer, sans autre raison que de partager du temps en commun. C'est ce que proposent les Verts en ville de Genève, et notamment leur projet de 200 rues piétonnes. L'utopie en action, voilà ce qui doit guider nos combats politiques !

 

Concluons avec cette phrase du Petit Prince de Saint-Exupéry qui répond magistralement au marchand de pilules censées lui faire gagner du temps : « Moi, si j'avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine ».

 

11:08 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : ville, voiture, consommation, croissance |  Facebook | | | |

07/01/2011

Journaliste à la RTS : des critères de sélection discriminatoires ?

Voilà une nouvelle fois que les questions autour des musulmans redonnent du grain à moudre aux médias (et pas que sur les blogs de la Tribune). Notons que, pour une fois, ce sujet les concerne de près, puisqu'il s'agit de savoir si "foulard islamique et journalisme font bon ménage". Tout un programme ! Cette question est apparue après que la Radio Télévision Suisse ait reçu la candidature d'une jeune musulmane portant un hijab à un poste de journaliste.

Cette question qui prendra sans nul doute des airs d'affaire d'Etat, déchaîne déjà les passions, tous les politiques ont déjà leur avis sur la question (à part ceux qui n'ont pas le courage de leurs opinions, élections approchant : toujours les mêmes, inutile de les nommer donc). Elle a pour cadre un contexte particulier où la religion voit son rôle toujours grandi en matière de définition des identités individuelles ou collectives. Le contexte mondial provoque des incitations à défendre des valeurs qui seraient propres à l'Occident, défini alors comme chrétien. En Suisse des débats en rapport aux droits des minorités religieuses et à la place de la religion dans la sphère publique (initiative sur les minarets, débat sur l'enseignement de la religion à l'école, etc.) ne cessent de fleurir.

Pour le Temps, et son éditorialiste Patricia Briel, nous n'avons plus le choix : afin ne pas être vus comme faisant le lit de l'islamophobie, du repli identitaire dans lequel s'engouffrent les populistes et extrémistes de droite, nous devons revendiquer et défendre nos valeurs originales occidentales, évidemment chrétiennes.

Le recours à des valeurs pour s'identifier, pour se rassurer, pour se construire, tout simplement, est juste indispensable pour l'être humain et la société qui l'entoure : reste à savoir sur quelles valeurs nous nous basons, et quelles lectures historique de celles-ci nous faisons.

Pour l'éditorialiste, il y aurait un  « malaise de l'Europe face à ses racines chrétiennes et aux questions posées par une diversité religieuse croissante ». Or quelles sont ces sempiternelles "valeurs ou racines chrétiennes" ? Comment les définir, sont-elles seulement décelables et peuvent-elles être généralisée, pire, décrites comme « le » modèle qui aurait fondé notre identité européenne (si encore nous prétendons qu'il y en ait une, et une seule). Cessons de parler de "valeurs chrétiennes", titrait Nicolas Baumard, anthropologue à l'université d'Oxford, dans une tribune au Monde parue le jour de Noël. Il exprime bien l'idée selon laquelle « ce n'est pas à ses valeurs chrétiennes que l'Occident doit son succès, puisque celles-ci ne l'ont guère protégé de l'injustice et de la guerre, c'est à un contexte historique particulier, un certain équilibre des pouvoirs ayant permis l'émergence d'institutions respectueuses des individus. »

Revendiquer ces valeurs pour nous-mêmes, c'est « donner raison à ceux qui, en Asie, en Afrique ou au Proche-Orient, s'appuient sur les prétendues valeurs asiatiques ou musulmanes pour asseoir leur pouvoir et violer les droits individuels. Défendre la spécificité de l'Occident et le caractère chrétien de notre monde moderne, c'est dire à des millions d'hommes et de femmes qu'ils ne sont pas vraiment en mesure de vivre dans une société libre et égalitaire. Surtout, c'est se tromper de combat. »

