27/12/2010

Romans d'Ados : fin de l'innocence ou de l'intimité ?

Il y a de quoi rester interloqué devant l'absence de critiques de la démarche du "film documentaire" intitulé Romans d'Ados qui a réuni au cinéma, depuis juin 2010, plus de 20’000 spectatrices et spectateurs en Suisse Romande. Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Il s'agit du suivi de 7 ados d’Yverdon durant 7 ans (la symbolique du chiffre 7 rajouterait-elle du sacré et du magique à l'entreprise ?), visant à capter leur évolution vers l'âge adulte, puisque nous suivons, sans gêne, leurs agissements et ceux de leur famille de 12 à 18 ans.

Pour faire l'avocat du diable, je propose donc de lancer le débat. N'y voyez qu'une volonté de mieux comprendre, et non de dénigrer un travail de longue haleine où (et c'est peu de le dire) de nombreuses personnes ont investi plus que du temps et de la peine22572_276018367591_50388282591_3993795_6921514_n.jpg, mais beaucoup d'elles-mêmes et de la passion. Mais toute production, qui plus est quand elle prend une telle ampleur, doit être analysée en ce qu'elle porte (et se veut porteuse d') un message, qu'elle comporte une posture et que tout cela est susceptible de modifier les perceptions des spectatrices et spectateurs. Les 4 épisodes de «Romans d'ados» sont à voir sur TSR1 et dans ce dossier en ligne, dès leur diffusion à l'antenne jusqu'au 19 janvier. Voilà le 1er épisode en ligne, intitulé "La fin de l'innocence", visible ici afin de vous faire votre propre opinion sur la question.

Après le visionnage d'un tel film, il est normal que l'on se pose certaines questions. Notamment les buts raisons d'un tel "film documentaire" qui est tout à fait dans la tendance actuelle où tout doit être dit, montré, détabouisé. Ce n'est en effet pas la 1ère fois que de telles entreprises sont faites (voir ici à Paris, une expérience du genre). Semble-t-il les objectifs sont multiples : Irène Challand, responsable unité documentaires de la TSR, explique que c'est la volonté de permettre aux téléspectateurs de renter en contact avec ces jeunes, qui est à l'origine de l'entreprise, suggérant l'idée qu'un tel reportage sur le long terme, avec l'approbation des parents, serait "plus élégant" (plus élégant que quoi ?). Il serait donc confirmé ici que c'est bien le (supposé) besoin de voyeurisme de la population qui serait le vecteur d'un tel projet. Car la question mérite d'être posée : entre-t-on vraiment "en contact" avec des ados lorsque leur vie familiale nous est versée sur un plateau, en regardant notre télévision, bien assis-e sur notre fauteuil ? Les jeunes (et, corollaire, les parents, accusés d'être démissionnaires, incompétents, laxistes et j'en passe...) étant toujours davantage pris pour cibles faciles d'une société dite en manque de repères (cf. violence urbaines, enfant roi, etc.), on comprend que ce sujet "populiste" ait pu intéresser la TSR,
qui a montré un soutien exceptionnel, son secteur documentaire ayant financé Romans d’ados à raison de 100 000 francs par film (400'000,- donc) ! D'ailleurs, Béatrice BakhtiFemina_22_Bakthi_250.jpg, réalisatrice de Romans d'ados, répond ainsi à la question "Pourquoi Yverdon? - Nous aurions pu choisir une autre ville. Mais Audrey Sommer, la journaliste qui a travaillé sur le film, avait évoqué Yverdon car il y avait eu des incidents entre jeunes. Cela nous a décidés. " On a donc choisi Yverdon comme lieu de tournage, parce que là, il y a eu des "incidents entre jeunes"... Cela tend donc à confirmer notre hypothèses selon laquelle les raisons et conséquences d'un tel tournage sont, aussi même si pas seulement, populistes et voyeuristes. Plus que tenter une peinture (évidemment incomplète) de l'adolescence, on veut être au coeur de la violence, pour mieux la montrer et démontrer qu'on fait quelque chose contre elle, mais que fait-on vraiment ?!

