02.01.2012

Quels Verts en 2012 ?

Un bilan 2011 mitigé

L'année 2011 aura vu un bilan mitigé en termes électoraux pour les Verts : perte de sièges dans plusieurs cantons et augmentation de la part électorale dans d'autres. Sur les questions de fond, a-t-on pu lire, le bilan serait positif, en cela que nos idées, telle la sortie du nucléaire, auraient, après des dizaines d'années de luttes, convaincu mêmes les plus récalcitrants. Plusieurs explications ont été tentées pour expliquer ce bilan mitigé en terme électoral, souvent des tentatives dictées par l'émotion - voire l'ambition du moment de certains loups médiatiques censés représenter la nouvelle génération des Verts appelée à remplacer celle du vieil éléphant gauchiste de président, Ueli Leuenberger.

 

L'alliance avec le PS critiquée


Cet empressement a pu faire dire à certains que la défaite des Verts était due à une politique trop calquée sur le Parti socialiste :  « Les socialistes sont étatistes alors que nous sommes plus attachés à la responsabilité individuelle. Nous parlons coopératives, là où ils parlent logement public. » expliquait un de ces jeunes loups médiatiques dès lors prompts à nous vendre de nouveaux alliés moins dogmatiques : « pour la législature à venir: il est temps de collaborer avec les Verts libéraux, «même si ce parti est encore un fourre-tout sans programme politique». «Par le dialogue et l'échange dans un premier temps, puis éventuellement dans le cadre d'une collaboration plus étroite à moyen terme. Pour autant qu'ils se montrent attentifs aux questions sociales et qu'ils renoncent à leur ligne anti-étrangers.» (sic !). Ouf, nous sommes sauvés, il y aura quand même certaines conditions à notre ralliement au "verts" libéraux...


Une alliance avec les Verts lib' contre nature


Ces gens oublient que les Verts libéraux, à Genève et comme dans beaucoup d'autres endroits, se sont alliés avec la droite dure, et qu'à 300 voix de plus, par le jeu des apparentements, ils auraient fait élire Pierre Weiss (à la place de Manuel Tornare, ndlr.), un des pire pro-nucléaire et anti-écolo qui soit... Pourtant tout neuf parti sur la place, les verts libéraux genevois ont déjà eu le temps de s'afficher pleinement à droite. Le PVL s'est clairement positionné en concluant un apparentement avec le PLR et le PDC et il roule pour la traversée du lac et le passage à trois voies de l'autoroute de contournement. Mais l'affaire semble pourtant déjà avancée lorsqu'on entend Isabelle Chevalley : « si la génération d'Antonio Hodgers ou d'Adèle Thorens prend le dessus, les collaborations seront plus aisées ». On n'en doute pas une seconde. Manque de chance pour ces jeunes loups, entre temps les Verts libéraux vaudois semblent préférer effectuer ce dialogue électoral avec l'UDC...


Ce qui rapproche et différencie Verts et Socialistes


Mais parlons du fond, qui touche à l'identité profonde des Verts. On nous explique que « les socialistes ont une vision très centralisatrice, alors que nous, nous prônons plus de responsabilité individuelle tout en restant fermes sur notre ligne humaniste. » et que les Verts peuvent « revendiquer une certaine filiation avec le mouvement libertaire, en rupture avec la vision socialiste type d'un Etat qui organise trop la société et les individus. Nous visons à l'autogestion des individus, en réseau, coopérative, ou association. L'émancipation de l'Homme par lui-même et non par l'Etat, mais où la solidarité et l'entraide jouent un rôle important. »

L'idée est donc de se démarquer des socialistes et de se rapprocher des libéraux. Dès lors on pioche dans l'écologie politique les arguments (responsabilité, autonomie) pour justifier cette démarcation. Or comme l'explique Eva Sas, "l'écologie politique rejoint la social-démocratie sur deux points structurants : la régulation et la répartition des richesses" (Philosophie de l'écologie politique, De 68 à nos jours). S'il semble évident pour tous les Verts que le marché est incapable de résorber de lui-même les questions environnementales, et qu'il faut donc un Etat fort capable de mettre des limites à la dégradation de la planète, il semble que la nécessité de la répartition des richesses, elle, ne soit pas pour tous un élément central que nous partageons avec le PS (bien que les Verts suisses soutiennent officiellement l'initiative 1:12 de la Jeunesse socialiste...). Certains jeunes loups médiatiques ne trouvent même rien à redire au PLR Fathi Derder lorsqu'il affirme que « les affaires éthiques sont juste des questions privées tant que l'on n'appelle pas l'Etat à l'aide. Même chose pour les hauts salaires. Ce n'est pas une question éthique. A partir de quel niveau sont-ils choquants? La législation sur leur plafonnement devient vite impossible à gérer. » (...)

Que les riches soient devenus plus riches et les pauvres plus pauvres, que le temps de travail se soit allongé,  mais le niveau de salaire ait, lui, baissé, que les syndicats aient été affaiblis et aient été poussés à faire des compromis, que les systèmes sociaux sont attaqués et que des millions de gens se voient privés de leur dignité, que l'insécurité et l'absence de perspective gagnent du terrain, tandis que la concurrence, l'agressivité et l'instabilité atteignent de nouveaux pics, qu'à Genève, 15% de la population n'a pas accès à la santé faute de moyens, et qu'il y a un million de pauvres en Suisse, pendant que d'autres reçoivent des salaires indécents ne semble pas déranger certains. Ou du moins, cela ne serait pas régulable...

Pourtant, l'écologie politique rejoint la social-démocratie dans sa volonté de réguler et répartir les richesses. Si l'écologie politique est en accord avec ces postulats des sociaux-démocrates, elle se démarque en effet sur d'autres points. Oui, l'écologie politique entretient des rapports de méfiance avec un Etat fort, qui a été fortement impliqué dans les atteintes environnementales (cf. le nucléaire). Oui l'écologie politique porte plutôt sa confiance vers l'auto-organisation de la société civile. Mais le point central et décisif qui distingue les verts des socialistes est à chercher ailleurs, et cela on préfère ne pas en parler...

Le critère décisif propre à l'écologie politique : la critique de la croissance


Comme l'explique bien Eva Sas, ce qui différencie plus fondamentalement la social-démocartie de l'écologie politique, c'est que cette dernière ne partage pas la croyance dans le progrès et la croissance. Pour les sociaux-démocrates, la croissance économique est nécessaire car elle va améliorer le sort des moins aisés.

Or pour l'écologie politique non seulement la qualité de vie n'est pas strictement liée à la croissance, mais « c'est en maintenant l'illusion d'un mouvement d'ascension social [...] que l'ordre social inégalitaire se maintient. ». Ou comme le disait déjà Jean Baudrillard : « Renversant le faux problème : la croissance est-elle égalitaire ou inégalitaire ? nous dirons que c'est la croissance elle-même qui est fonction de l'inégalité. C'est la nécessité pour l'ordre social « inégalitaire », pour la structure sociale de pivilège, de se maintenir, qui produit et reproduit la croissance comme son élément stratégique. » (La Société de consommation).

Dès lors prétendre, comme se plaisent à le faire certains, que le point d'achoppement différenciant verts et socialistes est la « responsabilité individuelle » (concept méritocrate libéral s'il en est) et la méfiance envers l'Etat, c'est nier les fondements de l'écologie politique et construire le lit d'une nouvelle ligne politique des Verts en faveur de la dérégulation.

La pierre angulaire de l'identité des Verts qui tranche face aux discours et dogmes de la social-démocratie réside dans la critique de la croissance économique qui maintient les inégalités. Le discours écologiste, s'il prétend se nourrir de l'écologie politique au fondement de son combat, doit revendiquer la réduction des inégalités comme objectif en soi puisque nous vivons dans un monde aux ressources limitées et que l'accroissement global des richesses matérielles n'est plus envisageable.