C'est donc moins des valeurs chrétiennes qui manquent dans ces régions, « c'est avant tout de bonnes raisons de croire que la démocratie ou l'Etat de droit sont possibles et que le monde occidental est prêt à les accepter. Ce qui manque, ce sont des institutions justes et efficaces. L'échec américain, en Irak et en Afghanistan, tout comme la faillite de nos propres systèmes d'intégration sont là pour nous rappeler combien la tâche est difficile. »

Si nous revenons à notre question de départ, il faut se poser la question sur les raisons qui pourraient pousser le service public à refuser la candidature de cette personne. Pour certains, le principe de laïcité du service public doit être conservé à tout prix : « les journalistes peuvent avoir des convictions religieuses ou politiques mais ne doivent pas les afficher lorsqu'ils représentent le service public. La SSR représente l'Etat, et moi, je tiens à un Etat laïque! » s'emporte la socialiste Maria Roth-Bernasconi. En quoi le fait qu'une journaliste porte un voile ferait de notre Etat un Etat non laïque ? La posture unilatérale de certaines féministes sur cette question leur font manifestement oublier bien vite leurs premiers combats qui consistaient à permettre aux femmes de s'habiller tel qu'elles le désiraient.

D'autres, tels que Kathy Riklin (PDC/ZH), doutent de l'objectivité d'une journaliste affichant de manière ostentatoire ses convictions religieuses. Or qu'elle porte ou non le voile, une journaliste aura de toute manière une conviction personnelle, comme l'explique bien Jean- Jacques Roth « tous les journalistes ont leurs convictions.» L'élue PDC, elle, en rajoute, affirmant que « ce symbole d'oppression n'a pas sa place ni à l'école ni dans une entreprise de monopole comme la SSR.» On retrouve la rengaine PDC qui, tout d'un coup, comme l'UDC d'ailleurs, s'intéresse à l'oppression des femmes, tendance matérialisée par leur président qui surfait sans honte, après l'initiative anti-minaret, sur la vague isalmophobe en voulant interdire la burqa (avec des exceptions pour les riches qui viennent enrichir notre pays ? Ah non, ça c'était la proposition tout en nuance de notre ministre de la Justice et de la Police, Eveline Widmer-Schlumpf).

On vient même nous expliquer que « la SSR, qui est un service public, doit observer les mêmes règles que l'administration ou l'école publique qui n'engage pas d'enseignantes portant un voile» (Filippo Leutenegger, PLR/ZH). Nous verrons bien la décision prise par la RTS. Quoi qu'il en soit, si d'aventure la réponse était favorable à l'acceptation de journalistes ayant des signes religieux jugés ostentatoires, il faudrait remettre en question bon nombre de pratiques, notamment celle de l'interdiction pour les enseignantes de porter le voile dans les écoles. Ou sinon, il faudrait croire que les enfants seraient d'avantage manipulables que les auditeurs ou téléspectateurs. Or l'instruction publique n'a-t-elle pas comme premier rôle de susciter chez l'élève le regard critique ? Ce serait donc se donner une bien mauvaise image de nos élèves que de les considérer comme plus facilement manipulables. Les moutons n'ont pas d'âge, sans doute ce sont même en majorité les plus âgés qui votent UDC. Quant à l'idée qu'un voile influencerait le contenu même de l'instruction donnée : il n'y a pas besoin d'études pour en dénoncer le caractère infondé. Avant que l'interdiction soit officiellement prononcée, à Genève et dans d'autres cantons, les enseignantes voilées dispensaient leurs cours sans poser de problème, ni aux parents des élèves ni à une société qui n'avait pas encore incorporé son besoin de se différencier des autres en imposant des modèles sous couvert de laïcité ou de défense de valeurs occidentales chrétiennes. Il a fallu, à Genève, qu'une journaliste (tiens donc) fasse du bruit sur l'une d'elles, pour que Madame la Conseillère d'Etat Brunschwig Graf, en exercice à l'époque, se sente obligée de tout faire pour l'empêcher de continuer à enseigner ainsi vêtue.

