26/05/2010

Burqa, voile : et si on se trompait de guerres de religion ?

Alors que l'islamophobie fait rage en Suisse et partout en Europe, il semble que, après l'épisode peu glorieux sur les minarets, l'interdiction de la burqa soit devenue le nouveau bouc émissaire des problèmes auxquels nous sommes confrontés (dans un récent sondage, 57% des Suisses sont pour une interdiction du voile intégral). Sur ce sujet, on aura plaisir à rappeller que notre "féministe" préférée, Elisabeth Badinter, a fait des siennes il y a quelques temps sur le sujet, avec sa "Lettre a celles qui portent volontairement la burqa"(2009).

Dieu soit loué, elle "s'interroge" pour nous sur ces femmes, du haut de son piédestal ethnocentrique, leur conseillant de retourner dans leur pays :

"Pourquoi ne pas gagner les terres saoudiennes ou afghanes où nul ne vous demandera de montrer votre visage, où vos filles seront voilées à leur tour, où votre époux pourra être polygame et vous répudier quand bon lui semble ?"

Le pire est à venir, puisqu'elle impute à ces mêmes femmes les troubles de leurs "soeurs opprimées" restées au pays :

"En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie. Subversion, provocation ou ignorance, le scandale est moins l'offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos soeurs opprimées qui elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez."

C'est vraiment odieux et nous rappelle la phrase stridente du président français : - la France tu l'aimes ou tu la quittes -

Et pendant ce temps Badinter ne dit toujours rien sur l'utilisation du corps de la femme en tant qu'objet comme un autre pour faire vendre, cela dans nos belles sociétés modernes et laïques (et oui). Normal, la pub est son empire.

Finissons avec une citation d'Alain Badiou tiré de son texte "Derrière la Loi foulardière, la peur" (2004), toujours d'actualité, qui montre très bien que Badinter, comme toute la majorité des mass médias d'ailleurs, se trompe de "guerres de religion" :

"Au demeurant, n'est-ce pas la vraie religion massive, celle du commerce ? Auprès de laquelle les musulmans convaincus font figure de minorité ascétique ? N'est-ce pas le signe ostentatoire de cette religion dégradante que ce que nous pouvons lire sur les pantalons, les baskets, les tee-shirts : Nike, Chevignon, Lacoste,... N'est-il pas plus mesquin encore d'être à l'école la femme sandwich d'un trust que la fidèle d'un Dieu ? Pour frapper au cœur de la cible, voir grand, nous savons ce qu'il faut : une loi contre les marques. Au travail, Chirac. Interdisons sans faiblir les signes ostentatoires du Capital."

Bref, une nouvelle fois, Badinter et ses amis les médias font fausse route. En menant une croisade contre les quelques centaines de femmes qui portent la burqa ou le voile en Suisse, ou contre les centaines d'étrangers criminels , on ne fera que les stigmatiser une seconde fois. De plus cela permettra de voiler (sic!) les véritables problèmes auxquels nous devons faire face (chômage, exclusion sociale, maladies du travail, pénurie de logements, licenciements, spéculateurs, etc.) ainsi que le véritable ennemi qui en est le responsable, à savoir le capitalisme qui organise la marchandisation du monde, dont le corps de la femme réduit à l'état d'objet n'est qu'un exemple, retentissant pourtant, mais jamais combattu par Badinter. Il est toujours plus facile de faire la critique des autres que sa propre auto-critique.

16:30 Écrit par Julien Cart | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : féminisme, voile, burqa, islamophobie, laïcité |  Facebook | | | |