A la croissance, il faut substituer une répartition volontaire des richesses, comme les Verts suisses l'affirment : « Le dogme de la croissance infinie a fait long feu, il faut repenser la production et la répartition des richesses pour ménager les capacités de régénération des écosystèmes. » Cela demande d'engager des véritables politiques de décroissance et de répartition des richesses.

Les Verts, un électorat intéressé par la décroissance à conquérir


Alors que jamais autant de partis, sur l'ensemble de l'échiquier politique, ne s'étaient autant revendiqués du combat écologique, les Verts ne peuvent plus baser leur politique en faisant trop de compromis et, surtout, en n'osant pas s'affirmer sur certaines thématiques pourtant au fondement de l'écologie politique, comme par exemple la décroissance. Cela ne ferait qu'augmenter la perte de repère d'un électorat déjà pour le moins fluctuant, et faire le jeu du capitalisme vert, du greenwahing et autre développement durable, qui veulent nous faire polluer un peu moins pour pouvoir polluer plus longtemps.

Les Jeunes Vert-e-s Genève avaient d'ailleurs bien senti l'importance d'apporter des thématiques fortes capables d'interpeller un électorat qui souhaite un monde différent, eux qui avaient proposé plusieurs propositions radicales dans leur programme pour les élections fédérales et ont permis « d'avoir un discours plus spécifique pour une partie de la population, et d'attirer des électeurs qui ne voteraient pas forcément pour nous », comme l'explique Yvan Rochat, président des Verts genevois. C'est cet électorat qu'il s'agit de (re)trouver dorénavant.

La génération que les médias présentent comme la génération montante chez les Verts, semble n'être finalement rien d'autre que l'appétit politique des quelques jeunes loups davantage attirés par l'attrait d'une position plus libérale pour servir leur ascension politique, que par les fondements d'une écologie politique critique envers le dogme de la croissance économique. Gageons que cette génération ne fera pas long feu, et que les idéaux verts sauront passer au-dessus de l'ambition d'un petit nombre.

Afin d'éviter d'autres camouflets électoraux, souhaitons donc pour 2012 que les Verts aient le courage de leurs idées et de leurs fondamentaux, en osant apporter la thématique de la décroissance dans l'espace public, et ainsi, à continuer de jouer leur rôle d'opposition aux politiques en place, toutes obnubilées par la course à la croissance.

01.01.2012

Le développement durable, ce sommet de l'hypocrisie

Nous apprenons en ce premier de l'an que Rio de Janeiro a dédié son feu d'artifice de fin d'année au développement durable, à l'occasion du prochain sommet de l'ONU, Rio+20, lors d'une fête qui a réuni deux millions de personnes vêtues de blanc sur la plage de Copacabana. Hypocrisie vous avez dit ?

"Quelque vingt-quatre tonnes de feux d'artifice seront tirés pendant seize minutes après minuit, dans la nuit du 31 décembre, en plein été austral. La plage sera d'abord entièrement illuminée en vert en signe de bienvenue au sommet sur le développement durable, qui se tiendra à Rio du 20 au 22 juin."

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Le sommet de l'hypocrisie, commence-t-il donc à Rio dès le 31 décembre en prévision des 20-22 juin 2012 ? Non pas ! Le maire a assuré que l'événement sera «totalement vert», précisant que les émissions de carbone provoquées par la fête seront compensées par des plantations d'arbre. Ouf !

Et les bâches de la scène principale, où se succéderont des chanteurs de musique populaire brésilienne et des artistes internationaux comme le DJ français David Guetta, serviront à fabriquer des trousses scolaires, pour sensibiliser les jeunes au développement hypocrite, euh, durable. Re ouf !

Rio+20 se tiendra vingt ans après le premier sommet de la Terre à Rio et s'est fixé comme objectif d'élaborer un plan d'action pour le développement durable de la planète. Nous sommes sauvés, 20 ans après notre conscience a évolué, notre planète est désormais entre de bonnes mains, cela ne fait plus aucun doute.

Aucun doute non plus, cette année 2012 sera l'objet de luttes écosociales de premiers plans : je nous souhaite donc une belle année d'indignation et d'engagement sous le signe de la décroissance !

18.10.2011

Ou quand Pierre Weiss réécrit les Ecritures

On apprend ce matin que Pierre Weiss s'offusque du fait que les Evangiles ne figurent pas parmi les « grands textes » que l'école genevoise propose aux élèves du Cycle d'Orientation. Le député qui semble élu par Dieu lui-même pour rétablir la Vérité en ce bas monde interpelle en effet le Conseil d'État et les quatre principales Églises chrétiennes du canton. Semble-t-il, ce qui le gêne le plus, ce n'est pas tant l'absence du Nouveau Testament dans les grands textes, mais bien la présence du Coran dans ceux-ci :

« Je souhaite savoir si la présence côte à côte du Coran et de l'Ancien Testament, dans la partie consacrée à la naissance du monde, permet de mettre en lumière que pour le premier la femme est inférieure à l'homme, alors qu'elle est son égale dans le second. »

Nous conseillons à Pierre Weiss de relire ce même texte qu'il dit fondateur de notre civilisation, à savoir l'Ancien Testament, il verra que :

- Adam fut la première créature de Dieu, Eve fut créée à partir d’une des côtes d’Adam.
- Eve est la principale cause de l’expulsion d’Adam du paradis, ayant poussé ce dernier à transgresser la loi divine : elle devient donc l’égérie incontestable du péché originel.
- La femme n’a pas seulement été créée d’Adam, mais elle a été créée « pour » lui...

Mais sans doute que pour le spécialiste des Ecritures qu'est Pierre Weiss, cela est synonyme "d'égalité entre hommes et femmes"... Il pourra même pousser le trait en relisant (ou plutôt en lisant tout court...) le Coran, où l'on ne retrouve nulle part cette image de la conception d’Eve à partir d’une des côtes d’Adam... Au contraire, dans la version coranique, il semble même selon les spécialistes1 que la création humaine n’est pas exprimée en termes de genre et que le Coran utilise indifféremment les termes et images au féminin et masculin, afin de décrire la création à partir d’une seule origine et d’une seule substance… Dans un grand nombre de passages du Coran, en effet, on lit que la création originelle d’Allah était une humanité indifférenciée ni homme ni femme.

Un(e) Pierre dans l'eau, donc, mais avant les élections, un petit article à caractère islamophobe pour récupérer quelques voix chrétiennes, c'est tout ce que cherchait l'élu. Il apparaît malheureusement plutôt vain de vouloir réécrire les Ecritures cinq jours avant les élections... C'est plutôt un miracle qu'il faudrait au PLR pour ne pas sombrer en eaux troubles dimanche...par manque de foi ?

1 voir l'article : L’égalité entre hommes et femmes ; Riffat Hassan, Université de Louisville, Kentucky.

 

09.10.2011

Nous n'avons qu'une seule Terre, et qu'un seul vote !

Depuis maintenant sept mois, les Jeunes Vert-e-s Genève, environ une dizaine de jeunes membres motivé-e-s, se sont mis ensemble avec l'objectif de mener une campagne en vue des élections fédérale du 23 octobre 2011. Est-ce qu'on mesure quelles implications cela demande, de mener une campagne politique ? Le mesurions-nous en avril dernier lorsque nous commencions à nous réunir pour plancher sur le sujet ? Certainement pour certain-e-s (quatre) d'entre nous qui avions déjà été candidat-e-s lors de la campagne municipale de mars dernier. Mais la différence avec cette campagne, c'est qu'elle allait être avant tout de notre cru. C'était en effet à nous d'y apporter notre patte, d'y mettre nos idées, bref, de l'habiter de A à Z et de lui donner vie. L'occasion rêvée donc de pouvoir exprimer nos idées, nos convictions, nos questionnements, et de pouvoir les défendre ensuite, dans l'espace public, en essayant de donner corps à ces idées à travers des supports de communication différents de ce qu'on rencontre d'habitude, capables d'interpeller les jeunes générations.