Bref, en résumé ne nous mettons pas dans une situation grossière et difficielement tenable, où nous jugerions sur les habits culturels et religieux d'une personne pour statuer sur sa capacité à être admise en tant que journaliste ou non dans un service public. Que nos amis de droite, qui tiennent la méritocratie en adoration, retrouvent quelque peu leurs valeurs et expliquent que c'est bien sur les compétences et qualités de la candidate que doit s'opérer la sélection, et non sur sa couleur de peau, son habillage ou ses convictions personnelles.

18:29 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

02/01/2011

Quels vœux formuler pour 2011 ?

Quels vœux formuler pour 2011, alors même que la jeunesse semble être, à écouter les émissions grand spectacle organisées par les télévisions, totalement désabusées. Il fallait écouter les propos des héros de Romans d'Ados, nouvelle lubie de la TSR, ces héros des temps modernes nous expliquer gravement qu'ils sont les fruits de la société de la désillusion : « de toute manière nous savons que nous ne pouvons rien changer tout seul ». Une autre nous expliquait qu'elle avait, à l'époque du début du tournage (à 12 ans donc), plein de rêves, mais qu'aujourd'hui (à 18 ans) elle a appris à devenir réaliste, et à accepter qu'elle ne pourrait pas les réaliser tous. Où sont les forces d'insoumission, de rébellion, de résistance envers le monde établi ? Bien éloignées, car celui-ci est pris comptant. Puisque les tentatives de le changer ont échoué, il nous reste à faire contre mauvaise fortune bon cœur, et accepter tel quel cette société qui nous semble injuste, intolérable, absurde.

Poser la question quels vœux formuler pour 2011, c'est se poser la question, quels rêves pouvons-nous bien formuler en 2011 ? Autrement dit, quels rêves, quels objectifs sont promus par nos sociétés et sont susceptibles de donner envie de s'engager, de nous mobiliser ? Ou, a contrario, quels sont les rêves que notre société nous a appris à refouler, que nous savons bien impossibles, utopiques, et que nous avons enterrés soigneusement, petit à petit, au plus profond de nous. Pour mieux se concentrer sur l'essentiel : métro, boulot, conso, dodo ?

Il y a quelques semaines, en plein rush des fêtes de fin d'année, c'était la Journée mondiale sans achat. On peut se demander légitimement s'il y a plus grande insoumission contre le système capitaliste marchand que d'appeler à la non-consommation. Alors que tout le monde se précipite pour acheter un cadeau, pour faire plaisir aux autres en achetant, prétendre que les liens sont gratuits et que ce qui compte vraiment c'est l'attention, la présence et l'écoute, fait de nous des marginaux. Rajouter que ce sont ces liens qui nous manquent le plus, et que, comme toute chose rare, c'est ce qui est le plus cher, le plus difficile à susciter, c'est se montrer quasi irrévérent. Or disait Saint-Exupéry :

« Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi! » (Le Petit Prince, 1943).


Dans nos sociétés où tout s'achète (même le verre d'eau au restaurant) on comprend mieux pourquoi tout ce qui tourne autour de nous appelle à la consommation, ou plutôt, à la consoumission. Et pourquoi tout ce qui remet en question cette sacro-sainte liberté de consommer, est vu comme une attaque frontale au système. En effet, si le fait d'acheter doit être encouragé c'est bien que le système capitaliste tout entier est basé sur le dogme de la croissance illimitée, soit sur le productivisme. Alors qu'autrefois nous produisions des biens pour répondre à des besoins, aujourd'hui nous créons de nouveaux besoins pour écouler des biens. En effet, la révolution industrielle est passée par là et a fait exploser les taux de productivité, et surtout augmenter la quantité de choses produites. Alors qu'on produit beaucoup de richesse, nous serions à même d'attendre que le système estompe les inégalités. Or il creuse autant l'inégalité que les angoisses et le mal-être de nos concitoyennes et concitoyens. On pouvait attendre de la révolution technologique qu'elle amène un mieux vivre pour les travailleuses et travailleurs. En améliorant la manière de produire, nous aurions dû permettre aux humains de se libérer petit à petit du travail aliénant, ouvrant ainsi les portes à un travail basé sur la créativité. Or c'est tout le contraire qui a eu lieu. L'automatisation a supprimé toujours plus de travail humain.