Le but de l'entreprise est prétentieux : "constituer une boîte noire de l'adolescence" (dixit Irène Challand), tout en prenant l'engagement que "rien ne soit divulgué avant que les jeunes ne soient adultes, avant qu'ils puissent affronter cette partie de la vie comme quelque chose de passé, de derrière eux". Je pose la question : est-ce qu'on peut dire, à un moment donné de sa vie, que ce qui est passé est "derrière nous", et n'a plus d'influence sur nous ? Je pense pour ma part, qu'on est toujours influencé par ce qui est derrière, justement, et qu'il vaudrait mieux reconnaître que tout a de l'influence. Donc ici, la caméra aussi a eu de l'influence et continuera d'en avoir, puisque quelque part, la vie de famille de tous ces jeunes et parents a été et affbleuG.jpgcontinuera d'être vue par chaque individu le désirant. Quant à prétendre que les jeunes et parents ont toujours été libres, c'est se montrer là aussi prétentieux. Il faut être conscient, et la réalisatrice nous le dit bien, qu'il n'a pas suffi de convaincre une fois ces familles d'être analysés dans leur plus stricte intimité : "A quelle fréquence alliez-vous filmer les ados à Yverdon? - Selon les appels téléphoniques que j’avais avec eux. Il y a des moments où il fallait les convaincre. Il arrivait même que je ne puisse plus en joindre certains." C'est donc une liberté sans cesse remise en question : est-ce que telle partie de ma vie est à dévoiler, est-ce que j'ai envie, dans 6, 5, 4, 3, 2, 1 an, que ce pan-ci de mon adolescence soit visible, en 1 clic, par plus de 20'000 spectateurs. Ou tout simplement, aurais-je bien mieux à faire, en pleine adolescence, que recevoir une équipe de journalistes chez moi... Bref, on comprend bien que ce n'est pas aussi facile que ça en a l'air, d'être filmé à une période aussi charnière de sa vie. Remise dans un contexte plus large, cette question permet de poser la question des nouveaux médias ou plateformes comme facebook, qui permettent de montrer certains aspects de nous que l'on pourrait ne plus vouloir dévoilés au grand jour : comme l'accord donné à un temps x est considéré comme irrémédiable, il devient impossible (ou du moins fort cher et fastidieux) d'effacer toutes les traces.

Autre objectif de ce film, dévoilé par le fait qu'un "dossier pédagogique" est promu sur le site même du film et celui de la TSR, est de permettre à des élèves de se poser des questions sur cette période qu'est l'adolescence, avec comme appui l'exemple de ces 7 ados. Les producteurs accompagnent même le projet d'un "dossier pédagogique" où les élèves des classes de nos enfants sont notamment amenés à définir la personnalité de leur camarade, en apprenant à faire des "portraits physiques et moraux" des adolescent-e-s et à rentrer un élève de leur classe (sans le désigner, l'honneur est sauf) dans les 7 "attributs" préalablement choisis par les réalisateurs comme définissant (arbitrairement s'entend) la personnalité des 7 jeunes. ado_0.jpgNous sommes donc là à la limite de la psychologisation. Apprendre à mettre autrui dans des catégories doit-il faire partie des choses enseignées dans les écoles publiques, serait-ce pour la "bonne cause" (analyser la complexité des relations parents-enfants à un âge critique) ? Apprendre à définir le profil psychologique des gens de sa classe permettra-t-il d'affronter et de régler les questions de violence ? Laissez-moi en douter. Je doute qu'en revoyant les images TSR de leur adolescences, ces 7 jeunes ait été enchantés de se retrouver confinés dans les étiquettes du "bon gars" qui a vécu "une adolescence en apparence calme mais cachant une profonde fêlure" (exemple de la description TSR de qui est Thys, l'un des 7 jeunes). Ces étiquettes sont par définition réductrices. La fiche pédagogique propose de retrouver, en visionnant le film, qui est a) la romantique, b) le bad boy, c) l'impatiente, d) la rêveuse, e) le bon gars, f) l'effrontée, g) le philosophe. Est-ce 1. Thys, 2. Aurélie, 3. Mélanie, 4. Virginie, 5. Xavier, 6. Jordann, 7. Rachel ? Qu'à travers ce "film documentaire" on veuille "constituer une boîte noire de l'adolescence" et qu'on travaille sur ce film avec d'autres adolescents, bien ! Mais ne le faisons pas n'importe comment, en réduisant les problématiques complexes et en prenant pour argent content ce qu'on voit sur les images.