Cette démarche auAffiches_RVB_A4_WEB_Page_4.jpgssi haletante qu'harassante touche quasiment à son terme, et c'est avec soulagement que nous arriverons au 23 octobre avec l'impression d'avoir beaucoup donné. Et beaucoup appris.

D'abord il a fallu réfléchir sur un programme, lequel se voulait pluri-thématique, puisqu'il finira par proposer des pistes aussi bien en matière de logement, d'agriculture, de mobilité, d'énergie, d'égalité entre les sexes, et autres.

Se mettre d'accord entre nous ne fut pas évident, cela a demandé des compromis des un-e-s et des autres, des moments de frictions et de longs débats sur le fond des sujets. Cette une force de pouvoir bénéficier en fin de compte de ce processus, car nous avons dû nous approprier totalement ce programme pour pouvoir nous y retrouver toutes et tous et le défendre ensuite dans l'espace public.

Ce que nous voulons apporter comme nouveauté à Berne, c'est la question des limites de notre planète. Nous voulons ébranler les esprits qui se reposent encore sur l'idée que la croissance est la panacée pour nous sortir des crises que nous connaissons. Nous voulons donc retrouver les fondements de Affiches_RVB_A4_WEB_Page_2.jpgl'écologie politique, qui avait vu dans la critique du productivisme et donc de nos modèles de développement (surconsommation, transports énergivores, agriculture intensive, filiè­res industrielles et militaires nocives et inutiles) une remise en question du modèle capitaliste basé sur l'idée même de croissance et de profit. Ce que nous critiquons, c'est aussi bien le mirage d'une techno-science censée apporter des so­lutions aux préoccupations écologiques (voitures électriques, décontamination, organismes géné­tiquement modifiés, biogaz et éthanol, et plus récemment des projets démagogues et néo-coloniaux tels que Desertec) que les outils du système qui nous maintiennent prisonniers de cette croissance (obsolescence programmée des objets, publicité, crédits à la consommation, greenwashing, ...). Ces processus nous rendent dépendant-e-s des grosses firmes et créent en nous de faux besoins.

Aujourd'hui pourtant, comme le souligne Hervé Kempf, «l'augmentation de la consommation matérielle globale n'est plus associée à une aug­mentation du bien-être collectif - elle entraîne au contraire une dégradation de ce bien-être.» En ef­fet, la croissance érigée en dogme provoque l'épui­sement des ressources naturelles de la planète, la dégradation de la biosphère et les inégalités entre ceux qui profitent de la croissance et ceux qu'elle sacrifie, sans compter l'uniformisation culturelle qui en résulte.

Les Jeunes Vert-e-s Genève appellent donc, à travers des mesures concrètes et réalistes, la société suisse à remettre en question le système que nous connaissons et à respecter les limites de la biosphère. Cela nécessite un changement autant des mentalités que des comportements. Le travail prend une place immense dans nos sociétés, car il est à la fois le moteur de la croissance et le moyen principal de socialisation. Nous voulons démonétariser la société, et donc réduire le temps de travail de manière drastique, afin que les citoyennes et citoyens aient plus de temps à disposition pour lire, réfléchir, se met­tre au jardinage, aux techniques artisanales ou de réparation, au travail bénévole et coopératif, bref, pour travailler moins et vivre mieux !

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Ce changement de paradigme que nous désirons, ne va pas sans réduire la surconsommation et les besoins en énergie ni sans s'attaquer à la croissance des inégalités. Comme le dit bien Hervé Kempf, c'est avant tout « les riches qui détruisent la planète ». Nous proposons donc d'instaurer un revenu minimum et un revenu maximum, de promouvoir un revenu de base suffisant (allocation universelle). Nous proposons aussi un modèle déjà réfléchi en Angletterre et en France, les quotas d'énergie, qui sont une allocation équitable de quantité de ressources (notamment énergétiques) par habitant-e-s, échangeables dans les limites d'objectifs nationaux de réduction de consommation. Nous nous engageons aussi pour une sortie du nucléaire crédible et réaliste, basée sur la remise en question de nos modes de vie afin de réduire les besoins en consommation d'énergie. Nous sommes favorables à des solutions transitoires (centrales à gaz) sans compromettre la réduction des émissions de gaz à effet de serre (réduction en Suisse, sans possibilité de compensation à l'étranger).

Enfin, il est indispensable de relocaliser notre économie en réduisant la distance des emplois et des loisirs, en supprimant les avantages fiscaux accordés aux entreprises multinationales ou grandes entreprises suisses pour les réaffecter aux entreprises respectant les critères de l'économie sociale et solidaire, et enfin, en régulant les importations selon des critères écologiques et sociaux.

Vous le savez, nous n'avons qu'une seule Terre. N'oubliez pas non plus : nous n'avons qu'un seul vote. Découvrez nos 7 candidat-e-s !

… pour « rendre d’autres modes de vie possibles » et pour rendre le sourire aux Jeunes Vert-e-s, en contrecarrant le réchauffement climatique...  Votez la liste numéro 5, Les Jeunes Vert-e-s Révolutionn'AIR !

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06.10.2011

Prostitution et UDC ou la morale au service de sa caste

On apprend que l'udc veut « interdire l’offre publique de services liés à la prostitution dans un rayon de 500 mètres aux abords des écoles fréquentées par des mineurs ». Au lieu de s'engager clairement contre la prostitution, ce reliquat patriarcal qui bénéficie du marché capitaliste pour se développer et perpétuer l'esclavage sous couvert juridique, l'UDC préfère cacher la merde aux chats en l'enlevant du regard des enfants transitant dans le quartierspip.php.jpg des Pâquis à Genève. Au nom de la morale petite-bourgeoise, afin de ne pas choquer les enfants, et non parce que la prostitution est dégradante pour les femmes et hommes qui y sont employé-e-s et réduit-e-s pour l'immense majorité, faute de salaire digne.

On lit en effet : "Les prostitutions d’escorte et de salon ne sont pas visées et pourraient continuer à s’exercer puisque soustraites à la vue des enfants" (!!!).

L'UDC explique donc ainsi qu'elle veut préserver la possibilité pour les vieux conservateurs bourgeois friqués à la morale sélective de continuer eux à utiliser les corps réduits à l'esclavage des escortes, dans les hôtels de haut standing- en dehors du regard des enfants : "Seules les formes visibles de la prostitution, comme par exemple le racolage, mais aussi les supports publicitaires, affiches, vitrines et enseignes indiquant que des prestations sexuelles tarifées sont bannies."

Comme quoi on défend sa caste jusqu'au bout, au nom d'une pseudo morale désuette. Dégoûtant.

Il faut au contraire lutter pour l'abolition du système de la prostitution, lequel ne permet pas une manne économique pour les femmes mais est une monétarisation du patriarcat. La légaliser, c’est renforcer les inégalités. A signer le manifeste européen pour s'engager à ne pas être complice du système prostitueur et demander aux personnalités politiques au niveau local, national et européen, d’agir vers une Europe libérée de la prostitution.

Les corps des femmes et des hommes ne sont pas à vendre. Sortons de l'esclavage au nom du fric.

Voici le spot de la campagne :


05.09.2011

Droits politiques des étranger-ères : après la pluie, le beau temps !