Hannah Arendt voyait déjà bien que, dans notre monde contemporain, la vie publique était réduite au travail et à la consommation. Pour faire marcher le système, il faut toujours produire davantage et à moindre coût : on rationalise toujours plus la production pour augmenter le chiffre d'affaire. Toute les techniques sont bonnes pour déshumaniser toujours plus l'acte d'achat, pour l'individualiser toujours plus. Dans les magasins, le consommateur est poussé à facturer ses achats lui-même. Voilà un nouveau moyen inventé par les entreprises pour accroître leurs profits en réduisant leur effectif de salariés. En nous faisant croire qu'ainsi, le consommateur est davantage autonome, libre. De nouveau cette pseudo liberté qui nous est vantée.

Si l'on parvient à produire à moindre coût, et que la quantié de produits augmente, on comprend qu'il faut pour que la machine tourne, trouver autant d'équivalent consommateurs de l'autre côté. C'est pourquoi tout le système est basé sur le fait qu'il faut encourager à acheter, à consommer. Nous vivons dès lors à l'ère de la société de la marchandisation, de la société d'abondance, de l'homo oeconomicus, l'humain réduit à son état d'achetant. Pour le bien d'un système qui nous aliène. Et cette aliénation, nous le savons bien maintenant, se fait à crédit sur la planète : notre poids est déjà insoutenable car nous surexploitons les dernières richesses terrestres (il suffit de regarder les pics du pétrole, de l'uranium ou de l'acier déjà atteints ou que nous atteindrons dans le très court terme). A la pénurie de ressources se rajoute la question des inégalités : 20% des habitants de la planète s'accaparent 80% des ressources ; les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus nombreux. Pourtant la croissance n'a cessé d'augmenter...

Par contre, ce qui s'effrite, pendant que le PIB augmente, c'est le lien social. Notre société est toujours plus individualiste, car la question du sens n'a plus sa place dans un espace public dédié totalement au travail et à la consommation. Dès lors, notre question du départ, qui visait à nous demander quels vœux, quels rêves, nos contemporain-e-s peuvent bien formuler pour 2011, semble devoir forcément se conditionner à ces deux aspects : pour 2011, nos contemporain-e-s bien élevé-e-s, devraient se souhaiter « un bon travail et une bonne consommation ».

Or heureusement, de plus en plus, nos contemporain-e-s se posent des questions sur ce modèle de société clairement non durable et créateur de mal-être. A Genève, la votation sur les heures d'ouverture prolongées des magasin a été refusée à 56%. Les gens ont compris mieux que leur élu-e-s que cette flexibilisation des horaires ne permettrait pas de créer des postes de travail mais que ce n'était qu'un prétexte du patronat pour augmenter son chiffre d'affaire sur le dos des travailleuses et travailleurs, détruisant le peu de vie familiale dont elles/ils pouvaient encore jouir. Comme un cri dans le système du toujours plus, la population s'est exclamée : « Ce n'est pas à l'humain de s'adapter à l'économie, mais a l'économie de s'adapter au rythme de l'être humain » !

Cela étant, n'oublions pas que nous sommes ravagés de partout par les appels à faire marcher la mégamachine. Ces techniques sont normalisées, et la plupart du temps, nous ne les questionnons plus. La publicité, 2ème budget mondial après l'armement, les techniques de marketing qui nous bombardent de partout (médias, internet, télévision, etc.) en sont le meilleur des exemples. Sachant que 23% de notre temps est dédié aux médias, soit 5h30 par jour et que nous subissons 25'000 spots publicitaire par an par individu à la télévision, il est illusoire de penser que nous ne sommes pas manipulés dans nos choix les plus simples du quotidien. C'est pourtant le discours unique de la droite libérale : le citoyen est totalement libre.