Attention, poser des questions de la vie, des questions existentielles, oui, je milite personnellement pour l'instauration - ce dès la maternel comme au Canada - de cours de philosophie pour enfants et adolescent
-e-s dans les écoles, pour leur permettre d'être critiques et d'analyser les situations complexes dont ils sont les actrices et acteurs, même celles concernant la sphère privée (ce, s'ils désirent en parler uniquement!). Mais lorsque l'on s'impose dans la sphère privée (serait-ce avec l'accord des familles et de leurs enfants - d'ailleurs à quel point ceux-ci ont pu dire librement s'ils étaient d'accord - après discussion en famille, de manière totalement individuelle et indépendante- on en doute évidemment) qui plus 0.jpgest caméra au point, on filme l'intimité des gens. La réalisatrice confesse d'ailleurs dans un article au Matin "qu'ils [l'équipe de tournage] ont été mis au courant de choses que leurs parents ignoraient". Cela participe en quelque sort au voyeurisme tant primé dans notre société et si peu dénoncé. Le fait de voir un enfant qui pleure devant la caméra expliquant qu'il ne peut le faire devant ses parents car il "doit être fort" et "y arrive" en face d'eux, c'est troublant. Bien sûr le cinéma est fait pour troubler. Mais ici cela rime malheureusement avec voyeurisme. Il s'agirait de rencontrer les parents de ce jeune, qui ont manifestement besoin de soutien pour être mieux à l'écoute de leur enfant, plutôt que de filmer sa détresse, de manière  invasive et flegmatique. Or semble-t-il, on a préféré choisir des ados cibles, qui allaient correspondre à ce qu'on voulait trouver (l'adolescence est un problème pour tous les jeunes).

De plus, il apparaît dangereux de parler de cinéma, de film, d'intrigue, alors qu'on est aux frontières (bien au-delà même à mon avis) du documentaire, et qu'on filme le cœur, la vie intime de familles réelles qui ne jouent, elles (contrairement bien entendu aux journalistes... où prétendraient-ils à une légendaire mais pour le coup bien chimérique neutralité ?) pas de rôle, mais leur existence même. Quant aux hommes, pères ou beaux-pères, je ne me souviens pas en avoir vu beaucoup - sans doute justement car ils sont jugés comme absents. Mêmes quand il sont là, ils semblent se "gêner" face à la caméra.

D'autres questions apparaissent. Comment ont été choisies les familles ? Selon quels critères, sont-elles plus ou moins représentatives sociologiquement ? On nous dit que seul le "feeling" a été retenu comme critère : «Il s’est fait sans idée préconçue. Nous nous sommes laissé convaincre par la rencontre avec les adolescents, par ce qu’ils nous racontaient d’eux-mêmes.» Difficile à croire. Ensuite, comment ces familles se sont-elles laissées convaincre à éparpiller leur vie intime devant toute la Suisse ? Y aurait-il pour elles un retour financier après une brève renommée et quelques plateaux TV ? Les auteurs sont-ils conscients des biais nombreux possibles d'une telle entreprise, si oui entendent-ils les mettre à jour, les critiquer - du moinsroman02.jpg les assumer ? Sachant le nombre de romands (et autres, Arte en a déjà fait l’acquisition et des discussions sont en cours avec la Schweizer Fernsehen (SF) et la RSTI) qui vont voir ce "film" et vont prendre à la lettre les stéréotypes qui peuvent y être décelés ? Un seul exemple de stéréotype ou de vérité révélée (présentée comme un nouveau dogme), on pense en effet après un tel documentaire, comme le dit le dossier pédagogique, que "en cela, le documentaire est clair : tous les enfants, surtout durant leur phase adolescente, souffrent des mauvaises relations entre leurs parents." Cela s'opposerait à notre perception plus ancienne selon laquelle "l'adolescent, en pleines transformations, veut s'affranchir à tout prix de ses parents". Or, cet aspect est réducteur, comme le précédent : tous les ados ne souffrent pas de mauvaises relations avec leurs parents !

Relevons néanmoins une bonne question dans ce fameux "dossier pédagogique" proposé, à savoir celle demandant aux jeunes de "devenir conscient des concessions faites par les 7 protagonistes pour être filmés, jusque dans l'intimité, pendant 7 ans. Qui accepterait cela ?" Je me permettrai de répondre : "pas moi !". Et le protagoniste Xavier non plus, lui qui, dans le dernier épisode (comme nous l'apprend le dossier pédagogique) dit : "Xavier déplore la sortie publique du film : "Je n'ai pas envie qu'il sorte car c'est une partie de moi que je donne. Mais j'espère que cela va aider des gens".
Est-ce que, pour autant, cela me donne le droit de regarder ces vies s'écouler ? Quelles limites à une œuvre cinémato-"sociologico"-"pédago"-psychologique ?!