Ce 4 septembre 2011 restera comme un dimanche pluvieux dans tous les sens du terme pour les étrangères et étrangers vaudois-e-s. L'initiative «Vivre et voter ici» qui prévoyait d’accorder les droits politiques (vote et éligibilité) cantonaux aux étranger-ères établi-e-s depuis 10 ans en Suisse et depuis trois ans dans le canton, a été refusée par 69% des votant-e-s. Alors que depuis 2003 les étranger-ères votent et sont élu-e-s au niveau communal, l'étape suivante logique était l'acquisition des droits politiques complets au niveau communal et cantonal.

Le résultat disproportionné est à l'image des moyens déséquilibrés qui ont caractérisé la campagne. Bien qu'un large front se soit erigé afin de soutenir l'intiative, allant de la société civile en passant par des personnalités engagées, et bien que le PDC ait permis de forger une majorité virtuelle au niveau des partis politiques, les forces étaient largement inégales. A ce propos il est nécessaire de souligner le pas fait par l'assemblée générale du PDC vaudois, qui a osé soutenir une initiative qui avait peu de chance d'aboutir, préférant le risque politique consistant à défendre des valeurs fondamentales, plutôt que de céder au calcul électoral, élections fédérales approchant.

Nous le disions, cette campagne était désquilibrée. D'abord, au niveau du financement. Pour s'en donner une simple idée, considérons le simple coût du tout-ménage dans tout le canton (

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environ 50'000 CHF) du PLR, soit deux fois et demi le budget total de campagne des initiant-e-s... Et l'UDC dans tout ça ? Trop omnibulée par ses affiches au niveau suisse pour stopper l'immigration, elle s'est malgré tout signalée en proposant une affiche aussi pitoyable qu'indécente (voir affiche ci-joint, Illustration : Le Courrier, mardi 28 juin 2011).

Outre ce déséquilibre financier, qui est récurrent malheureusement en politique et fausse le débat démocratique, les arguments mis en avant pour que la population rejette massivement cette initiative étaient pour le moins falacieux. Le principal de ces "arguments" a été de mettre en avant la confusion qu'impliquerait la reconnaissance de la citoyenneté locale avec le processus d'acquisition de la nationalité.

Pour le PLR, et son Conseiller d'Etat Philippe Leuba, "un lien étroit doit exister pour l’étranger entre la naturalisation et la jouissance des droits politiques. La naturalisation, c’est l’expression qu’on fait partie désormais d’une communauté", lequel conclut que "cette initiative vide de sa substance la nationalité". Dit de manière plus populiste et extrémiste, cela donne : "Un «oui» serait «un premier pas vers la destruction des valeurs de la Suisse", Fabrice Moscheni, président de la section vaudoise de l'UDC.

Les forces de droite oublient que depuis les fondements de nos états de droits, la citoyenneté précède la nationalité. Mais comme l'explique bien Minh-Son Nguyen (voir "Panorama des droits politiques des étrangères et des étrangers en Suisse"), avocat et professeur de droit aux Universités de Lausanne et Neuchâtel, aujourd'hui la tendance veut que la nationalité soit la condition de la citoyenneté car la nationalité est devenue un privilège octroyé par les autorités. Or l’approbation des lois doit être l'apanage de celles et ceux à qui elles s'appliquent, sans distinction de l'origine (donc de la nationalité) ni d'autres critères subjectifs et discriminatoires. Le principe démocratique implique certes l'existence d'un lien spécifique censé faire le trait d'union entre la personne et l'Etat : mais en quoi ce lien serait-il nécessairement la nationalité ? Les nationaux appartiennent au corps électoral, bien évidemment, mais celles et ceux qui ne le sont pas, juridiquement, rien ne dit qu'ils ne peuvent pas y avoir accès.

La question qui est posée, est de définir quel est le critère objectif et pertinent qui doit décider de la capacité de voter et d'être élu-e. Au cours de l'Histoire, plusieurs critères ont été avancés comme la capacité de discernement politique (et on a donc exclu les enfants, personnes handicapées, etc.), ou le critère de la proximité, pour éviter le tourisme électoral. Ce critère prime d'ailleurs dans notre système sur celui de la nationalité : en effet, les Suisses exilés à l’étranger n’ont pas la possibilité de se prononcer sur les sujets cantonaux.

D'autres critères bien plus pernicieux ont été retenus, puisqu'on a eu recours aux critères du sexe, de la religion, de l’état civil, de la fortune, pour exclure les gens des droits politiques. La question à se poser est donc la suivante : la nationalité est-elle un critère différent de ces derniers, moins stigmatisant, moins ségrégatif ? Il n'est jamais trop tard, pour la population vaudoise, d'en douter.

Autre argument souvent mis en avant : « Ils n’ont qu’à se naturaliser » : on connaît pourtant la difficulté pour acquérir la nationalité en Suisse, on sait même que les démarches sont longues, chères, et parfois humiliantes, que les conditions sont plus rudes qu’ailleurs. On sait aussi que, dans les révisions qui s'annoncent, l’accès à la nationalité sera conditionné à la titularité d’une autorisation de séjour. Sans compter que certains pays ne reconnaissent pas la double nationalité...

Dès lors il apparaît évident que, si l'ont refuse les "arguments" populistes, la nationalité ne peut être confondue avec l’engagement civique sur le lieu de résidence. La nationalité est bien plutôt le résultat d'un choix, lequel pousse à accomplir notamment le service militaire, permet de se voir protéger hors du territoire, et rattache à une identité culturelle, qui souvent se fait au détriment d'une précédente attache nationale. La citoyenneté nationale s'exerce donc à l'échelon fédéral et conclut un processus individuel et volontaire de naturalisation, lequel ouvre, indépendamment de toute résidence, un droit de codécision, au-delà de la souveraineté cantonale, aux affaires publiques de l’ensemble du pays.

Malgré le résultat pluvieux de ce dimanche, le combat pour les droits politiques des personnes d'origine étrangère doit continuer. Le combat pour le droit de vote des femmes ne s'est pas fait en un jour, il a même dû affronter des défaites encore plus graves que celle-ci. Et pourtant aujourd'hui plus personne (encore que, certains masculinistes en sont largement capables) n'ose ouvertement le remettre en question. Il en sera de même pour les droits politiques des personnes d'origine étrangère. Après la pluie, vient le beau temps !

A Genève, la question des droits politiques des étranger-ères est prise en otage par une Constituante qui ne s'est pour l'heure que très peu avancée sur ces questions. Pire, alors qu'elle avait accepté d'inscrire au niveau communal, grâce notamment aux pressions exercées par la pétition déposée par ViVRe (Vivre Voter Représenter) le droit d'éligibilité des personnes étrangères en sus de l'actuel droit de vote, la majorité de droite de cette Assemblée voudrait aujourd'hui sortir le droit d'éligibilité communale du projet de constitution et en faire une votation séparée ! Gageons que les désolants résultats vaudois ne feront qu'amplifier le peu d'esprit novateur qui caractérise les rédacteurs de cette Constituante, qui vont accoucher pour Genève d'une Constitution indigne d'un canton aux origines essentiellement multiculturelles. Le peuple genevois ne s'y trompera pas au moment de se rendre aux urnes. Il s'agira alors de s'engager dans un nouveau combat pour qu'enfin un dimanche électoral ensoleillé puisse consacrer un droit fondamental qui ne serait que justice, à une commaunauté étrangère qui n'a cessé, au long de l'Histoire, d'apporter à Genvève sa richesse culturelle, sociale et économique.

19.07.2011

Ecole le mercredi matin : NON à la semaine de 60 heures dès 8 ans !