Un autre mécanisme pour renflouer le marché est la comparaison sociale, qui finit de nous convaincre à vouloir devenir toujours plus riche, à gravir les échelons sociaux, à en vouloir toujours plus. Le principe de la consommation ostentatoire, bien mis en avant par le sociologue Thorstein (déjà à la fin du 19ème siècle !), exprime bien ce besoin que nous avons à nous identifier à la classe supérieur possédante, afin de profiter nous aussi du modèle consumériste. Or cette comparaison et concurrence permanente instaurée entre les individus ne peut qu'engendrer un sentiment de défiance et d'envie, et une angoisse permanente. Surtout, une méfiance généralisée et légitimée devant les échecs, les fragilités. Si bien que 2011 proposera, en Suisse, pour les militant-e-s, une fois de plus, une énième lutte contre les coupes dans les aides sociales organisées par la droite et l'UDC en tête, laquelle veut exclure les élèves moins forts, moins méritants et les étrangers des classes de l'école publique.

C'est donc ce modèle de société fondé sur la création de faux besoins pour le bienfait de l'économie (et des profits des profiteurs), qui forge en nous les rêves de demain, pour peu que nous puissions encore en avoir. Ces besoins sont notamment créés par la soif de la nouveauté qui est inlassablement ventée et vendue (il suffit d'ouvrir un journal, pour le comprendre) : partout on nous explique les mérites du nouveau produit à vendre, et de la nouvelle technologie qui l'accompagne : des modèles toujours plus verts et innovants. Il faut donc nous conformer à la mode qui opère tout autour de nous, sinon nous passerons pour un vieux dépassé et serons exclus. Sans compter que, même en étant assez fort pour résister à ces faux besoins, le système a tout prévu : à cause de l'obsolescence programmée des produits, nous serons obligés de les remplacer un à un dans un temps toujours plus court.

Alors ce progrès technique, qui devait nous faire gagner du temps, nous rapprocher les uns les autres (cf. internet et ses « réseaux sociaux »), réduire les inégalités, vaincre les grandes distances et la pénibilité du travail, n'a fait que creuser l'isolement entre les humains. On passe en effet en moyenne plus de temps en voiture qu'à table ensemble ! On est toujours mis davantage sous pression : 40% des employés en Suisse déclarent être soumis à une lourde charge pour les nerfs. Le coût du stress en Suisse se monte à 8 milliards de francs. Les employés produisent de plus en plus et ils ont de moins en moins en retour, coût de la vie augmentant. Mais il faut, malgré tout, continuer à acheter pour faire grimper la tant convoitée croissance. Sinon, comment va-t-on payer le social, pardi ! Mais ce social-ci est créé de toute pièce par une société qui nie les vrais besoins des gens, et crée de faux besoins, tout en prétendant, de manière philanthropique, s'occuper ensuite des laissés pour compte, des faibles, des incapables de se soumettre au modèle unique en vigueur, qu'elle a créés de toutes pièces !

Car le plus fou est que c'est bien la croissance elle-même qui tue les emplois. Dans la vente, la course au profit et les techniques de rationalisation poussent à miser sur les hypermarchés et autres Temples de la consommation. Résultat, à Genève : ces 25 dernières années, les commerces genevois ont supprimé 4'265 emplois à pleins temps et créé 1'618 temps partiels. De plus, chaque emploi créé dans la grande distribution détruit 3 à 5 emplois dans le secteur des PME et du commerce de proximité. Cela n'empêche, l'éternel ''travailler plus pour gagner plus'' ne cesse de nous être rabâché. Or les salaires ne suivent pas l'amélioration du chiffre d'affaire. Et l'angoisse perpétrée par des situations de travail où concurrence et efficacité sont les maîtres mots engendre maladies liées au stress, addictions, dépressions et autres maladies cardio-vasculaires qui ne cessent d'augmenter. Nous n'avons plus de temps à l'échange, au don gratuit, car le type de consommation qui nous est vendu est fondamentalement individuel et payant : il nous faut un garage, une piscine, un réfrigérateur, bref, tout des produits qui ne pourront être partagés et qui vont coûter cher.

