23/08/2010

Yo, También !

En 2009, la 57e édition du festival de Saint-Sébastien avait remarqué que ce film, visible actuellement aux Scala à Genève, n'était pas un film comme les autres, lui qui a reçu le Coquillage d'argent à la meilleure interprétation masculine. Ce prix revient bien sûr à Pablo Pineda, premierère personne en situation de trisomie à avoir obtenu un diplôme universitaire en Europe. Il incarne Daniel, âgé de 34 ans, un homme présentant un syndrome de Down, qui décroche un travail aux Affaires sociales à Séville. Il va tenter de se faire une place au sein de cet organisme, et gagner la sympathie de Laura, pour qui il éprouve des sentiments qu'il aura de la peine à dissimuler.

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C'est donc un film qui mêle à la fois réalisme et interprétation, puisque l'acteur l'explique bien : "j'ai dû réaliser une introspection, revivre des moments très difficiles". Et cela se ressent à chaque instant, tant nous sommes plongés dans la vie de cette personne qui aspire à être reconnue pour ce qu'elle est.

 

Voilà toute la réflexion proposée par ce long métrage. Yo, También. Moi, aussi, j'existe, j'aspire à être aimé tel que je suis dans cette société qui est la mienne tout autant que la vôtre. Pourtant telle que nous est décrite la société, notamment avec les déboirs amoureux de Laura, rien ne laisse présager que l'accès à cette "normalité" soit bénéfique.

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C'est ce que nous compte merveilleusement cette histoire. A la fois ce besoin totalement inné et bouleversant de la revendication à la normalité (et notamment cette question en désespoir de cause de Laura adressée à Daniel : "Pourquoi veux-tu tant être normal ?" qui n'aura pour réponse que les larmes) et de l'autre côté ce véritable hymne silencieux et poétique à la différence.

 

Et cette réflexion sur l'accès à la sexualité et à l'amour des personnes en situation de handicap. L'amour appartient à chaque être humain, en privé une partie de la population sous peine qu'elle a des gènes différents, c'est un acte criminel. Le film le montre bien, et met en lumière les limites d'un système qui exprorie (par la tutelle) les personnes ayant un handicap de leur vie sociale, affective et morale, sous prétexte de ne pas avoir des capaciétés intellectuelles suffisantes.

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Quand comprendrons-nous que l'intelligence est loin d'être réductible au fonctionnement neuronal, à un résultat déterminé par des tests, mais est bien plutôt le résultat d'accumulation d'expériences et d'apprentissages de la vie à la suite de rencontres fécondes avec nos semblables ?! Comme l'exprime bien Daniel lui-même, séparer l'âge chronologique et l'âge mental n'a pas de sens. En effet, nous n'avons qu'un seul âge, et c'est celui qui est mesurable par notre capacité à aimer, à changer de regard sur ce monde, sur autrui, à adopter ce regard inconditionnel et authentique qui révèle l'essence même de l'être, comme le fait Daniel.

 

En résumé, ce film, s'il ne nous bouleverse peut-être pas autant que « Le huitième jour », ne nous laissera pas indifférent à la manière de percevoir le monde, et notre relation aux autres.

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Pour finir, voici dans un interview ce qu'a dit vouloir donner à la société comme message Pablo Pineda :

 

"Je souhaite devenir un exemple. Je veux démontrer que si l'on met en œuvre tout ce qu'on est capable, vous pouvez faire ce que vous voulez. Mais à côté de ce que j'ai pu réaliser, je m'attends également à la société à faire sa part. Je ne veux pas que ce soit un effort d'un chemin. C'est un début de succès et montre aux gens que nous sommes aussi compétents que les autres. Si vous êtes celui qui met en place les barrières, vous détruisez alors les possibilités pour les autres. Et, d'autre part, il est essentiel pour la société de comprendre toutes ces choses."

03:26 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : film, amour, festival, espagne, handicap, intelligence |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci pour cette critique sensible et si juste qui reflète parfaitement ce qu'est Yo También.

Écrit par : colette | 23/08/2010

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