Nous apprenons ce matin que le référendum contre le projet de loi sur l'horaire scolaire a abouti à un «non» massif contre l’école le mercredi matin : très beau résultat donc, où pas moins de 18'000 genevoises et genevois ont montré ne pas être prêt-e-s à abandonner leurs enfants aux sirènes sarkosystes du "travailler plus pour vivre moins", et préférer la touche qualitative à celle quantitative : il faut en effet donner plus de moyens pour développer la qualité de l'enseignement, avec des classes plus petites et davantage d'enseignant-e-s, et non pas offrir un chèque en blanc à une augmentation quantitative qui ne fera que prétériter les élèves ayant besoin de plus d'attention.

Celles et ceux qui essayent de nous vendre ce projet du DIP, PLR en tête, collectionnent en fait les faux arguments, soit donc la désinformation. Ils prétendent que Genève a moins d'heures d'enseignement que les cantons de Neuchâtel ou du Jura, or c'est faux. Autre argument fallacieux, HarmoS imposerait une augmentation de l'horaire. Or c'est faux. Enfin, les résultats PISA pour Genève en tenant compte de la proportion d'élèves allophones et de classes hétérogènes, sont mêmes fort probants.

Bref, la posture des tenants du travailler plus pour gagner (en l'occurrence ici apprendre) moins, dès l'enfance, repose sur trop d'arguments inexacts avancés : il faut clairement augmenter les moyens, pas l'horaire. Croire qu'en augmentant cet horaire cela permettra de dépasser les résultats des autres cantons est aussi naïf que désolant. Une fois de plus avec cette mesure libérale, les enfants en difficultés en pâtiront, et c'est bien là le problème ! Car que signifie en fait cet allongement de l'horaire si ce n'est la perspective d'avoir moins d'enseignant-e-s, et plus d'élèves par classe ?! En effet seuls 120 postes seront créés, couvrant à peine les 4 périodes qui seront créées... Cela ne permet donc pas d’améliorer le taux d’encadrement des élèves, comme l'explique bien Laurent Vité, président de la Société pédagogique genevoise, pour qui l’école le mercredi matin est "une réforme qui va pénaliser les élèves". Et qui plus est, comme d'habitude, ce sont les plus fragiles d'entre eux qui vont devoir casquer au nom de l'augmentation de l'horaire... pendant que les plus doués s'en sortiront toujours mieux. En effet, il faut savoir qu'avec cette réforme, nous allons vers la suppression partielle des périodes de coenseignement (il s'agit de classes où un maître spécialiste intervient dans la classe d’un enseignant, ce qui permet de donner plus d'attention aux élèves en difficulté) pour récupérer des postes... Et oui, une réforme libérale et méritocratique, on vous le disait.

C'est donc à travers des projets sérieux en matière de redotation d'enseignants (pas d'horaire!) par classe dès le plus jeune âge, et en abaissant la moyenne d'élèves par classe, que l'on permettra aux élèves des parents les plus défavorisés d'obtenir eux aussi de bons résultats : il est illusoire de ne serait-ce qu'imaginer changer un système qui les prétérite déjà en augmentant l'horaire : malheureusement l'idéologie néo-libérale du plus équivalent au mieux a montré qu'elle n'a pour conséquence que de laisser de côté celles et ceux qui ont besoin de plus d'attention pour se développer.

Enfin, il faut dire non à cette augmentation d'horaire pour maintenir une qualité de vie pour les parents autant que pour les enfants, il y a une vie en dehors de l'école, c'est même là, dans la nature, qu'on apprend et expérimente toute une série de choses : déjà les genevois-e-s ont voté pour l'accueil à journée continue (7h-18h !) : que désirerons-nous ensuite pour nos enfants, travailler 7 jours sur 7 ? comme dans la chanson de Renaud "Papa c'est quand qu'on va où ?" et la semaine de 60 heures cartables au dos ? Non, nous désirons une école de l'émancipation, pas de la soumission au quantitatif !

Le mercredi congé, c'est encore ce qu'il reste d'humain dans une société gagnée par la compétition, la sélection et la surconsommation. Ne le sacrifions pas sur l'hôtel du quantitatif et du productivisme.


Les Jeunes Vert-e-s Genève proposent dans leur programme pour Berne (à découvrir ici) une baisse drastique du temps de travail (semaine de 4 jours, pas plus de 8 heures par jour). Ce n'est pas pour compenser sur le dos des enfants. Cette augmentation d'horaire est donc anti-pédagogique, il faut sortir de cette idéologie du "plus équivaut à mieux", ce dès l'enfance. Décolonisons notre imaginaire !

23.06.2011

Ce que les libéraux veulent

Avant tout, rendons à Mme Sandoz ce qui appartient à Mme Sandoz. Sa franchise et son naturel. Tellement que parfois elle parvient encore à nous étonner. On se souvient de l'infrarouge du 14 juin où cette dernière expliquait qu'en tant que protestante libérale elle n'était pas en faveur du mérite. Une libérale non méritocrate, tiens, il fallait le faire !

Mais aujourd'hui paraît dans le Temps une chronique de Suzette Sandoz intitulée "Ce que le peuple veut", où elle s'en prend d'ailleurs à un vert libéral (et oui, il existe bien des libéraux non méritocrates, alors pourquoi pas des verts lib'...) et explique que ce n'est pas parce que le peuple veut sortir du nucléaire, et qu'il le montre dans des manifestations, qu'il faut en sortir. Le fond de la pensée de Madame Sandoz est que la manifestation n'exprime pas la volonté populaire, pire, qu'elle est d'aspiration totalitaire car elle est guidée par la passion et non le débat rationnel. A ce qu'elle perçoit comme une pseudo expression populaire à tendance totalitaire, elle l'oppose à l'expression pure, vraie et libre de la votation démocratique qui s'exprime dans les urnes où, contrairement à la manifestation, "seuls participent au scrutin les titulaires du droit de vote, donc, le "peuple" dont les élus politiques ont la responsabilité".255770_10150266310306967_610301966_8850649_3137428_n.jpg

Ce qui dérange en fait Madame Sandoz, c'est que d'autres personnes que les "titulaires" du droit de vote (quelle triste expression) puissent s'exprimer sur des débats qui concernent toute la population (et non seulement les privilégié-e-s qui en détiennent le droit du fait de leur passeport). Ce qui dérange en fait cette libérale non-méritocrate (sic!) c'est que les manifestant-e-s ne sont pas réellement libres, puisqu'ils "obeissent à des slogans qui sont assimilables à de la pub". Suzette Sandoz se montre quelque peu naïve : parce que le débat démocratique débouchant sur un scrutin permet des débats contradictoires, le peuple "titulaire" serait moins manipulé... Et les slogans de l'UDC qui manipulent ce bon peuple jusque dans ses boîtes aux lettres, grâce aux comptes en banque bien fournis des bienfaiteurs libéraux de ces partis ? Comme si le débat et les arguments passionnels étaient réservés à la rue...
Pour l'ancienne conseillère nationale libérale, les manifestations sont trop brouillonnes et spontanées, alors que dans un débat démocratique finissant dans l'urne, il y a une campagne et des débats contradictoires organisés. Premièrement, cela démontre que Mme Sandoz ne connaît pas les manifestations (pas étonnant, elle n'y participe jamais) : il y a tout un travail participatif et collectif en amont pour préparer justement ces slogans, pour déterminer de manière plus ou moins démocratique qui va parler, quel message nous allons donner, etc. On peut regretter que bien sûr, la voix de chaque individu, mêlée à celle de la foule, soit forcément quelque peu dissoute dans le mouvement populaire, même si chacun-e vient avec le message qui lui est propre et l'exprime ou non sur une bannière, ou en son fort intérieur : mais n'est-ce pas justement en s'unissant derrière une cause que l'on démontre combien elle tient à coeur d'une partie de la collectivité et qu'il est donc légitime de se faire entendre ? Libre à celles et ceux qui ne sont pas d'accord de faire de même, et cela ne débouchera pas forcément par de la violence, contrairement à ce que prétend S. Sandoz.