Le pire est que nous vivons dans une société fondée sur le travail, et qui pourtant crée dans son mécanisme propre une pénurie de travail : le chômage, qui sert à faire pression sur les chômeurs, sur les profiteurs, et autres minorités laissées pour compte car stigmatisées comme non-méritantes.

Or l'être humain n'est pas un bout de chiffon malléable à souhait, censé accorder ses rêves aux besoins de la mégamachine. Il souhaite être reconnu, voir l'utilité de son travail et de sa dignité affirmée. Et non pas éconduit dès que l'entreprise le désigne comme non rentable.

C'est pourquoi il est temps d'agir. Il nous faut dénoncer les écarts de revenus indécents et garantir une vie frugale et sécurisée à chaque personne, peu importe son statut (revenu de base ou allocation universelle) afin d'inverser le rapport de force et renouer avec la question de l'utilité du travail. Poser la question : quel produit pour quel besoin ? Le seul fait de consommer ne pourra être la seule facette de l'être humain du 21ème siècle, du fait que les ressources terrestres manquent, mais aussi du fait du vide existentiel qui l'amène à sombrer dans les addictions diverses, telles que celle de consommer. Près de 275'000 Suisses, soit environ 5 % de la population, souffrent d'une compulsion aux achats, révélait une étude menée par la HES de Berne en 2004.

Moins de biens plus de liens, disent les objectrices et objecteurs de croissance. Il y aurait donc un bienfait insoupçonné à vivre avec moins. Est-ce là donc le rêve alternatif au modèle dominant : moins de transferts d'argent, et plus de transferts de chaleur humaine ?

Certes les solutions d'écotartuffes « à la Hulot ou Arthus-Bertrand  » qui se basent avant tout sur la critique de la consommation individuelle (l'écologie de la brosse à dent - n'oubliez pas de fermer le robinet !) n'ont que peu d'effets sur l'environnement et participent au système plus qu'elles n'oeuvrent pour en sortir : qu'est-ce que le poids individuel engendré par le fait de ne pas acheter un nouveau 4x4 lorsque l'on sait que 3,6 millions sont vendus chaque année aux USA ? Or, ce sont bien les comportements cumulés qui sont destructeurs, et contre lesquels il s'agit de trouver des réponses démocratiques crédibles, au niveau mondial et national.

Ne soyons pas aveugles, le patronat et la droite, premiers soutiens aux multinationales, soit les vrais décideurs, ont la main-mise sur notre système démocratique et trouvent toujours des raisons d'empêcher les progrès humains et environnementaux de s'installer. Est-ce pour autant qu'il faut partir résigné-e ? De nos rêves, doivent découler des réalités :

En effet, les avancées démocratiques permettant d'échapper quelque peu à l'emprise de la publicité et de la consoumission existent. En Suède et au Québec, par exemple, a été interdite toute publicité destinées aux moins de 10 ans. Il est nécessaire de faire de même ici, et d'interdire qui plus est le publicité pour les voitures ou les voyages en avions. Les rêves de nos enfants doivent pouvoir leur appartenir, et non être dictés par le marché, ou disparaître sous le poids de la désillusion programmée !

Il est primordial de garantir, au moment où les ressources vont manquer, les besoins vitaux et sociaux fondamentaux pour chaque être humain. La gratuité des services publics est donc un combat d'avant garde d'une gauche qui se veut progressiste et post-capitaliste. Sortir les besoins essentiels du marché semble être l'objectif le plus évident d'une lutte contre la marchandisation grandissante de nos sociétés basées sur le profit et l'accumulation des biens.