Force est de constater que ce film documentaire s'inscrit dans ces rituels toujours plus promus par nos sociétés qui consistent à pousser les gens aux aveux, notamment sur des questions d'ordre privé et intime, comme notre culture judéo-chrétienne (cf. la confession) nous a appris à le faire, et à trouver cela "normal" et même sain : pour ceux qui s'étalent sans gêne, et pour ceux qui écoutent sans gêne non plus. Si bien qu'on ne s'étonne même plus qu'aucune voix critique ne se soit, à ma connaissance et pour l'heure, manifestée. A lire, à ce propos, cet excellent article de Foucault intitulé « L’homme, en Occident, est devenu une bête d’aveu » où l'on pose la question de savoir si l'aveu est réellement l'expérience d’une libération ou s'il est plutôt une réponse à une sommation du pouvoir.


Nous sommes donc en plein dans cette propension de nos sociétés à livrer de l’intimité en pâture au grand public. Peut-être que se voir filmé en train de pleurer en direct expliquant qu'on ose pas le faire devant ses parents, ou être filmé en train de dire que son père ferait mieux de quitter sa mère mais que "quand on s'aime on voit pas les défauts", etc. Peut-être que c'est just le prix à payer pour que le grand public puisse enfin voir ce qu'est "l'adolescence"... Peut-être qu'exposer sa vie devant des milliers de spectateurs est juste la nouvelle manière de faire de la télévision. La ressemblance entre ces émissions de TV réalité et Romans d'ados, c'est que justement tout est fait pour qu'elle devienne des fictions filmées. Je ne sais pas combien d'argent les jeunes et leur famille ont reçu, mais la récompense symbolique n’est pas simplement la satisfaction personnelle, narcissique, d’être passé à la télévision, d’y avoir fait un unique et éphémère passage, ni d'avoir touché un cachet, mais de devenir le personnage d’un récit. Je comprends donc que ce soit quelque chose de valorisant, qui plus est pour de jeunes adolescents qui vivent des moments difficiles. Savoir que des journalistes s'intéressent à notre sort, qu'ils vont faire de nous des sujets de télévision plus tard, participe à ce processus de créer des stars, ce qui d'ailleurs, passionne justement le public, sans qu’il en ait forcément conscience. Ce qui le passionne, c'est les changements qu'il voit sous ses yeux, ici pendant 7 ans (tout ça présenté en 4h de temps) dans la magie du direct et du continu, des gens ordinaires, issus de la vie réelle, devenir du jour au lendemain des personnages, acteurs d’une histoire, d’un récit, d’un scénario qui ressemble à un feuilleton, à une fiction. C'est ce que le public veut, ce dont il est friand. La TSR l'a compris elle qui a déchiré son porte monnaie pour nous présenter l'intimité de 7 familles pendant 7 ans en quelques heures.

Ces personnages puisqu'ils se donnant en spectacle, deviennent des protagonistes, les stars d’une fiction filmée.
Surtout qu'après coup, pas tous les jeunes referaient ce genre d'expérience sous forme de "film docu", comme ils le disent eux-mêmes !

On voit le lien avec la télé réalité, les jeunes sont amenés à donner leurs impressions, à la fin de la production, un peu comme après avoir été éliminés (cf. le loft).

Autre plateau pour en parler, où un jeune filmé explique que "y'a certains trucs que j'ai pas forcément envie que les autres voient". L'impudeur va jusqu'à mettre en avant le fait que l'entreprise est en soi impudique en le faisant dire aux jeunes eux-mêmes (du moins en leur proposant de le faire dans un interview spécifique - une des jeunes n'a d'ailleurs pas participé) ! Pour augmenter la véridicité de l'entreprise, son caractère impartial, et prouver qu'on a rien caché au spectatrices et spectateurs ? On peut se questionner.

On entend aussi : "quand je refusais de les voir [la production] je me faisais souvent engueuler"...

Et le "docteur" psychiatre qui dit qu'il est enchanté, qu'"il y a eu peu d'études sur le long terme dans ce domaine" : même pas un lapsus révélateur, il prend ce "film docu" comme une sujet d'étude... !! Ou quand la médecine perd tout regard critique, ne prend pas de hauteur et s'agenouille devant la pression populaire de son temps !
Et les critiques, me direz-vous, à part celle-ci ? A voir le recueil de "critiques" de presse suite à ce film documentaire. Un seul critique, Aboudoulaye Penda Ndiaye, pour reconnaître le caractère intrusif de ce type de film documentaire... Ou quand la critique sombre dans le politiquement correct...

A relever aussi, cette illusion que Romans d'Ados dépeindrait la réalité même, brute, comme le prétend Frédéric Maire dans l'émission LES TOILES (13/06/10) lorsqu'il dit : "Ce n’est pas tous les jours que l’on voit pour de bon et sans trucages des personnages du réel qui grandissent, qui évoluent et qui se transforment sous nos yeux. On vit vraiment avec ce film une expérience cinématographique terriblement émouvante, celle de toucher du doigt, enfin toucher des yeux le réel à l’œuvre dans la durée et dans la profondeur."

Pourtant tout est trucage, montage, sélections, intrusion, dévoilement. Il faut des aveux et on se débrouille bien de les obtenir, comme dans la télé-réalité, pire puisque avec le film docu on peut choisir les séquences qui vont être les plus percutantes, vont déranger le plus, vont dévoiler le plus. Dommage que la critique soit aveugle et unanime et qu'elle ne perçoive nulle part que ce film docu baigne corps et âme dans le besoin toujours plus incessant pour notre société de tout dévoiler, montrer, sans tabou - quitte à filmer le cœur même de l'adolescence de 7 jeunes et leur famille, pour des milliers de voyeuses et voyeurs : vive la culture de l'audimat.
N'oublions pas donc que c'est toujours des adultes qui filment des ados, et donc le monde du dehors qui, avec ses préjugés et regards propres, avec ce regard d'en haut, emprunt forcément de supériorité et d'autorité - marque par excellence de l'adulte, va forcément transmettre tout ça dans le filmé. Donc c'est surtout cela le danger, que les gens qui regardent prennent cela pour argent comptant, alors que tout cela n'est que montage, séquençage, sélection de ce qui doit être montré ou pas, des questions qui doivent trouver des réponses, etc.

Ce n'est pas qu'une séquence, ce sont quasi toutes les séquences qui sont intimistes et vont au coeur des relations intimes entre parents et adolescents, entre les ados eux-mêmes, etc.

Il aurait été intéressant de laisser les ados eux-mêmes se filmer, monter sélectionner un film avec l'aide de professionnel du film. mais ce n'est pas le cas ici, c'est le monde des adultes qui jette un regard construit sur des familles qui servent de miroir.

On déverse au téléspectateur un trop plein (mais n'est-ce pas le principe de la TV ?) d'informations, qui plus est montées, construites (à dessein...) pour susciter plein de sentiments (n'est-ce pas le but d'un film) et la spectatrice et le spectateur sont sûrement plus désemparé-e-s qu'autre chose à la fin.

Les gens ne vont pas saisir les politiques pour améliorer la vie des ados et des parents d'aujourd'hui en voyant cela, ne nous leurrons pas. Tout au plus ils se diront : "tiens je vis le même calvaire."
Pour finir, je tiens à préciser que je n'ai vu que le 1er épisode, et que j'ai fait part des 1ères remarques "à chaud" sur la démarche elle-même. Je ne prétends nullement avoir un jugement fini sur l'ensemble de la question, mais tenais à vous faire réagir à mes premiers sentiments.

Merci donc pour vos réponses / commentaires ou autres !

Ps: Ce film documentaire fera l'objet d'une discussion sur Infrarouge le 12 janvier 2011 à 22:00. Le tournage aura lieu à Yverdon.
Vous pouvez dès à présent poster votre commentaire et/ou poser vos questions dans le Forum de l'émission "Adolescence je t'aime moi non plus" sur www.tsr.ch/romansdados en suivant le lien "Le débat dans Infrarouge" ou directement sur www.infrarouge.tsr.ch. Les questions posées dans le forum sont régulièrement reprises dans le cadre du débat animé par Esther Mamarbachi.


16:50 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (49) | Tags : jeune, adolescence, violence, romans, documentaire, film, pédagogie, psychologie |  Facebook | | | |