C'est assez étonnant chez Mme Sandoz cette méfiance intrinsèque envers les manifestations. On ne peut l'expliquer autrement que par une crainte des mouvements populaires contre une caste de privilégiés, contre un ordre fantasmé où seule une élite pourrait s'exprimer sur les questions qui concerne chacune et chacun dans la cité. Etonnant qui plus est lorsqu'on connaît le combat de Mme Sandoz pour l'égalité des droits entre femmes et hommes : non titulaires du droit de vote, ces dernières ont bien dû se faire entendre par la caste mâle qui tentait de les contenir dans l'espace privé le plus longtemps possible afin de garder leurs privilèges. Mais peut-être que Madame Sandoz pense que, un beau matin de scrutin populaire en 1971, les hommes se sont levés...comme un seul homme de leur lit en se disant "tiens, octroyons le droit de vote à la moitié de la population encore non-titulaire, et tant pis pour la perte des privilèges qui en découlera", et que le suffrage féminin est né ainsi en Suisse...

Malheureusement les droits ne s'obtiennent pas simplement grâce aux scrutins populaires : en effet, aussi nombreux ces scrutins ont-ils été pour enfin aboutir au suffrage féminin, les femmes étant dans la sphère privée majoritairement, elles ne pouvaient pas se reposer sur l'espoir et l'impact d'un débat contradictoire d'égal à égal. Elles n'étaient pas devant les caméras pour défendre leur droit mais bel et bien dans la rue pour changer les mentalités. Se sont donc bel et bien les nombreuses manifestations (grève des femmes en tête) des femmes dans la rue qui ont permis les changements de mentalités et de rapports de force nécessaires à l'accès au suffrage féminin.

La vision sociétale de Mme Sandoz est donc aussi naïve que méprisante. Naïve parce qu'elle pense que les droits s'acquièrent uniquement par les urnes, alors que tout dans notre société montre que ce sont des rapports de forces (non-violents) qui ont permis aux plus faibles de défendre leurs droits (pensons aux syndicats) contre les possédants. Les manifestations sont des moyens de porter dans la rue les débats et questions importantes, et de donner place aux contre-pouvoirs des dominants qui détiennent les clés de la société sans que personne ni redise quoi que ce soit. Méprisante, car elle prétend que seuls les "titulaires" des droits démocratiques devraient pouvoir se prononcer et être pris en considération dans les débats de société. Or c'est dénier, au nom d'un papier qu'ils n'ont pas, le droit dès plus démocratique de s'exprimer, eux qui participent activement comme tout un chacun à la vie en société, payant des impôts et nos retraites, créat du lien social.

En un mot, ce que les libéraux veulent et Mme Sandoz en tête, nous ne le voulons pas. Nous ne voulons pas de la société asceptisée et élitiste, bien ordonnée où rien ne dépasse, de la libérale "non méritocrate". Vivent les manifestations et l'expression citoyenne qui jaillit et redynamise les débats souvent enlisés des scrutins électoraux ! Vivent celles et ceux qui ont encore envie de descendre dans la rue pour s'indigner, et pour revendiquer des causes justes. Les révolutions arabes et les mouvements de contestations des Indignés qui se propagent un peu partout sont les preuves vivantes, s'il le fallait encore, que la manifestation publique demeure un levier indispensable à la bonne marche de la démocartie. Puissent les libéraux genevois qui veulent restreindre les droits de manifestation, s'en inspirer.

14.06.2011

We can do it (too) !

En ce 14 juin 2011, dans toute la Suisse, nous fêtons plusieurs anniversaires1. Les hommes seront nombreux à manifester avec les femmes dans les rues de Suisse, espérons-le. Pourtant, forts des avancées législatives, beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens croient que l'égalité entre les sexes est désormais acquise, que le mouvement féministe n'a plus de raison d'être et que les inégalités ne concernent que les autres cultures. Nombreux sont celles et ceux qui estiment que nous vivons dans le « mythe-de-l'égalité-déjà-là »2, et que le patriarcat ne serait qu'un vieux souvenir.

On a cependant pu relever combien notre société demeurait emprunte de patriarcat lors de l'affaire DSK (voir à ce propos mon blog "Le procès DSK : révélateur de l'inconscient machiste et raciste des dominants"), et les commentaires sexistes des personnalités publiques qui ont suivi. Aucun mot pour parler de la victime présumée, une minimisation de l'horreur que constitue le viol, et pas un mot sur les milliers de victimes qui n'osent pas porter plainte en Suisse et dans le monde.

Quant à l'égalité, elle n'est pas acquise dans les faits, et loin de là. Pire, les lobbies « masculinistes » très riches et bien organisés, surfent sur la tendance et prévoient des listes en vue des élections fédérales d'octobre3. Avec en ligne de mire, la remise en cause des lois sur l'avortement, sur le harcèlement sexuel ou sur le divorce ainsi que de la pénalisation des violences masculines contre les femmes et contre les enfants, tout cela sous prétexte que les femmes auraient obtenu trop de droits et seraient les nouvelles privilégiées. 220px-We_Can_Do_It!.jpg

Or ces revendications qui émanent des milieux de défense des pères oublient que ces droits acquis par les féministes ont été arrachés dans la lutte, et qu'avant eux, les femmes ont dû assumer des devoirs : la contraception avant l'IVG, le travail domestique avant la garde des enfants, tout le contraire de ces mouvements « masculinistes » qui voudraient le beurre et l'argent du beurre : la garde partagée, mais sans partage des tâches domestiques, ni la remise en question de l'attribution du patronyme aux enfants.

C'est vrai, certains hommes se sentent eux aussi discriminés de par leur sexe. Mais cela n'est rien comparé au système d'oppression qui existe envers les femmes, et ce malgré les lois inscrites dans notre Constitution. En effet, les femmes continuent de subir des pressions plus grandes que les hommes dans toutes les sphères de la société. En tant qu'hommes, sommes-nous le symbole de la conception et de l'élevage des enfants ? Avons-nous, à cet égard, reçu une poupée et une dînette à chaque Noël pendant que notre sœur recevait un jeu pour devenir super héros ? Avons-nous les mêmes risques de subir des violences physiques, sexuelles ou verbales, à l'instar de 40% des femmes en Suisse ? Est-ce que lorsque nous parlons en assemblée, nous nous faisons couper la parole 8 fois sur 10 ?

Dans le monde professionnel, ce n'est pas mieux : le taux d'activité des femmes est inférieur à celui des hommes et leur taux de chômage plus élevé. De plus, le travail à temps partiel reste l'apanage du travail féminin, sans que ce soit un choix. Par ailleurs, les femmes demeurent en retrait des décisions : 82% d'hommes sont en train de rédiger la nouvelle Constitution de notre cher canton de Genève, des hommes qui ont osé proposer la rédaction d'une Constitution cantonale sans y inscrire l'égalité entre femmes et hommes, une première historique en Suisse.

Enfin, vous l'aurez remarqué, les femmes ne sont par contre pas sous-représentées sur les publicités, où on les voit couramment dans des positions suggérant des viols collectifs, ou encore abêties, sans compter la prostitution et la pornographie : le corps des femmes doit être disponible pour assouvir les plaisirs masculins et engraisser le capital.

Si toutes ces inégalités perdurent, c'est qu'il existe un rapport social qui les rend légitime. Et c'est bien à ce rapport d'oppression que les féministes s'attaquent, et aux privilèges masculins qui en découlent. Dès lors, pour certains hommes, l'évolution féministe devient un problème, et ils se battent pour revenir en arrière. Pourtant, c'est hors de la guerre des sexes que l'égalité se dessine : le féminisme ne souhaite ni opposer un sexe contre l'autre, ni évacuer les hommes des combats à mener, mais cherche bien au contraire à dénoncer, ensemble, le rapport d'oppression entre les sexes qui structure nos sociétés en défaveur des femmes.

En tant qu'hommes, nous avons une responsabilité encore plus grande dans la reproduction sociale de cette domination à l'encontre des femmes, du fait des privilèges que nous procure la position de dominant. Comme le souligne Christian Schiess dans un article au Courrier, "une position d’homme procure un accès prioritaire aux ressources matérielles et symboliques, par exemple à un travail mieux payé et mieux reconnu, ou encore à une plus grande liberté dans l’usage des espaces publics. Les hommes développent diverses stratégies pour accéder à ces privilèges, même si ces stratégies ne sont pas toujours conscientes."

Prendre conscience de notre position de privilégiés et de ces stratégies qui la préserve (à savoir la domination lors des prises de décision, les temps de parole dans les débats, la division genrée des tâches, les propos sexistes, etc.) est donc un premier pas à faire pour nous désolidariser des mécanismes d'oppression qui structurent la société à tous les niveaux. Nous ne pouvons pas/plus nous cacher derrière une pseudo aliénation masculine qui serait à chercher dans le poids du viriarcat qui pèserait sur nos épaules : certes la socialisation masculine nous apprend à recourir aux postures de dominants dès l'enfance, et il est difficile d'y déroger, certes les médias dominants et l'inconscient collectif n'aide pas à cette prise de conscience. Néanmoins c'est à nous de faire le pas, de nous décentrer et de comprendre pleinement l’existence des femmes et leur vécu opprimé. Le meilleur moyen pour ce faire demeure de rencontrer des femministes et de se mêler à leur lutte. Le 14 juin est donc un très bon moyen pour ce faire !

Pourtant, certains, Pascal Bruckner en tête (voir son article au Matin faisant l'amalgame entre le puritanisme américain et l'affaire DSK : et voir ceIllustration article 14 juin Julien C..JPGt autre article d'une journaliste française à New York qui lui répond très bien, et montre le retard pris dans nos pays quant à la dénonciation du harcèlement), avec sa grande amie Elizabeth Badinter, dénonceront dans cette posture féministe la victimisation des femmes. Ce cher Bruckner est en effet devenu depuis plusieurs années le chantre de la lutte contre la « victimisation » plutôt que contre les discriminations. Qu'est-ce donc ? Comme nous l'explique Mona Chollet dans "Rêves de droite, Défaire l’imaginaire sarkozyste", c'est l'arme idéologique la plus récente pour dénigrer celles et ceux qui luttent contre les discriminations, en les accusant de procès en « victimisation ». Le discours de Bruckner dépasse les seuls féministes, sont visés les descendants d’esclaves ou de colonisés, et par extension toutes les formes de plainte, de contestation ou de revendication.  Et c'est bien ce cher Bruckner qui a lancé le concept, en 1995, et qui ensuite a été popularisé par Élisabeth Badinter (son écrit "Fausse route" consacré aux « excès » du féminisme, en 2003, se référait dès les premières pages à Bruckner...tiens tiens).

Ce discours qu'implique-t-il au-delà d'un simple machisme obsessionnel défendant ses privilèges ? Il implique le postulat naïf d’une égalité de départ qui nie les systèmes d'oppression qui existent (envers les classes défavorisées comme envers la classe de sexe des femmes) et nous met de manière inégalitaire devant les possibilités offertes. Ce cher Bruckner est le champion de ces concepts vides des « y a qu’à », « y a qu’à s’épanouir en tant qu’individu », « y a qu’à voyager », « y a qu’à se prendre en main », et, pour les femmes battues, « y a qu’à faire ses valises », dit Élisabeth Badinter... En gros, y'a qu'à pas être des victimes, y'a qu'à pas se faire violer, et y'a qu'à se sortir les pouces du cul.

Pour en terminer, nous souhaitons donc que ce 14 juin soit une occasion pour les hommes de comprendre sur le terrain le vécu opprimé des femmes, et qu'il contribuera à développer l’empathie en amenuisant les résistances masculines aux théories féministes. Que les hommes comprendront un peu peu plus que l'égalité est loin d'être acquise, et que "y'a qu'à faire des lois" ne suffit pas. Et que c'est seulement lorsque les hommes parviendront à se désolidariser du groupe social des hommes et de ce qui le caractérise, la masculinité, le masculinisme et autre viriarcat, que nous pourrons, à travers un apprentissage de l'empathie, construire un monde où les rapports d'oppression hommes-femmes auront définitivement disparu.

We can do it (too) !

Illustration : Ludivine Cornaglia

1 À savoir : les 100 ans de la Journée internationale des droits des femmes, les 40 ans du droit de vote, les 30 ans de l'article constitutionnel inscrivant dans la loi l'égalité entre les sexes, les 20 ans de la Grève des femmes, qui avait rassemblé un demi-million de personnes pour dénoncer les inégalités et l'absence de mesures concrètes, et enfin les 15 ans de la loi sur l'égalité entre femmes et hommes dans les rapports de travail.

2 Christine Delphy, sociologue féministe dénonce en ces termes l'idée que de nos jours l'égalité est chose faite et est devenue une conviction partagée par beaucoup.

3 René Kuhn, ex UDC, et sa Communauté d'intérêt antiféminisme (IGAF) ont annoncé leur intention de présenter des candidats, probablement dans le canton de Zurich : http://www.lematin.ch/actu/va-attendre-rene-kuhn-triomphe...

 

29.05.2011

Le procès DSK : révélateur de l'inconscient machiste et raciste des dominants

Personne ne sait encore si Dominique Strauss-Kahn est effectivement coupable des faits présumés de viol et d'agression sexuelle pour lesquels il est poursuivi. Rien pourtant ne dit qu'il est innocent.

On savait que DSK avait des problèmes avec les femmes (les femmes journalistes et secrétaires n'osaient plus demeurer seules avec lui), il a frôlé plusieurs fois le harcèlement, et une plainte de viol a été étouffée contre lui au sein du PS, et par le monde journalistique - sauf un journaliste de Libé, Jean Quatremer, en 2007, qui a été censuré par son journal et a dû publier l'info sur son blog et qui osait le mot "harcèlement". Blog sans suite, qui ne provoqua aucune enquête poussée de journalistes dont certains s'excusèrent de leur lâcheté sur les plateaux TV en plein procès DSK (le rédacteur en chef de Libé, Laurent Joffrin en tête).

Force est de constater que la classe politico-médiatique s'est montrée, dans cette affaire, totalement indifférente à la victime, s'empressant de protéger DSK et prompte à dénoncer le puritanisme amécirain pour évacuer les rapports de forces dans la politique et le pouvoir en général.

Les phrases des personnalités françaises (à lire leurs citations ci-dessous dans un petit "florilège") étaient simplement odieuses envers toutes les victimes de viol, tant le vécu de la présumée victime a été annihilé. Et tant on n'imagine pas qu'un puissant puisse devenir violeur. Il est temps que cette connivence soit dénoncée, et que les femmes qui sont victimes de viols soient soutenues pour porter plainte (ce qui est très difficile et rarement le cas) et que nous améliorions en Europe notre arsenal juridique notamment pour se prémunir du harcèlement sur les lieux de travail qui sont encore monnaie courante.

Affaire-DSK-les-feministes-montent-au-creneau-et-denoncent-le-sexisme_reference.jpgPour ce faire, signons l'appel d'Osez le féminisme, de La Barbe et Paroles de Femmes intitulé "Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent". Sur ce lien, à signer aussi la pétition des féministes américaines : "souvent ceux qui font partie de l'élite du pouvoir partent du principe que leur influence l'emportera sur la protection juridique et la liberté de disposer de soi dont toutes les femmes doivent bénéficier. Les féministes du monde entier exigent que justice soit faite."

On a parlé, dans l'affaire DSK, de libertinage ou de séducteur, d'un homme qui aime les femmes, ou j'en passe. Oubliant que le viol est considéré comme un crime, ici ou aux USA, et relève donc du droit pénal. On oublie donc de préciser que DSK est accusé de 7 chefs d'accusation, à savoir : «Acte sexuel criminel au premier degré», «Tentative de viol au premier degré», «Agression sexuelle au premier degré», «Emprisonnement illégal au second degré», «Attouchements non consentis», «Agression sexuelle au troisième degré».

La classe politico-médiatique a pris parti pour DSK, et a minimisé l'acte présupposément commis, au nom de la protection du privé, de la critique du puritanisme américain et de la banalisation du sexisme, du viol et plus généralement du patriarcat qui règnent dans les hautes sphères du pouvoir.

C'est bien d'un crime dont est accusé DSK. Le relier au puritanisme est donc bien un révélateur symbolique. Qu'il ait été commis aux USA ou en France, cela ne change rien à la gravité de cet acte s'il est confirmé par la justice.

Donc toute cette affaire a en effet révélé tout un large spectre du fort inconscient patriarcal qui demeure dans nos sociétés, et qui est a lié avec le spectre tout aussi fort et inconscient du racisme de classe, sachant que la victime supposée est Noire, femme de chambre : machisme, racisme et capitalisme néo-impérialiste vont donc de paire et révèlent ce que la société française a longtemps caché, c'est donc un procès qui aura révélé beaucoup de chose au niveau symbolique, de la capacité du système à défendre les puissants et les valeurs les plus nauséabondes sur lesquelles il repose.

Petits florilèges de propos d'hommes blancs et puissants que nous avons entendu :

- J-F Kahn avec son "troussage de domestique" remet en vigueur le de droit de cuissage à la française. Il démissionnera ensuite, honteux du racisme de classe couplé au machisme que recelait sa phrase : logique, après avoir usé du cliché de la «domestique» prête à se faire «trousser» à tout moment par son maître: 

«Je suis certain qu'il n'y a pas eu tentative violente de viol, je ne crois pas à ça, je connais le personnage, je ne pense pas. Qu'il y ait eu une imprudence on peut pas le... (rires), j'sais pas comment dire, un troussage... Qu'il y ait un troussage de domestique, enfin, je veux dire, ce qui n'est pas bien, mais, voilà, c'est une impression.»

"une tentative violente de viol" !!! Un viol qui ne serait pas violent ?!! Quelle honte, lorsqu'on est qui plus est un personnage important comme lui, d'osez dire des choses pareilles en prime time ! Seul courage, il a compris la folie de ses propos et a démissionné. Et les autres ?!!

- En Suisse, on fait pas mieux, avec l'avocat genevois Marc Bonnant, sur la RTS, qui a utilisé la même image que JFK :

«Si cet homme-là ne se rend pas compte que de trousser des chambrières au Sofitel de Washington ou d'ailleurs peut l'exposer, c'est que quelque chose s'est altéré dans sa conscience, ça relèverait de la pathologie.»

Conception selon laquelle le violeur doit forcément avoir un problème pathologique, et DSK par sa position en est exempt, ou alors il faut l'excuser, c'est pathologique...

Mais Bonnant continue et dénonce la «pudibonderie» des Américains: «Comme vous le savez, ils n'ont pas le sens de l'humour, les signes de vitalité de l'homme sont considérés comme autant de péchés, la femme y est sacralisée et sa parole de victime considérée comme une parole révélée.»

- Jack Lang assure qu'il n'y a pas mort d'homme... certes, on est sauvé alors... :S «Ne pas libérer, alors qu'il n'y a pas mort d'homme, (...) quelqu'un qui verse une caution importante, ça ne se fait pratiquement jamais.»

- Jean-Marie Le Guen, membre de la garde rapprochée de DSK, explique que la victime a dû avoir des «hallucinations», «rien de ce qui est reproché à Dominique Strauss Kahn n'est crédible»....

Alors que les USA faisaient normalement leur procédure judiciaire, nous avons entendu des phrases telles que :

- Robert Badinter : une «mise à mort médiatique».

- L'éditorialiste au Nouvel Observateur, Jean Daniel : «Les Américains ne font pas partie de la même civilisation»

- Jean-Pierre Chevènement : «C'est comme ça qu'a commencé l'affaire Dreyfus!»

- On a même parlé d'un «complot international», de la bouche de la républicaine Michèle Sabban, vice-présidente du conseil régional d'Ile-de-France.

- Cette idée de complot a été partagée par le PS, qui cherchait une explication valable pour innocenter son candidat, et d'autres tels que Bernard Tapie, Christine Boutin, l'ex-UMP Dominique Paillé...

- Toujours dans théorie du complot, Claude Bartolone, explique que c'est un coup des Russes, ennemis jurés de DSK au FMI... 

- DSK victime donc : «Tout le monde sait que Dominique Strauss-Kahn est un libertin, qui se distingue de biens d'autres, par une propension à ne pas le cacher (...) Du coup, il y est aisé d'y piéger une personnalité aussi peu résistante aux attraits de la gente féminine que Dominique Strauss-Kahn.» explique le vice-président PS du conseil général de la Gironde, Gilles Savary...

- La palme revenant à BHL «Ce que je sais c'est que rien, aucune loi au monde, ne devrait permettre qu'une autre femme, sa femme, admirable d'amour et de courage, soit, elle aussi, exposée aux salaceries d'une Opinion ivre de storytelling et d'on ne sait quelle obscure vengeance (...) Le Strauss-Kahn que je connais, le Strauss-Kahn dont je suis l'ami depuis vingt-cinq ans et dont je resterai l'ami, ne ressemble pas au monstre, à la bête insatiable et maléfique, à l'homme des cavernes, que l'on nous décrit désormais un peu partout : séducteur, sûrement ; charmeur, ami des femmes et, d'abord, de la sienne, naturellement ; mais ce personnage brutal et violent, cet animal sauvage, ce primate, bien évidemment non, c'est absurde.»

On appréciera le "ami des femmes et, d'abord, de la sienne" :-) mignon.

- Tout aussi grave, l'idée (alors qu'en France 75'000 femmes sont violées chaque année, par des inconnus mais aussi par leur conjoint...) que le viol ou les violences domestiques devraient être considérés comme appartenant à la sphère privée : au micro de France Culture, l'éditorialiste Alain-Gérard Slama se désole :

«Dans les sociétés contemporaines, la Martine de Molière ne pourrait plus dire: "Il me plaît d'être battue", il n'y aurait plus personne pour l'entendre. Je ne dis pas que je le regrette, mais j'observe. Autrement dit les scènes de ménage, les crises domestiques sont de moins en mois considérées comme des affaires d'ordre privé, je ne juge pas, je ne pense pas à l'affaire DSK en disant ça, mais j'observe une situation.»

On finira avec Benoît Rayski, s'exprimant sur Atlantico sur "la virilité de nos présidents et présidentiables" :

«Le pouvoir, on le sait, rend (pas toujours certes) fou, écrit l'auteur. Mais on sait moins que le sentiment de puissance qui l'accompagne augmente dans des proportions non négligeables la puissance masculine des détenteurs de l'autorité. En France, pays où la gaudriole a bonne presse contrairement aux Etats-Unis, ça ne déplaît pas. Bien au contraire.» (...) « Chirac, un gaillard, un homme, un vrai, un hussard», qu'on «imagine culbutant des paysannes sur une meule de foin. Il sait, lui, que les femmes ont besoin d'être un peu bousculées!»

Décidément, il reste du travail pour sortir nos sociétés du machisme et racsime de classe qui les caractérisent.