L'instauration d'un revenu maximum et d'un revenu minimal (revenu inconditionnel de citoyenneté ou Allocation universelle), capable de nous sortir de l'aliénation du travail en redonnant du temps pour des activités locales et épanouissantes, participe à cette entreprise qui vise à inverser le rapport de force instauré par un système injuste. Le salarié, qui reçoit déjà un revenu de base suffisant pour vivre, pourra exiger de meilleures conditions de travail et le travail utile, qui remet au centre l'être humain, aura à nouveau ses droits.

L'augmentation de la sphère de la gratuité est en effet une manière fondamentale de lutter contre le marché du travail, le travail-marchandise et l'idée que les besoins sociaux de base puissent être satisfaits par le marché, le fric, la rentabilité. Or, il existe bel et bien des activités en dehors du marché, capables de créer de la richesse pour un pays, en dehors du PIB. C'est même cette richesse-là qui est le fondement de toutes les autres. Prenons l'exemple de la prise en charge non rémunérée des enfants :

« en 2007, elle a représenté quelque 1350 millions d'heures. Environ 60% de cette charge totale ont été assumés par les femmes, et même un peu plus (67%) lorsque les enfants sont en bas âge. A cela s'ajoutent encore 513 millions d'heures de tâches domestiques, là aussi principalement exercées par les mères. Si la garde d'enfants était rémunérée, elle aurait coûté un peu plus de 80 milliards de francs. » source : Le Temps

 

Il s'agit donc de soutenir et valoriser toutes les démarches qui visent à favoriser les échanges non marchands (SEL, coopératives d'alimentation, d'habitation, etc.). Pour que ces débuts de rêves deviennent des réalités enviables et enviées.

Nous devons retrouver notre capacité de faire corps ensemble. 2011 est à notre porte, les éternelles résolutions aussi : n'est-ce pas l'occasion de nous poser les questions essentielles sur notre rapport aux autres, à la consommation, à la vie et au sens de celle-ci. Ce avec un autre prisme que celui qui nous est vendu à longueur d'année. Est-ce que baisser mon temps de travail occasionnera un gain souhaitable en terme humain ? Est-ce qu'acheter le dernier iPad à la mode y contribuera ? Changer de prisme, c'est s'ouvrir à de nouveaux rêves, insoupçonnés, ou redonner vie à d'ancien rêves, que nous nous avons appris à enfouir, c'est se donner encore la force d'entrevoir en nous ce qu'il y a de plus improbable.

Ce temps de début d'année doit nous permettre de mettre à la 1ère place les liens, qui, trop souvent, passent après l'accumulation de biens. Avec ce nouveau prisme, ce n'est plus le caractère utile de l'humain qui prime. Celui-ci est vidé de toute substance, c'est celui de l'économie livrée à elle-même, qui nous perçoit tel le résultat de calculs d'optimalisation de notre utilité. Sortir de ce piège consumériste, c'est susciter des débats publics et démocratiques sur les questions essentielles communes au genre humain : quels besoins de base doivent être assurés gratuitement pour sortir les gens de la misère et de l'angoisse, et quels besoins/comportements dégradent la vie des unes et des autres et doivent être réduits, interdits, taxés. C'est sortir de l'illusion d'une liberté du consommateur, qui existerait en soi.

Commençons donc la révolution et 2011 par une résolution intérieure en prenant soin des autres, des proches et au-delà : n'est-ce pas la meilleure façon de se sentir vivant ? N'est-ce pas un vœux simple mais révolutionnaire que nous pouvons formuler autour de nous, nous approprier ? Retrouver le sens de nos limites, celles de la planète. Pour mieux jouir du peu que nous avons - mais qui a tant de prix.

Et pour que nos adolescent-e-s puissent dire et ressentir que d'autres mondes sont possibles, et existent déjà.

18:25 Écrit par Julien Cart dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |